23.02.2012
Génération spontanée

Vacances de février.
Comme un avant-goût de printemps.
Je traîne et rêvasse et fume ma clope du côté des jardins d’Eole. Cet espace vert récemment aménagé à cheval entre les 18 et 19éme arrondissement de Paris juste en lisière de la voie ferrée et d’un vaste no man’s land en pleine restructuration.
Tous les mômes du quartier, les Doinel, les Gavroche, les poulbots, tous les gamins de Paris, pas partis aux sports d’hiver, autant dire la plupart, par centaines, par milliers peut-être, s’égaillent comme des volées de moineaux dans les espaces de jeux.
Leurs pistes noires et leurs pistes bleues.
Ça crie, ça hurle, ça braille et ça s’entasse sur les tourniquets
Ça court, ça tombe, ça chiale dans la pagaille ensoleillée
Ça se fritte et ça se frotte, ça se chamaille à chaque tour de balançoire
C’est la pépinière de Paname, la couveuse du nouveau siècle, et ça shoote par ici et ça marque un panier par là en s’étreignant par grappes comme en finale de coupe du monde.
Ils ont les yeux bridés, la peau mate, les cheveux crépus ou le visage pâle, rougi par l’effort.
Tiens un petit rouquin aux joues cramoisies…
Ils ne se mélangent pas toujours, mais ils se mélangent aussi.
Tiens une blondinette à pompons qui se crêpe le chignon avec une petite chinetoque à lunettes.
Ils sont de toutes les couleurs, mâchurés, bariolés, de toutes origines ethniques et d’une seule origine sociale, populaire, et comme en génération spontanée, tous français.
Je n’ai pas forcément une grande estime pour le manager socio-démocrate Delanoë, n’empêche, ce lieu-là, où les petites pisseuses et les petits morveux peuvent venir se râper les genoux pour mieux se les peinturlurer de mercurochrome après, on lui doit.
Tant l’est parisien était laissé à l’abandon par la droite.
Quatre hectares d’espace vert, c’est quand même mieux que ces cages à poules, vaguement concédées aux ados, sous les structures du métro aérien.

Que tous ceux, en ce pays qui ont une maison de retraite dans la tête le sachent bien, qu’ils le veuillent ou pas, l’avenir de ce pays n’appartient pas plus à ceux qui se lèvent tôt qu’à ceux qui se couchent tard, pas plus à un taux de croissance qu’à un taux de compétitivité, l’avenir de ce pays appartient à toute cette marmaille bigarrée et virevoltante, à cette cour de récré.
Que les gens qui n’aiment pas leurs enfants bougent de là, parce que ces enfants-là, ne bougeront pas d’ici. Puisqu’ils sont ici chez eux.
C’est l’enfance de l’art que de le constater : si ce vieux pays a encore de l’avenir, ce n’est pas dans sa courbe de croissance mais dans celle de sa natalité.
Ce pays appartient à ce tas de mômes en bougeotte, qui s’empilent pêle-mêle sur un tourniquet.
Je les remercie d’être là.
tgb
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20.02.2012
Faites entrer la politique !

Pendant que les citoyens grecs, portugais, espagnols par centaines de milliers hurlent dans les rues leur rage, refusant d’être sacrifié sur l’autel de la finance et d’endosser le fiasco de l’oligarchie mafieuse, leurs gouvernements à la botte des mêmes banksters, martèlent inlassablement la rengaine jusqu’à résignation finale :
Vous n’avez pas le choix !
Pourtant les peuples pareillement pris en otage, qui osèrent ne pas céder à cette injonction suicidaire, et refusèrent ce fumeux chantage, ont démontré, même si on l’occulte soigneusement dans nos merdias complaisants, une épidémie émancipatrice est si vite arrivée, qu’il y a précisément d’autres choix.
Plus qu’une alternance, des alternatives.
Congédier les vendeurs d’argent, les suceurs d’intérêts, et autres marchands de dette, et laver son linge sale en famille.
Bref, si nous étions dans un pays normal, quoiqu’à l’échelle d’Aphatie/Duhamel, atrocement fantasque, l’Islande ou l’Argentine par exemple, Papademos, Draghi ou Monti…, les mousquetaires de la non redistribution Goldman Sachs, ne « manageraient » pas en zélés gestionnaires des cures de rigueur/austérité du genre :
- tu as 100, je t’en prends 20, et j’augmente tout de 30, en croisant les doigts pour que tu relances la croissance…
mais seraient simplement à leur place, en vertus des innombrables services rendus : en taule.

C’est ainsi qu’en Argentine, l'ancien ministre de l'Economie Roberto Lavagna non sans audace, envoya se faire foutre le FMI et son catéchisme libéral, avant de relever en serrant les dents et pas que, son pays de l’état économique où il l’avait trouvé en entrant, en une poignée d’années.
Un politique faisant de la politique : curieuse anomalie pour ne pas dire sale manie chez ces gens-là !
C’est ainsi qu’en Islande, qui vient O joie suprême, de voir sa note améliorée, auprès d’une de ces agences de divine notation, plutôt que de régler rubis sur ongle les factures des petits margoulins corrompus et locaux, les envoyèrent méditer dans quelque cachot, douillet rassurez vous, avant que de rédiger une nouvelle Constitution participative sous la houlette de leur charmante présidente.

L’Argentine et l’Islande aujourd’hui vont bien, merci !
Certes ces deux pays n’avaient pas l’insigne honneur d’appartenir à l’Eurocircus et de prétendre à la régression sociale compétitive à pied par la chine mais n’empêche, qu’un seul contre exemple existe et alors même le mot d’ordre de : « il n’y a pas le choix » s’effondre.
Car nous avons toujours le choix.
Forcément le choix
Essentiellement le choix.
Car il serait bien paradoxal qu’à l’hypermarché du capitalisme ambiant et de la libre concurrence Il n’y ait comme en Sovietomie du nord, qu’un seul article en rayon.
Nous n'avons QUE le choix !
Etre libre c’est choisir
Ne serait-ce au final que de vivre ou mourir.
Si nous n’avons plus le choix c’est qu’alors nous sommes morts.
Voulons nous vivre morts ou prendre le risque de mourir vivants ?
Faire de la politique aujourd’hui c’est justement répondre à cette question, plutôt que de savoir si la femme de Mr Bruni s'épile la chatte en ticket de métro ou pas.
tgb
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