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29/12/2006

LMP vaincra

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N’allez plus au théâtre, ça tue la télé !!!!

Putain, j’avais décidé de finir cette année peinard et apaisé
Et de commencer l’autre radicalement positif avec comme il se doit…
moult résolutions, meilleurs vœux tralalala, champagne tsoin tsoin et espérances du genre - courage, on les aura…
ben c’est raté. (on les aura quand même)

Pas de trêve des confiseurs pour la connerie ambiante
Pas de répit pour la conformation Orwellienne et Pascalesevrante
Les abrutis en cette fin d’année pètent le feu et font du zèle.
Entre deux dindes.

Et décidément à l’actu vue de la Goutte d’or se substitue directement l’actu du cœur de la Goutte d’or, comme le microcosme ou le microclimat de la température générale.

Et ça pèle.

Après l’emblème arboré de rue-Affre (voir plus haut)
Un autre symbole du quartier est menacé
Le Lavoir Moderne parisien.
Crée il y a 20 ans par Hervé Breuil son directeur, le LMP est la véritable institution culturelle et le lieu vivant de toutes les rencontres mélangées et festives du cœur de Château-Rouge .

Cet Espace Multi-culturel et son bistrot ‘l’Olympic café’ est devenu l’indispensable et nécessaire point de ralliement et d’échange des 70 cultures et nationalités du quartier.

Mais visiblement la politique électorale du moment semble assez peu portée sur le pluriculturel et les autorités compétentes à képis semblent voir en ce LMP plus un nid de dangereux islamo-gauchistes (expression chère à France Culture) plutôt qu’un lieu théâtral d’expression libre et décontracté.

Quand le - Nous sommes tous des américains – parait ouvrir toutes les portes mentales de notre pseudo intelligentsia clairvoyante et Sarkozienne, le festival organisé par LMP - Nous sommes tous des africains – paraît plutôt vous les claquer méchamment sur les doigts. (les portes)

Bref, le lavoir moderne Parisien se retrouve menacé de fermeture pour tapage nocturne (on ne va quand même pas leur foutre un procès-verbal direct pour apologie africaine et spectacles de nègres, ça ferait quand même mauvais genre) plus un ou deux autres prétextes tout aussi fallacieux et faux culs pour faire bon poids.

On est en voie d’aseptisation générale et de kärcherisation accélérée et ça promet.

On croyait s’être enfin débarrassé de l’Optic Johnny en Suisse et voila que c’est l’aseptisation Suisse qui revient nous blanchir au cœur de Paris. Ben merde.

Les ringards font du zapping - N’allez plus au théâtre, ça tue la télé - qu’ils disent la matraque en érection.

Face à cette méchante volonté de nous faire faire là où on doit faire, continuons de pisser joyeusement aux quatre coins de nos territoires et défendons les.

Et je finis sur ma note d’intention résolument combative et positive pour 2007

Mieux mourir vivant que vivre mort et con.

LMP vaincra !!!!!!!


Signez et faites signez d’urgence ! : http://www.rueleon.net

19:25 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

22/12/2006

GINKBO biloba

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L’arbre de Château Rouge.
Emblème modeste et résistante du blog Rue-Affre.
Le seul à avoir son portrait craché sur notre page d’accueil

Planté seul au milieu de l’intersection de la rue Doudeauville et de la rue des Poissonniers.
Encore jeune. Chétif. Courageux.
Faisant ce qu’il peut pour marquer les saisons.

L’arbre de château rouge
Ses feuilles dorées en automne
Sa guirlande de noël minable accrochée dans ses branches jusqu’en été.
Son terre plein central
Sa fragile grille de protection.
Caution écologique municipale accordée aux pauvres.
L’unique espace vert du quartier. Tant le végétal est aujourd’hui un luxe.

Comme un arbre dans la ville…(Maxime Leforestier)

L’arbre de Château Rouge
Un Ginkbo biloba.
Espèce originaire de Chine. Implanté en Europe en 1765.
Pouvant vivre jusqu’à 2500 ans
Véritable fossile vivant, apparu il y a 380 000 000 d’années.
(quand nous du genre Homo allons gentiment sur nos trois millions d’années, quand nous Sapiens atteignons à peine nos 200 000 ans)
Qui a survécu aux dinosaures. Qui a survécu à Hiroshima.
Dur à la pollution
Dur aux co2
Humble participation à l’oxygénation de Paris.

(ils ont mis un compteur à l’eau, à l’énergie, je savais qu’ils mettraient un compteur à l’air que l’on respire. Je me demandais juste comment ils allaient marchandiser l’oxygène. Ils ont trouvé. Les accords de KYOTO – Acheter des droits de polluer en fonction des rejets nocifs de chaque état – chapeau !!!)

J’aime les arbres. C’est peut-être mon seul point commun avec Mitterrand.
J’aime les arbres au-delà du raisonnable.
J’en plante un chaque année.
A la Sainte Catherine – Là où tout arbre prend racine.
J’aime l’idée qu’il faut des dizaines d’années pour les voir grandir
Et cinq minutes pour les détruire.
Et résister à cette pulsion.
J’aime ce défi à notre rage de produire. De consommer vite, de ne plus prendre le temps de rien.
Le temps, dernier domaine à résister au profit. A l’industrialisation. Au code barre.

L’arbre de Château-Rouge

Il n’y en avait qu’un
C’était encore trop.
On vient de l’abattre pour travaux de voieries.

Je suis comme Idéfix. Un arbre par terre. Je hurle à la mort.

tgb



Mon cadeau de noël :



Cahier des charges

Supposez que j’aille frapper à la porte d’un architecte fameux, Portzamparc, Celnik, Nouvel, Ebersolt ou Chemetov : le gratin de la profession, dans un cabinet ultra-moderne où, entre plantes vertes et lumières tamisées, travaillent des dizaines de personnes. Imaginez ce genre de dialogue :

« Bonjour, maître. Si je vous demande de me construire une tour de 60 mètres de haut, cela vous paraît-il possible ?
- bien entendu, je sais faire cela, j’en ai fait des centaines dans les années 1960 et, entre nous, ce n’est pas bien malin à construire ! mais vous savez, les tours de quinze étages, c’est un peu passé de mode ; on me dit que c’est désagréable à habiter et que cela génère l’insécurité. Souhaitez-vous que je travaille particulièrement la question de la fiabilité des ascenseurs ?
- Maître, vous n’y êtes pas, il ne s’agit pas d’une tour d’habitation. D’ailleurs elle n’est pas creuse, mais pleine et la surface au sol doit être circulaire et d’un diamètre de 2 mètres
- Holà ! comme vous y allez…voyons, laissez moi réfléchir…60 mètres de haut et 2 mètres de diamètres basal…votre tour, va ressembler davantage à une antenne des télécoms qu’à un vrai immeuble !
- Pas du tout, j’ai omis de vous dire, que la partie haute - disons, les 20 mètres supérieurs - doit porter une vaste surface, souple, finement découpée mais solidement fixée et se montant à un total d’environ 15 hectares pour un diamètre d’environ 30 mètres. Puis-je, en outre, vous demander de peindre tout cela en vert pomme ? «

A ce moment précis, j’ai senti que le dialogue basculait. C’est le maître lui-même qui devint vert.

- Quoi, hurle-t’il, vous imaginez un peu la prise au vent que va occasionner une telle superstructure ? Il va falloir que je creuse des fondations à plus de 15 mètres de profondeur.
- J’en suis désolé, maître, mais la profondeur des fondations ne doit pas excéder 3 mètres. J’ajoute que j’ai l’intention d’établir ma tour sur un sol meuble et très humide, dans un pays à climat équatorial où il tombe 3 mètres d’eau par an.
- Quoi ? vous êtes fou ! je ne la sens plus du tout, votre construction. Vous imaginez les corrosions, avec une pluviométrie pareille ? Je vais devoir faire appel à des matériaux ultra-sophistiqués, genre composite de titane et de plastique enrichi au tungstène, donc excessivement coûteux. Cela va vous coûter la peau des fesses, vous y avez pensé à ça ?
- Bien sûr que j’y ai pensé. Hélas pour vous maître, le matériau doit être banal, léger, capable de flotter sur l’eau et d’un prix réellement attractif, quelque chose comme 500 euros le mètre cube au maximum, et beaucoup moins si possible.
- Un tel édifice n’existe pas et n’existera jamais, rugit le maître. Assez ! Vous me faites perdre mon temps ! Allez-vous-en… »-

Je suis parti ; ce n’était pas la peine de le pousser à bout. D’autant plus que mon cahier des charges n’était pas fini. Et que je ne lui avais pas encore avoué le plus grave : si par malheur le vent abîmait ses superstructures, ma tour devait être équipée pour s’auto-réparer dans un délai de quelques mois. De plus avec le temps, je voulais qu’elle soit capable de s’entourer de petites tours, identiques à elle-même, et poussant spontanément.

La morale de cette histoire, c’est que l’être humain, en dépit de toutes les prouesses technologiques dont il est si fier, est toujours incapable, en ce début de troisième millénaire, de construire un grand arbre ; un petit aussi d’ailleurs. Pour l’instant, tout ce qu’il sait faire, c’est de l’abattre, et ça il ne s’en prive pas.

L’arbre est beaucoup plus impressionnant qu’on ne le croit ; il est infiniment mêlé à notre vie, à notre histoire, à notre vision du monde et même, je pense, à notre origine en tant qu’espèce. J’ai voulu montrer que l’arbre, pour nous, s’étend plus loin que l’extrémité de ses branches et s’enfonce plus profond que ses racines.

Francis Hallé – Plaidoyer pour l’arbre – Actes Sud

20:15 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

17/12/2006

Tu l'aimes ou tu la quittes

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Johnny Hallyday notre Jeannot Vacances national, l’idole des jeunes de plus de 60 ans, supporter enthousiaste d’un certain ministre de l’intérieur aime tellement la France qu'il la quitte.

Attiré irrésistiblement par ses racines Belges, il devient Suisse. C'est dire sa fibre nationalo-sentimentale et la cohérence de sa géographie intime.

L'auteur inspiré et toujours pertinent de cette citation exemplaire (lors du référendum sur la constitution Européenne) :

- Si le "non" l'emporte, il y aura plein de gens qui quitteront la France. On ne peut pas, nous Français, rester en dehors de l'Europe. Ce serait faire marche arrière, ce ne serait pas bien. Je me sens européen, je suis bien partout en Europe : en Italie, en France, en Espagne, au Maroc " -

installe donc son capital affectif et sa culture géostratégique à Gstaad dans son chalet enneigé où il pourra allier les joies du forfait poudreuse (dans le nez) aux intérêts du forfait fiscal helvétique.

Une affaire.
Il s'y retrouvera en bonne compagnie.

Dans le palmarès des 300 plus grandes fortunes Suisses on retrouve 20 français économiquement exilés que l'on peut classer en trois grandes catégories : les artistes, les sportifs et les retraités.

Parmi eux tous n'adhèrent pas au comité de soutien du petit Nicolas, mais on y repère quand même quelques amis choisis du nabot entalonné, comme Richard Virenque (à l'insu de son plein gré) ou Corinne Bouygues, la soeur de l'ami personnel…

Curieux, comme les membres du fan-club du premier flic de France expriment leur amour pour la France.
Comment l'aiment t'ils ? Visiblement de loin.
Combien l'aiment t'ils ? Visiblement pas au point de contribuer financièrement par l'ISF à son développement.

Il y a de ces slogans démagos et pourris adressés aux petits délinquants clandestins - La France tu l'aimes où tu la quittes - qui reviennent comme en boomerang dans la gueule de certains délinquants financiers. Et c'est marrant à voir.

Moins marrant en revanche de constater que quand un immigré travaillant en France paie des impôts, il n’a pas pour autant le droit de vote alors qu’un réfugié économique en paradis fiscal conserve le sien.

Plutôt dégueulasse non ?

La dream team de Nicolas S. déjà pas particulièrement relevé
par le niveau de son QI (l'affligeant Barbelivien, le benêt Steevie, le pétomane Bigard…) continue de défrayer la chronique avec les déclarations eugénistes du ringard gominé Sevran, avec le redressement fiscal de 700 000 Euros du pseudo rappeur Doc Gynéco et avec ce départ au pays de la raclette de notre Jojo Aquecoucou (suisse) tout en godille.

Sûr qu'avec des amis comme ça, Sarko l'embrouille n'a pas besoin d'ennemis.

tgb

10:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

11/12/2006

La revanche de Geronimo

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Quand la vigie de la Santa-Maria dans la nuit du 12 octobre 1492 à 2H15 cria ‘terre’ un grand malheur s’abattit sur le monde :

Christophe Colomb découvrait l’Amérique (les Caraïbes surtout)
Et les Indiens, le génocide.

Pas du gagnant – gagnant, à priori

Mais d’abord Colomb ne découvrait rien du tout.
D’abord parce que ce continent était répertorié, cartographié depuis l’Antiquité (géographie de Ptolémée). Ensuite parce qu’au moyen age, pendant que nous pensions encore que la terre était ronde, les Vikings, les Chinois y étaient passés bien avant nous sans en faire un fromage.

Enfin l’Amérique, et on retrouve bien là l’ethnocentrisme nombriliste de l’homme blanc enfariné, existait bien avant Colomb et c’est surtout les Amérindiens et leur culture millénaire qui découvraient Colomb et ses mousquetons.

Ils les sentirent passer.

Le visage pâle, représentant évidemment le nec plus ultra de la civilisation, cette civilisation supérieure aux autres, chère à Berlusconi (il n’y a qu’à voir ses programmes télés pour s’en convaincre) fit connaître à l’indigène et en formation accélérée, la couverture infectée de vérole et de tuberculose, le scalpe, la famine, le génocide culturel, l’esclavagisme, une lente et minutieuse extermination et plus tard, des notions aussi abstraites et sexy que la croissance, l’indice boursier ou le benchmarking. Enfin et pour preuve évidente de notre culture sophistiquée, l’obésité, l’ouvre boîte électrique et la carte Américan express.

Ils apprirent aussi à l’autochtone ignare et nomade ; la sédentarité, la propriété privée, la ruée vers l’or, l’alcoolisme…
A ce peuple collectif et solidaire ; l’individualisme, la compétitivité, l’égoïsme, la spéculation …
Et des sentiments aussi nobles que la cupidité, la vénalité et l’avidité pour bien surexploiter, surconsommer et sur-gaspiller à en épuiser la planète.

Le toujours plus...
Plus de mayonnaise, plus de frittes, plus de coca, plus de ketch up, plus de super super géant, plus de méga menu XXL. Plus de tout et tout de suite.

Le barbare en resta comme deux ronds de cheeseburger et disparut.

Avant l’homme blanc : huit millions d’indiens et 60 millions de bisons.
Apres : quelques milliers d’indiens et 23 bisons (10 000 aujourd’hui)

Depuis que la voix du chamane et le son du tam-tam se sont tus, mon sentiment profond est que l’humanité s’est trompée de civilisation et a choisi l’autodestruction plutôt que l’harmonie.

Sans idéaliser le mythe du bon sauvage (j’ai lu Lévy Strauss, faut pas croire) ou me laisser aller à l’utopie du paradis perdu et sans culpabilité inutile (pas désespérer ce pauvre Bruckner….) je suis convaincu qu’une forme de douce autarcie, de sage autosuffisance et d’écologie sereine s’est perdue en route. Et je suis en manque.

Mais dans ce monde Hollywoodien si subtilement découpé en deux catégories : les bons et les méchants, raisonnons binaire, raisonnons Cow-boys et Indiens.

En France aujourd’hui les Indiens tiennent les murs des cités, s’appellent Mouloud et fument le calumet de la castagne avant de se faire matraquer par les tonfas des cow-boys qui défendent le haut du pavé.
C’est-à-dire nous.
En Irak, les Indiens arabes servent d’ennemi à un peuple de cow-boys ayant un irrépressible besoin de se prouver qu’ils sont des héros.
En Israël, les juifs, après avoir été les Indiens exterminés des nazis se muent en cow-boys enragés des palestiniens.

On peut avoir été indien et devenir cow-boy, simple affaire de pouvoir et de bombes à fragmentation. On est tous finalement le cow-boy de l’un et l’Indien de l’autre.

Mais les véritables Indiens restent d’Amérique et o miracle, Geronimo est de retour.

Non seulement dans le visage cuivré d’Evo Morales et de son pull made in Bolivie mais d’une manière générale, partout en Amérique du sud au nord comme en Oklahoma par exemple.

Les Seminoles, peuple de guerriers insoumis et jamais vaincu ( ils n’ont jamais signé de traité de paix qui ne leur a d’ailleurs jamais été proposé) sortent de leur réserve.
Ce peuple, réduit à quelques centaines d’individus au début du XXe siècle et aujourd’hui fort de 10 000 âmes est en pleine renaissance.

Renaissance, grâce à la manne des 400 casinos disséminés dans 28 états d’Amérique.
Manne plus efficace que toutes les aides sociales et l’assistanat infantilisant.
Efficace car gérée collectivement et redistribuée à la communauté dans des projets sanitaires et éducatifs.

Les Seminoles donc, viennent de racheter la chaîne des ‘Hard Rock Café’ ; 124 établissements de par le monde et pour une fois voilà une OPA qui remplit de joie mon tipi parisien.

Je vous rappelle quand même pour plomber l’ambiance (faudrait pas exagérer) que le prisonnier politique Léonard Peltier, militant du American Indian Movement, accusé du meurtre de deux agents du FBI, clame son innocence dans les geôles Yankee depuis 1977.

Un pow wow en son nom….

tgb


Petit plus : un texte à la fois poétique et prophétique du chef indien Seattle à conseiller d’urgence à Nicolas.
Hulot pas l’autre…




Nous sommes peut-être Frères

Paroles du chef Seattle


Le Grand Chef Blanc, à Washington, nous salue avec de l'amitié et de la bonne volonté. Ceci est gentil de sa part, car nous savons qu'il n'a pas besoin de la nôtre d'amitié.
Il nous fait savoir qu'il veut acheter notre terre et nous laisser une réserve pour y vivre sans encombre.
Cette offre paraît juste et même généreuse, car l'Homme Rouge n'a plus de droits à faire valoir face à l'Homme blanc qui peut venir avec ses fusils.

Mais, comment pouvez vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? L'idée nous paraît étrange.
Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l'air et le miroitement de l'eau, comment pouvez-vous les acheter ?

Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple.
Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d'insecte est sacré dans le souvenir et l'expérience de mon peuple.
La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l'Homme Rouge.

Les morts des Hommes Blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu'ils s'en vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n'oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l'Homme Rouge. Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous.
Les fleurs parfumées sont nos soeurs ; le cerf, le cheval, le grand aigle, sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l'homme : tous appartiennent à la même famille.

Aussi, lorsque le Grand Chef à Washington envoie dire qu'il veut acheter notre terre, demande-t-il beaucoup de nous.
Le Grand Chef envoie dire qu'il nous réservera un endroit de façon à ce que nous puissions vivre confortablement entre nous. Il sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considèrerons, donc, votre offre d'acheter notre terre, mais ce ne sera pas facile.
Car cette terre nous est sacrée.

L'eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n'est pas seulement de l'eau mais le sang de nos ancêtres.

Si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler qu'elle est sacrée, et vous devez apprendre à vos enfants qu'elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l'eau claire des lacs parle d'évènements et de souvenirs dans la vie de mon peuple. Le murmure de l'eau est la voix du père de mon père. Les rivières sont nos soeurs : elles étanchent notre soif, portent nos canoës et nourissent nos enfants.

Si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler, et enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos soeurs, et les vôtres, et vous devrez alors montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour une soeur.

Nous savons que l'Homme Blanc ne comprend pas nos moeurs.
Pour lui, une parcelle de terre ressemble à la suivante car c'est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin. La terre n'est pas sa soeur, mais son ennemie, et, lorsqu'il l'a conquise, épuisée, il va plus loin. Il abandonne même la tombe de ses aïeux, et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux, et le patrimoine de ses enfants tombent dans l'oubli.

Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre, comme les moutons ou les perles brillantes.
Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu'un désert.

Nos moeurs sont différentes des vôtres.
La vue de vos villes fait mal aux yeux de l'Homme Rouge. Mais peut-être est-ce parce que l'Homme Rouge est un sauvage et ne comprends pas.
Il n'y a pas d'endroit paisible dans les villes de l'Homme Blanc. Nul endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps, ou le froissement des ailes d'un insecte.
Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas ?

Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y a-t'il a vivre si l'homme ne peut entendre le cri solitaire de l'engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d'un étang la nuit ?

Je suis un Homme Rouge et ne comprends pas.
L'Indien préfère le son doux du vent s'élançant comme une flèche à la surface d'un étang, et l'odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi, ou parfumé par le pin pignon.
L'air est précieux à l'Homme Rouge, car toutes choses partagent le même souffle : la bête, l'arbre, l'homme, tous partagent le même souffle.

L'Homme Blanc ne semble pas remarquer l'air qu'il respire :
comme s'il mettait plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l'air nous est précieux, qu'il partage son esprit avec tout ce qu'il fait vivre.

Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir. Et si nous vous vendons notre terre, vous devrez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit où même l'Homme Blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés.

Nous considèrerons donc votre offre d'acheter notre terre. Mais si nous décidions de l'accepter, j'y mettrais une condition : l'Homme Blanc devra traiter les animaux de cette terre comme ses frères.
Je suis un sauvage et ne connais pas d'autre façon de vivre.
J'ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l'Homme Blanc qui les avait abattus d'un train qui passait. Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous tuons, nous, uniquement pour subsister.

Qu'est ce que l'homme sans les bêtes ?
Si toutes les bêtes disparaissaient, l'homme mourrait d'une grande solitude de l'esprit. Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l'homme.

Toutes les choses se tiennent.
Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu'ils foulent est fait des cendres de nos aïeux. Pour qu'ils respectent la terre, dites à vos enfants qu'elle est enrichie par les vies de notre race.
Enseignez à vos enfants ce que nous avons toujours enseigné aux nôtres : que la terre est notre mère. Et que tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.

Nous savons au moins ceci : l'homme appartient à la terre.
Cela nous le savons.
Toutes les choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille.
Toutes les choses se tiennent et tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre.
Ce n'est pas l'homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu'il fait à la trame, il le fait à lui-même.
Même l'Homme Blanc, dont le Dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble, ne peut être dispensé de la destinée commune.

Après tout, nous sommes peut-être frères. Nous verrons bien.
Il y a une chose que nous savons et que l'Homme Blanc découvrira peut-être un jour : c'est que notre Dieu est le même Dieu. Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder comme vous voulez posséder notre terre : mais vous ne pouvez pas. Il est le Dieu de l'Homme, et sa pitié est égale pour l'Homme Rouge et le Blanc.
Cette terre lui est précieuse, et nuire à la terre c'est accabler de mépris son créateur.

Les Blancs aussi disparaîtront. Peut-être plus tôt que toutes les autres tribus. Contaminez votre lit, et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus. Mais en mourrant vous brillerez avec éclat, ardents de la force de Dieu qui vous a amenés jusqu'à cette terre et qui, pour quelque dessein particulier, vous a fait dominer cette terre et l'Homme Rouge.

Cette destinée est mystère pour nous, car nous ne comprenons pas.
Quand les bisons seront tous massacrés, les chevaux sauvages
domptés, les coins secrets de la forêt chargés de l'odeur de beaucoup d'hommes et la vue des collines en pleines fleurs ternies par des fils qui parlent.

Alors où seront les fourrés ?
Disparus.
Où sera l'aigle ?
Disparu.

Et cette disparition marquera la fin de la vie et le début de la survivance.

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