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30/10/2006

l'enfermement

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L’enfermement – (A ZYED ET BOUNA)

Ce qu'il a y de formidable dans cette mondialisation libéralement boulimique et sans alternative (puisqu’on vous le dit) c'est que plus les capitaux circulent librement (voir la véritable affaire Clearstream, les paradis fiscaux et autres tour opérators pour dollars en goguette et leurs 8 millions de milliardaires) moins les hommes passent les frontières..

Les pauvres bien sûr !!!

Le libéralisme qui s'est approprié idéologiquement et très sémantiquement le mot - Liberté - en a une conception assez singulière voire croquignole.

- libérez les marchandises,
- libérez les flux financiers
- libérez les matières premières
- et toi ta gueule !!!

La culture de l'exclusion faisant un tabac auprès des premiers concernés (Koh -Lanta, le maillon faible, la Star ac…- votez éliminez – licenciez délocalisez - dénoncez expulsez –…bye bye …) il est idéologiquement urgent et accessoirement rentable de tout déréglementer ; la charité faisant office de justice sociale et Dieu de code du travail. Tout déréglementer donc, sauf les flux migratoires qu’il s’agit surtout de bloquer aux frontières.

S'il nous fallait une démonstration de la finalité productiviste et déshumanisée de ce joyeux dogmatisme sauvage c'est le mur en érection.

Depuis que le mur de Berlin dans un immense fracas planétaire s'est effondré en direct au vingt heures sur les mocassins de Pujadas ou d'un de ses confrères et que les frontières de l'espace Schengen se sont enfin ouvertes à la libre circulation et aux Trabans, on peut dire que les gravats soviéto-communistes ne se sont pas perdus pour tout le monde.

On s'emmure de partout et la planète commence à ressembler à un lotissement de beaufs lepénistes; un spectacle à en faire péter de joie Bouygues himself, notre grand spécialiste de la tv-truelle et du béton armé jusqu'aux dents.

Qu'on appelle ça clôture ou barrière de sécurité, le barbelé électrique, la brique in the wall et le tesson de bouteille sont furieusement tendances :

Frontière entre Mexique et Usa : 11 000 kilomètres de barrière anti-clandestins (En projet)
Frontière entre Arabie saoudite et Irak : 600 kilomètres à barricader d'urgence (en projet)
Frontière entre Israël et la Cisjordanie : 730 kilomètres de protection (presque le tour du pays, plus qu’à mettre un couvercle dessus et ça fera coffre-fort, boîte ou cercueil) avec empiètement généreux sur la ligne verte internationale (en cours)
Frontière entre les enclaves espagnoles de Ceuta, Melilla et le Maroc :
Fossé, clôture et compagnie - Quand même 6500 harragas* morts en 10 ans mais qui s'en soucie ? (en cours aussi mais rassurez vous pendant les travaux, la chasse au migrant continue)

L'érection est à la mode. Les pays riches ont trouvé leur viagra contre les pays pauvres : le moëllon, le parpaing.

Et je ne vous parle pas des gate-community, ces espaces résidentiels entièrement clos avec vidéo surveillance et police privée, ces ‘paranos-city’ où cohabitent dans une confortable et oppressante promiscuité cadres sup et retraités. aisés. Bonjour la consanguinité !

La ghettoïsation, conséquence de ce que l'on voudrait nous vendre comme choc des civilisations des cultures ou des religions est surtout l’effet d’un choc politique et social. Le riche se protégeant contre le pauvre. Le pauvre étant contenu à distance du riche.

Etrangement donc, la mondialisation provoque une bunkérisation et un repli communautaire des plus paradoxal. Un grand cloisonnement.

L’enfermement.

Enfin, et ça n’a pas grand chose à voir, mais juste par plaisir ; c’est en feuilletant « Elle Déco « (je sais, j'ai de ces lectures parfois…) que je suis tombé sur le dossier photo consacré à la décoration de la somptueuse villa de BHL à Tanger : vous savez, le nouveau philosophe d’il y a trente ans qui se regarde gloser.

Je vous rappelle que la restauration de ce palais oriental effectuée par Andrée Putman fut en partie financée par Arte à hauteur de 150 000 Euros dans le cadre d’un reportage autour de la décoratrice (BHL préside le conseil de surveillance d’Arte, évidemment ça aide)

Bref de la terrasse du célèbre café Hafa où l’on peut apprécier un thé à la menthe et autres spécialités marocaines illégales en jouissant d’un paysage grandiose : la baie de Tanger avec méditerranée et atlantique se rejoignant ; un nouveau mur saccage et obstrue le panorama.

Savoir que derrière ce mur, le BHL de pacotille médite et cogite l’humanité, inspiré par le crawl d’Arielle Dombasle en sa piscine miroir ne me console pas vraiment.

tgb

(harraga : clandestin qui brûle ses papiers d’identité avant de tenter la traversée du détroit de Gibraltar)

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24/10/2006

C'est pour un sondage

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Jacques Chirac a annoncé la création d'une journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage.
Est ce selon vous pour la France…

1/Une façon d'assurer toute son histoire,
ses pages noires comme ses pages glorieuses. : 53,1%

2/Une forme d'insistance sur les pages sombres : 33%

3/Sans opinion : 13, 9%

-----------

Jacques Chirac s'est déclaré favorable à l'instauration d'une journée de souvenir pour les descendants d'esclaves, jugez vous une telle initiative…

1/Nécessaire, afin que le mémoire de cette période sombre
de notre histoire ne se perde pas : 41,6%

2/Excessive, la France finit par accorder trop d'importance
à la repentance : 52%

3/Sans opinion : 6,4%

--------


Deux sondages parus dans deux journaux à deux jours d’intervalle sur la même problématique aux résultats quasi opposés : Bigre !

Dans la série des questions que vous ne vous posez pas : les sondages sont - ils fiables ?
la réponse est : ça dépend. Et on est bien avancé.

1) Ça dépend des réponses que l’on attend et donc du commanditaire

En effet tout ou presque se joue dans l’énonciation. Dans cet exemple précis, je réponds sans hésiter oui à la première proposition du premier sondage mais pourrais aussi bien répondre oui à la seconde proposition du second sondage. Trouver, en résumé, nécessaire une journée de commémoration tout en jugeant excessif ce goût pour la repentance.

Bref les choix sémantiques, les constructions syntaxiques des questions induisent en grande partie le champ de la réponse. Et les instituts de sondages ont un intérêt commercial évident à satisfaire la clientèle.

2) Ça dépend du moment choisi pour sonder la France au fond du slip

Si c’est au lendemain du matraquage en boucle de la tête au carré d’un CRS fort congestionné et dans un registre séquence émotion du genre – ah elle est belle la France! – faut pas trop s’étonner que le sentiment d’insécurité cartonne et qu’un certain ministre, disons au hasard, de l’intérieur, soit plébiscité.

En revanche, si l’on omet de sonder les Français ou du moins de ne pas publier les sondages au retour du voyage atlantiste particulièrement désastreux du même ministre, l’image du Pandore-candidat en souffre forcément moins. CQFD.

3) – Ça dépend du panel interrogé

Généralement les sondeurs appellent à la maison et ciblent donc une catégorie de population possédant domicile et téléphone fixe, or cela exclut a priori les jeunes et les précaires et privilégie une France plutôt bourgeoise, plutôt installée, plutôt âgée et donc franchement réac. (même si c'est pondéré en aval)


Donc rien n'est plus manipulateur qu'un sondage.

Et pourtant c’est le nez sur ces sondages que Nicolas et Pimprenelle, les ‘ Stone et Charden’ de la politique, bâtissent argumentaire et programme.

Balançant une proposition préméditée ou prenant une position acrobatique lambda, ils testent le vulgum pecus (bonjour la politique marketing - fini l'electeur, vive le consommateur citoyen) puis vérifient sur leur tableau de bord statistiques l’impact de la chose. Ça monte on booste, ça descend on corrige. Ce qui nous donne un parcours en slalom des plus fumeux et des professions de foi du style :

"Mon opinion est celle du peuple français" - Pimprenelle
"Les Français me donnent raison" - Nicolas

Choisissez votre tête de gondole.

Déjà quand les politiques usent du - les Français pensent…- ça me fout d’emblée une poussée d’urticaire puisque étant français moi-même neuf fois sur dix je ne partage pas les opinions qu’ils me prêtent mais de plus j’aimerais bien savoir comment ils ont fait pour recueillir les pensées confuses de 60 millions d’individus si ce n’est par un échantillonnage, on l’a vu plus que discutable..

Bref, démago et populisme sont les deux mamelles de cette foutue campagne présidentielle et ça me saoule.

J’imagine mal la pucelle d’Orléans en armure, l’œil rivé sur les sondages d’opinion se demander si ça vaut vraiment le coup de bouter l’Anglais hors de France ou de Gaulle, étudiant les résultats de la Sofres hésiter entre résister à Londres ou Pétainiser avec la majorité des français collabos... Indéniablement si c'eût été le cas, notre histoire en eût été moins romanesque et moins glorieuse.

Bien sûr un peuple peut avoir raison contre son gouvernement – (les Anglais, Espagnols ou Italiens durant la guerre en Irak par exemple) mais un homme politique d’envergure ne doit pas forcément capituler devant son opinion publique. Il doit savoir se mettre en danger, accepter l’impopularité et prendre ses responsabilités s’il estime que ce qu’il décide est juste, utile, et nécessaire à son pays.

Mitterrand à quelques jours des élections très incertaines de 81 prenant courageusement position contre la peine de mort tout en se sachant minoritaire en est une belle illustration.

Présider c’est anticiper, donner du sens, ouvrir des perspectives, défendre des valeurs, des convictions et l’intérêt général. Caresser le citoyen dans le sens du poil, surtout s’il est hirsute ou ébouriffé peut conduire au pire. A la gamelle. A flatter le peuple dans ce qu’il a de plus vulgaire, de plus primaire, de plus reptilien. C’est mépriser ouvertement, son intelligence et sa capacité à comprendre et à juger.

D’autant plus que les instituts de sondages se plantent avec une remarquable constance

Pourquoi Balladur a gagné ! – Claironnait l’expert Jaffré dans « le Monde « quelques jours avant que Balladur se prenne la branlée de sa vie.

Si vous aviez, en tant qu’expert balancé une telle connerie, vous comme moi feriez, j’imagine profil bas et vous poseriez quelques questions rapport à votre compétence et crédibilité… Et bien non, je vous signale que le même expert Jaffré continue à éclairer de ses lanternes pseudo scientifiques et vachement tendancieuses sur tous les médias de France et de Neuilly, nos lendemains politiques.

En conclusion le sondage est-il la photographie d’une opinion à un instant T ou participe t’il plus sûrement à la fabrication d’une opinion, voire à la fabrication même d’un consentement ? (Noam Chomsky) – Pourquoi Balladur a gagné !- c’est-à-dire :
- pourquoi dimanche vous pouvez rester couché vu que c’est joué d’avance bande de cons -

Sauf que Balladur est à la retraite, que les Français par goût de la contradiction ou du contre-pied votent comme ils le sentent et prennent un malin plaisir à déjouer les pronostiques des spécialistes de la ‘nomenklatura’ et qu’avoir le choix entre la peste et le choléra n’est pas forcément fatal.

Sauf que j’attends avec impatience le mea culpa habituel des experts et des politiques, nos élites nationales et clairvoyantes, au soir d’élection, nous jurer mordicus mais un peu tard que maintenant et à partir d’aujourd’hui ils retiendront la leçon, regarderons les Français jusqu’au fond des yeux et patin couffin tralala….

Oui, quelque chose me dit qu’avec le sondage pour Dieu et Jaffré comme prophète, avec ce genre de Panurgistes mondains nous prenant pour de la merde grégaire, on a pas fini de rigoler dans nos isoloirs.

tgb

12:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

20/10/2006

2 999 999 + 1

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Je prends ma calculette et vous annonce pas peu fier qu'il y a aujourd'hui, au pays de l'oncle Sam suffit pas, 300 000 millions d'américains (et 250 millions de bagnoles) qui exploitent consomment le quart des ressources naturelles de notre planète terre et qui s'en cognent. ( A quelques exceptions prés).

Immigré ou nouveau né, peu importe, ce UN là, à mon avis, a du souci à se faire. Et nous avec.

Si le monde entier se goinfrait à ce rythme et ça vient (Chine, Inde, Russie, Europe…) il nous faudrait six planètes bleues pour couvrir l'ensemble de nos besoins. Autant dire qu'il devient urgent d'accompagner Madonna dans l'espace à la recherche d'une terre promise, sauf que je ne crois pas que ni vous ni moi sommes en mesure de nous offrir le billet même joker, même junior ou senior.

Et Il ne s'agit même plus que Tonton George dans un éclair de lucidité peu probable ratifie fissa les accords de Kyoto, parce qu'alors, il manquerait encore pas mal de planètes à l'appel même après la signature du crétin de Washington

Bref ça craint.

Croire qu'il existe une croissance infinie dans un monde fini, je ne suis pas un cador des mathématiques, mais ça me paraît un pari extrêmement audacieux que personnellement je ne tiendrais pas. ET pourtant nos décideurs y croient. Ou ça les arrange de le croire. Parce que le taux de croissance à trois ou quatre pour cent, les gars, ça crée de l'emploi, de la consommation et c'est bon pour le moral des ménages.

Faut voir.

Si c'est dans la perspective bien confortable du " après moi le déluge" et qu'en attendant je m'empiffre, c'est jouable, si j'ai un minimum de considération pour mes mômes (que j'ai pas) c'est foutrement discutable.

Quand par souci de sécurité pour leur progéniture j'espère, mais plus vraisemblablement par goût de la frime, j'en ai peur, les oisives de Neuilly, le cul dans leur 4X4 rutilant, avec pare - buffles, des fois que, vont chercher leurs futurs majors d'HEC à la maternelle privée du quartier, je suppute méchamment qu'elles font un mauvais calcul. Quand les classes moyennes découvrent le nouveau concept d'été qu'on nous vend à TF1, à savoir la canicule, soit 20 jours grosso modo au mois de juillet et qu'il se ruent sur la clim, j'ai peur également qu'ils jouent contre leur camp. Plus Ça chauffe, plus je refroidis, plus je refroidis et plus ça chauffe par le jeu pervers des émanations.

Y'a du CO2 et du cercle vicieux dans l'air.

Pourtant y'a un truc pas mal pour la fraîcheur en été, c'est pas nouveau je sais, ça vient pas de sortir, c'est sur mais ça s'appelle un arbre. Avec de l'arbre, on fabrique gratos de l'ombre et l'ombre, c'est sympa même en plein cagnard pour faire la sièste. Sauf que dans le lotissement lambda et ses dix mètres carrés de pelouse réglementaire, faut faire un choix entre le panier de Basket du gamin, le barbecue du dimanche ou la parabole et ses 120 chaînes débiles et toutes pareilles et que par conséquent l'arbre est d'autant sacrifié qu'il fait des feuilles et que les feuilles se ramassent à la pelle.

J'ai goûté à l'American-way -of- life, au cauchemar climatisé comme disait Miller, et j'admets que c'est assez bandant. Le road movie en Californie a quand même plus de gueule que le Paris Clermont -Ferrant en Clio, sauf qu'entre finir en sueur à vélo ou à l'étouffé en cocotte minute ; j'hésite peu.

Dans ce monde con et cupide, qui manque tant de sens, de générosité et d'humanité, il y a pourtant un formidable défi à relever, un objectif immense et excitant, inventif, mondialement ou alter-mondialement fédérateur, créateur de millions d'emplois :

Tout faire mieux avec moins.

Sinon, je sais pas si le 21eme siècle sera religieux, féminin, verseau, Ségo-light ou hard-Sarko et je m'en contrefous mais il sera le dernier et ça fait un peu chier. Surtout pour les girafes.

tgb

10:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

13/10/2006

Ne pas fumer tue

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Bienvenue dans l'hygiènisme ambiant. Bienvenue dans la conformation clinique et hypocrite du Docteur libéral et de son soft fascisme.

Bienvenue dans le grand sanatorium climatisé.
Vivons cons mais longtemps.
Mort à la tabagie

Fini de Bogarter, la police du politiquement correct, la ligue de la vertu bien pensante, l'amicale de la grande tartufferie efface les mégots de Dietrich, colle une brindille aux lèvres de Lucky Luke, interdit au condamné Texan en phase de barbecue, de s'en griller une dernière.

La chaise électrique oui, la clope non.
Halte à l'apologie nicotinée.
Mourrons d'ennui mais en bonne santé
Partons en fumée oui, mais sans fumer.

" Fumer tue " alertent les paquets de cigarettes en faire-part de deuil. " Fumer nuit à votre entourage " qu'ils dénoncent. Mais que lit on sur le missile du complexe militaro-industriel, que lit-on sur le SIG Sauer 550 du cow-boy de la Bac ? Comme si un flingue ne nuisait pas à notre entourage, comme si la mine anti-personnelle ne nuisait pas à la femme enceinte ou au nourrisson.

Fumer tue certes mais surtout tuer fume. Comme tuer, fume un gosse de banlieue, comme tuer, fume une population Irakienne.

J'essaie de comprendre cette étrange civilisation qui interdit de s'en rouler une dans les pubs et autorise la bombe à fragmentation. J'essaie de comprendre cette étrange société qui semble nous materner et qui sur un coup de clairon nous envoie, pauvre merde à canon, crever par milliers au nom d'un gros mensonge. Quand l'hécatombe se fait " dégâts collatéraux ", quand le missile se fait " frappe chirurgicale". Quand le carnage se fait au nom du "zéro mort idéologique ". Quand le glissement sémantique édulcore l'arnaque.

Que l'on interdise les cigarettes en chocolat au nom du danger de modélisation paternelle soit ; mais alors quid de la mitraillette en plastique ou du jeu vidéo " tripes à l'air " ?

Nuit grave la cibiche, nuit pas grave le napalm.
Nuit grave la sèche, nuit pas grave la dioxine.
Nuit grave le mégot, nuit pas grave l'oxyde de carbone.
Nuit grave la taffe, nuit pas grave les armes en vente libre au nom de je ne sais quel amendement de la constitution Yankee.

Au non du bien contre le mal et Dieu en bandoulière, au nom de la civilisation face à la barbarie. on légalise consciencieusement la torture en écrasant réglementairement nos mégots.

Mais sur qui ?

Le dernier bistrot de mon village natal vient d'être remplacé par une pharmacie. Dois-je m'en réjouir ? Et que dois-je dire à cette femme quasi lobotomisée qui m'adjure d'arrêter de fumer tandis qu'elle aligne devant elle ses cachetons multicolores, ses drogues sur ordonnance prescrites par le lobby des labos pharmaceutiques : Neuroleptiques analgésiques, anxiolytiques, psychotropes ; toute cette palette d'abrutisseurs légaux, d'empêcheurs de penser avec sa tête, de souffrir même, de se confronter à sa propre mélancolie, au monde anxiogène, de l'affronter ou de le changer. Sans parler des stéroïdes, corticoïdes, amphétamines et autres anabolisants au nom de la compétitivité et de la performance.

Un esprit sain dans un corset

Alors patchons nous et mâchons en choeur notre chewing-gum sauce Nicorette et alors bienvenue à la vie épilée sous les bras, à la beauté plastique et froide, à la modération et au tiède. Roulons sage, buvons sobre, baisons sous cellophane jusqu'à s'aseptiser morose, se formater conforme, jusqu'à crever d'ennui.

Le siècle dernier nous avons gagné trente ans d'espérance de vie. Mais à quoi bon, si ce temps-là est consacré à la Star Ac, à Jean-Pierre Pernaut, à offrir docile son temps de cerceau disponible à coca-cola.

Il fut un temps ou la fureur de vivre, ou vivre vite, ou vive libre…

Vivre tue !!! alors pourquoi ne pas choisir par plaisir, névrose ou vice sa propre aliénation, par goût, par provocation, par réflexe anti-pavlovien. Oui j'ai le droit à mon crabe intime, à mon tas de cendres ; à me laisser émouvoir, après l'amour, par les deux mégots enlacés dans le cendrier, dont un avec rouge à lèvres. Droit à l'odeur somptueuse du sexe et du tabac froid sur les doigts, du mélange nicotine et cyprine, du café-canard-clope matinal au bistrot.

Addict d'accord, toxo, d'accord, dépendant à mort d'accord. Pour sûr que je les connais les trucs et machins du mec sans allumettes, le soir à la maison : le brûleur de la gazinière, la flamme du chauffe-eau, la résistance du grill pain. Aliénation oui, aliénation renforcée au chlore, à l'ammoniaque, à la sauce accro oui mais cette aliénation-là est ma liberté.

Quelque part, à se conformer à l'hypocrisie ambiante, à l'hygiénisme idéologique, à ne pas résister aux diktats institutionnels pseudo vertueux, nous nous laissons abuser. Le pire danger n'est pas celui que l'on décrète mais celui que l'on masque derrière un écran de fumée.

Oui quelque part, ne pas fumer tue.

tgb

10:15 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1)

 
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