01.03.2010
Florence for ever
![florence_aubenas[1].jpg](http://rue-affre.20minutes-blogs.fr/media/00/00/636034161.jpg)
Je viens de finir le livre de Florence Aubenas « Le quai de Ouistreham ».
C’est le genre de bouquin qui vous laisse orphelin. Comme en manque.
C’est une enquête et ça se lit comme un roman.
Avec un vrai sujet, de vrais personnages et tout un climax.
Bien loin des inanités nombrilistes de sous auteurs nous contant par le menu leur aérophagie existentielle.
Florence Aubenas : ancienne de libé centre gauche passée au nouvel obs centre droit ; dans le paysage journalistique dévasté : d’accord personne n’est parfait(e)
N’empêche, Florence Aubenas, des mois de captivité en Irak, qui nous épargna par décence ou pudeur, la capitalisation littéraire et financière de sa terrible expérience, à qui l’on doit en grande partie la réhabilitation des outragés d’Outreau, a l’inconvenance, dans cet univers narcissiquement onaniste moi je, de s’intéresser aux autres et aux sans grades : déviation perverse quasi insensée s’il en est.
Donc pour Aubenas : six mois à récurer à genoux, les chiottes du capitalisme sordide, dans la précarité, l’humiliation et la misère ordinaire, pour nous offrir au bout du compte, du journalisme debout tandis que ses confrères assis, pratiquent entre deux cocktails, un confortable journalisme couché : chapeau bas.
Car faut-il le rappeler, deux reporters France 3, otages en Afghanistan et tentant, quelle incongruité, de faire leur métier d’informer, coûtent bien plus chers selon nos délicates autorités, qu’un journaliste embedded ou qu’un stagiaire au rabais, recopiant avec fautes d’orthographes itou, les dépêches AFP.
Oui, dix journalistes comme Aubenas en France et le pays médiatique en serait radicalement transformé.
Dans la misère quotidienne des précaires en voie de paupérisation donc, à éponger la merde du sol au plafond, Aubenas nous fait exister ses damnés camarades du balai brosse, acculturés, dépolitisés, tout à l’immédiate survie, dans la machine infernale statistique et truqueuse du pôle emploi, dans le mercenariat hideux du nettoyage par le vide, jusqu’à nous rendre visible enfin cette cohorte d’ombres truculentes pourtant, autrement plus talentueuse et instructive que quelque vulgaire TV réalité dont elle est (cette cohorte) paradoxalement grande consommatrice.
Six mois oui, à courber l’échine, la peur au ventre, dans la résignation et la soumission lambda face à l’esclavagisme moderne libre et non faussé.
Mieux qu’une étude sociale, plus évocateur qu’une thèse fouillée, le récit d’Aubenas drôle et acide, appréhende férocement et l’air de rien, la logique infâme d’un monde cupide et sans pitié. Et pour peu que comme moi, vous ayez vécu un peu à Caen, s’ajoute la connivence intime des lieux et des gens.
Admirable Florence, qui, cerise sur le gâteau, explose en vente et au passage, le Bernard Henri Levyde, tout à sa suffisance autocentrée.
Comme la revanche rassérénée, du savoir faire sur le faire savoir.
tgb
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