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20/10/2009

Suicide : l'arme fatale

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Le suicide est toujours un acte profondément intime et mystérieux, plus ou moins insondable et dont le « mobile » premier nous reste inexplicable. Il est sans doute l’amalgame de plusieurs facteurs, jusqu’à l’élément déclencheur fatal et définitif. Il est une forme d’échappatoire à la souffrance physique , psychique… qui fait qu’au final, la mort finit par devenir sans doute la solution la plus douce et appropriée à un moment donné, la seule finalement envisageable, rapport à une existence ou à une séquence de vie, devenue insupportable.

On a tous été confronté au suicide d’un proche qui nous reste comme un questionnement sans fin et une interpellation existentielle douloureuse.

Mais après tout, le suicide est une forme de liberté radicale et de droit humain absolu, comme peut l’être l’euthanasie pour la dignité ou l’immolation par le feu en termes de protestation politique.

A l’heure de la pseudo pandémie H1N1, l’épidémie de suicides liés au travail qui fait infiniment plus de victimes et semble se propager comme un virus nous apparaît soudain comme le symptôme profond d’un malaise social signifiant. Il n’est évidemment pas de virus du suicide
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, mais il est bien, en revanche, un terrain propice dans un climat d’une violence sociale insidieuse et programmée.

Pour la direction de France Télecom, qui n’est qu’une incarnation symbolique du malaise au travail et du management volontairement déshumanisé, la vague de suicides peut être considérée, avec une pointe de cynisme, comme la consécration d’une stratégie performante dont l’objectif est, et reste, par le harcèlement, la déconsidération et la surcharge de travail jusqu’au dégoût, de pousser à la démission le salarié et de le voir enfin disparaître.

En ces termes les « 25 départs volontaires » sont le résultat matérialisé d’un « process » efficace, voulu, pensé et élaboré, poussant à la négation même de l’individu, process où le collaborateur est devenu l’ennemi à effacer. En ce sens, France Telecom n’a rien d’une exception. Cette entreprise n’est que le révélateur d’un système totalitaire sournois et concerté généralisé en entreprise.

(voir l’excellent film « la question humaine de Nicolas Klotz)

Les procédures du management par la terreur sont connues : mutations permanentes ; compétitivité entre les salairés ; auto-surveillance en Open space ; mixité des équipes aux statuts divers et contradictoires ; objectifs hors d’atteinte ; humiliations constantes ; précarisations ; injonctions paradoxales ; individualisations, ; parcellisations ; évaluations arbitraires ; rémunérations minables ; primes aléatoires ; flicages divers…

Il s’agit donc, de morceler, de casser les solidarités, les défenses collectives, les luttes syndicales et de fragiliser l’individu isolé et soumis, de lui nier toute forme de reconnaissance et d’existence , toute initiative personnelle dans un système de procédures ou tout salarié devient interchangeable, chacun devenant son propre flic et le flic de l’autre puisque les intérêts particuliers sont alors contraires aux intérêts collectifs.

Il n’est donc pas surprenant de voir en réponse à cette violence institutionnalisée des réponses individuelles et désespérées. Quoi de plus individuel au final qu’un suicide ? Acte d’isolement, acte de désespoir, acte de renoncement, acte de soumission peut-être même.

Mais au 25ème suicide ici, au dixième là, ou au 5éme chez Pôle emploi (emblématique que là où se joue le travail on s’y suicide ostensiblement) le suicide redevient soudain une arme collective. Arme de dénonciation, arme de contestation, arme retournée contre soi certes mais arme faisant surgir une nouvelle forme d’appartenance et de solidarité. Exactement ce que cherchait à briser l’outil clinique du management par la terreur.

Car en effet, si l’esclave contre le maître n’a plus de liberté, il lui en reste pourtant encore une fondamentale, celle de vivre ou de mourir et ce choix redevient une arme et renverse alors le rapport de force. La peur change de camp. Et c’est bien sur la peur que tout se joue. Peur de perdre son emploi, peur de ne plus honorer ses factures, peur de finir SDF, peur d’être nié socialement, peur et haine de l’autre considéré comme un rival.

Il suffit de voir la tête de Lombard qui chaque matin se lève avec la peur au ventre de découvrir encore un nouveau suicide pour comprendre comment quand l’esclave n’a plus rien à perdre, le maître n’a plus aucune prise sur lui.

A la terreur de l’entreprise, le salarié répond par une forme de terrorisme : se faire sauter avec sa propre bombe.

Et encore, pour l’instant, si celui qui se sacrifie ne s’en prend qu’à lui-même, il viendra forcément une nouvelle phase ou il retournera l’arme contre son exploiteur et viendra faire des cartons à la Défense, bientôt aux mains du jeune Jean, petit monsieur pressé, au cœur même des sièges sociaux des prédateurs.

On se souvient sans doute de cette pub pour le loto où un salarié gagnant-gagnant en caleçon, un poil éméché vient dire au revoir à son président. J’avais écrit début septembre, que le principe de réalité aurait beaucoup d’imagination cette année et qu’il prendrait sa revanche sur le virtuel.

Il est probable que le prochain salarié, n’ayant plus rien à perdre et venant dire adieu à son président ne le fera pas avec des cotillons .

tgb


13:25 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (20)

Commentaires

Le "management de la terreur" doit devenir un délit.

Écrit par : Fran | 20/10/2009

Pas vu le film mais lu le livre de François Emmanuel, cet été. L'organisation et les procédures manageriales sont inspirées du système nazi. Quand des salariés ont osé s'en prendre à du matériel, ils ont été condamnés, quant à ceux qui y ont laissé leur vie, au bout du harcèlement, la justice accable la victime (dépression, vie privée etc...).
La désobéissance généralisée et pacifique est sans doute un des moyens d'action à la portée de tous.

Écrit par : agathe | 20/10/2009

le suicide,C'est être dépourvu d'amour et vue qu'intérieurement on est pas receptif!ça finit par exploser.UN homme ne peux se résoudre a vivre pour lui même,il as pris par habitude au fil des millénaires a se battre pour sa famille, sa tribue, le déposséder de cela, c'est le tuer, mais n'est ce pas ce que la société composée de nous tous,qui y pousse?.
Comment la logique pourtant tant décriée est ainsi reproduite, ,on dispense les entreprises de taxes,elles ont tous les droits,on donne de l'argent en masse aux banques,on s'apprete a prendre de l'argent aux famille, qui possede un petit bien issue de la sueur de nos grands peres!résultat, pas moins de chomeurs,et de banques qui multiplient le capital;des étranger du pétrole prendre des parts dans les fleurons de l'entreprise française.Nous nous suicidons a petit feu, et pendant qu'on y est pourqu'oi ne parle ton pas des agents d'autres organismes qui se suicident...Il faut bien dire que des salauds (pes) dont certain(nes)depuis des années veulent la mort des fonctionnaires, quand je vois par exemple la méchanceté des gens qui partent en retraite, et qui ironise sur ceux qui reste, cela m'écoeure!non, ne riez pas sournoisement et surtout lachement, car demain a force de tout fragiliser, se seras votre tours!!!!

Écrit par : un jour viendra | 20/10/2009

@ Fran - si la terreur et la peur change de camp plus besoin

@ Agathe - moi je suggère le zeèe - suivre la procédure à la lettre sans mettre rien d'inititiative humaine qui fait que ça met du jeu dans les rouages - devenir bête et méchant

@ un jour viendra - je ne ris pas mais je ne suis pas candidat à...

Écrit par : tgb | 20/10/2009

Rangez les accessoires de foire dans leur rayon. Dire que "le suicide est toujours un acte profondément intime et mystérieux, plus ou moins insondable et dont le « mobile » premier nous reste inexplicable" ne veut rien dire. Repensez à la fable de La Fontaine "plutôt souffrir que mourir". Cela est vrai tant que la souffrance reste supportable. Pour certaine douleur il n'y a pas de morphine. Quand l'être est déjà tellement nié qu'il n'a déjà plus d'existence le passage à l'acte n'est qu'une régularisation. Quand la souffrance submerge tout il n'y a pas d'autre issue que de suivre le tsunami. Et la vraie peur est celle de la liberté.

Écrit par : otok tone | 20/10/2009

@tgb
Y a du taf...lol

Écrit par : Fran | 21/10/2009

On a tous été confronté au suicide d’un proche : Désolé mais moi pas ! Chaque foyer ne côtoie pas un suicidaire quand même c'est exagéré ! Sinon le suicide est bien plus important et ce pour bien d'autres raisons que le stress au travail car la plupart des suicidaires sont des personnes de moins de 25 ans, c'est à dire des jeunes ! Là y a 25 personnes qui se suicident et on s'alarme et les autres alors, ceux qui souffrent de n'avoir absolument rien ! Ceux là on les oublies car soit parce qu'ils sont inutiles à la société au vue de l'état ou même des gens (chomeurs) soient ce sont des actes trop dispersées pour qu'on les remarque, une honte je trouve.

Écrit par : claire | 21/10/2009

@ Fran - on est d'accord

@ otok tone - pour moi ça veut dire et je ne vais pas raconter ma vie mais je sais de quoi je parle

@ claire - je ne parle pas du suicide en général mais du suicide au travail - le cas FT n'était que le symbole d'un mal général mais évidemment que la souffrance est partout

Écrit par : tgb | 21/10/2009

Bravo tgb.
Ton raisonnement est limpide.
Il y a toute une symbolique dans le suicide sur un lieu de travail: Un dernier message de liberté face à la pointe d'une Pyramide qui n'a fait que sodomiser sa propre base.
Et oui, ptête qu'un jour le non suicidaire à bout, viendra flinguer son Directeur...

Écrit par : uovo | 21/10/2009

le conseil d'administration tant qu'à faire

Écrit par : tgb | 21/10/2009

"le conseil d'administration tant qu'à faire". Et puis, à être condamné pour massacre en série, il pourrait aussi bien faire la tournée des grands ducs, d'abord. J'ai quelques bonnes adresses ;-).

A mon avis, cette vague de suicides professionnels est significative de l'impuissance que nous ressentons tous devant le rouleau compresseur qui avance et nous broie inéluctablement sans que nous voyions d'échappatoire.

"No future" pour les salariés: ni les partis politiques d'"opposition", ni les syndicats, ni la justice, ni les autres institutions ne servent désormais de garde-fous. Le tapis rouge est déroulé pour toujours plus de brimades, de vexations et d'opprobre à l'encontre des travailleurs (ou des chômeurs, qui ne sont chômeurs que parce que le système en a besoin), pendant que les rois fainéants, eux, se contentent d'empocher les profits.

Alors, chacun n'a plus, pour l'instant, que des solutions individuelles: le repli, la honte, la galère, la colère ... ou en finir définitivement avec tout ça.

Écrit par : emcee | 22/10/2009

la vieille lune "moderne" : diviser pour mieux régner oui...

Écrit par : tgb | 22/10/2009

Dans le troupeau aveugle et soumis quand le mouton se rebelle il s'egorge lui meme !...

Écrit par : markhos | 23/10/2009

jolie formule

Écrit par : tgb | 23/10/2009

Il semble évident que cette vague de suicide doit susciter chez nos managers un rituel mystérieux et inexpliqué qui consiste à moquer l'événement, à caricaturer de tels actes. Si le PDG de France Télécom ne se gêne pour le faire ouvertement et en public (la blague sur la mode et les moules), pourquoi ses sbires ne le feraient pas de leur côté? Aussi, le terme de "départs volontaires" est tut à fait approprié, vous décrivez ici l'inconscient inhumain collectif qui ramasse notre monde, en deux mots simples, efficace!

Écrit par : indfrisable | 25/10/2009

pourtant on peut y voir une forme d'émeute par le sacrifice

Écrit par : tgb | 25/10/2009

Mon collègue s'est suicidé pour le boulot. Ce que je trouve inacceptable, c'est que les pontifs ont étouffé l'affaire et nous devons faire comme si de rien n'était. Je regrette mais moi je ne peux pas. Chaque fois que je passe devant son bureau j'ai la larme à l'oeil et je pense à lui. Tout le monde se moquait de lui car il avait la pression de la hiérarchie, ses proches collègues s'amusaient de le voir dépassé par le boulot et ce qu'on lui demandait de faire. Je trouve ça HONTEUX venant de personnes qui nous dirigent : ils sont nuls et très bêtes. Ceux qu'on croit intelligent ne sont pas ceux qu'on pense !!! Et voilà ce qui devait arriver, arriva. Le pauvre s'est suicidé. Je ne vous raconte pas la façon dont il l'a fait.... Mon directeur de l'époque et sa "clique" m'ont dit d'oublier.... sans commentaire

Écrit par : sl | 25/10/2009

visiblement ce passé ne passe pas
ne pas oublier oui

Écrit par : tgb | 26/10/2009

Révisez vos classiques !

"Le suicide est toujours un acte profondément intime et mystérieux" : foutaises !

Depuis l'interview de l'éminent Nicolas Sarkozy par Michel Onfray, on sait bien que le suicide est lié à "une fragilité génétique" et rien d'autre. Vous verrez que quand on aura identifié le gène du suicide et que les grandes entreprises seront autorisées à se servir de tests ADN à l'embauche, ça ira mieux...

Écrit par : Emma Prilatete | 27/10/2009

ah effectivement si la science s'en mêle je m'incline mais si on trouve le gène du suicide on risque de trouver aussi le gène du petit facho à talonnettes

Écrit par : tgb | 27/10/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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