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12/03/2013

Mots d’ordres et de désordres

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« L'exécutif prépare une nouvelle cure d'austérité pour 2014 »

J’aime ce style.

A la 347éme lecture, ça a sa poésie.

On imagine la tête du type qu’a pondu ça. L’expert en oxymore et autre élément de langage Histoire de vendre l’invendable : la misère qui, O miracle, serait bonne pour la santé.

Déjà l’exécutif, c’est pas très sexy glamour. Ça a un côté courroie de transmission, appareil qui, soit exécute (en l’occurrence les ordres) soit t’exécute, ce qui n’exclut pas qu’il fasse les deux.

L’exécutif ici, c’est pépère président, premier de la classe, mais sans lutte de.

La cure, c’est le truc sensé te remettre en forme, cure de jouvence, cure de repos, cure de désintox, normalement c’est thérapeutique, je sais, je viens d’une ville thermale…

mais la cure d’austérité ???

Je connais des cures pour maigrir. On paie même pour ça. Mais une cure pour manquer de tout Pendant que ceux qui te l’imposent ne manquent de rien. Voire plus.

???

Non j’achète pas le programme !

A tout prendre et pour changer, je préférerais une cure de prospérité. Mais ça n’a pas l’air d’être à l’ordre du jour ni de l’année, ni probablement du siècle.

A ce régime-là ce n’est plus une cure mais une purge. Un système basé sur l’anémie. Parce qu’une crise qui dure 50 ans n’est pas une crise mais le principe même d’une société.

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La « cure d’austérité » c’est comme la « sécurisation de l’emploi » le « plan social ou la "fléxisécurité", ça a la sémantique positive sauf que ça signifie juste le contraire : le licenciement.

Ce sont des associations de mots arnaques, des concepts putes, de la pure escroquerie linguistique avec pour finalité une immolation par le feu devant un pôle emploi.

On sait avec Gramsci, que tout langage contient les éléments d’une conception du monde, que la domination commence par les mots.

L’on notera par exemple la bagarre autour de la « vidéo surveillance » (notion pour le moins péjorative) que les chiens de garde de l’empire essaient vainement de réorienter vers une « vidéo sécurité » nettement plus rassurante ou celle des ‘charges sociales’ qui ne sont ni plus ni moins que des cotisations solidaires.

En ce sens, la lutte commence par le vocabulaire. Le sens des mots. Le choix des mots. La nécessité surtout de ne pas céder à la lexicologie des autres et donc à leur toute pensée, par paresse, par imprégnation, par snobisme, par suivisme, de désosser leur novlangue et d’inventer, de tenir, d’imposer nos propres mots d’ordres ou de désordres.

Cela demande toute notre vigilance.

Car pour revenir à Gramsci et à une de ces pertinences sémantiques « la crise, c'est quand le vieux se meurt et que le jeune hésite à naître ».

tgb

09:37 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7)

Commentaires

Ah, le piège des mots ...
Un beau,élément de langage sarkoziste :
" la baisse tendancielle de la hausse du chômage "..
Une expression me hérisse un peu :
" l’État providence ", qui suggère implicitement une idée caritative pour les nécessiteux, voire aussi le concept du charity-business ( le care de M.Aubry) ou une action divine bienveillante ...

Écrit par : alain | 12/03/2013

beaux exemples en effet où l'on sent poindre toute l'idéologie pourrie ultralibérale et ses éléments de langage

ah cette baisse tendancielle.... je l'avais oubliée celle là - j'avais fait une note dessus d'ailleurs

Écrit par : tgb | 12/03/2013

Le jeune se meurt déjà alors que le vieux n'en finit pas de mourir.Dans une société normalisée en douceur depuis 50 ans, il n'y a déjà plus de mots pour dire la misère et l’oppression. la "Révolution" c'est devenu Orange chez fRance Télécom...Seule la révolte et la rage aveugle demeurent.

Écrit par : rushes.infos | 12/03/2013

pour ne pas parler de la liberté devenue liberté d'entreprendre mais bon pour citer encore Gramsci « Il faut allier le pessimisme de l'intelligence à l'
optimisme de la volonté »

à la fin c'est nous qu'on gagnera

Écrit par : tgb | 12/03/2013

Le plus "beau" en la matière c'est pour moi l'expression "plan social" qui remplace ,nie,et meme inverse la verité qui est "licenciement collectif", en manipulant le langage on manipule la realité.

Écrit par : markhos | 15/03/2013

Ce qui m'avait choquée dans les années 90 ( peut-être fin des années 80 ), c'est DRH : directeur de " ressources humaines " : nous étions tout d'un coup considérés comme des choses, un peu comme de la" viande " .
Sont apparus , après : " la gouvernance "et les " pôles " dans mon boulot " : les pôles ont permis de nous rajouter des hiérarchies , qui n'existaient pas avant ( puisque avant " hôpital 2007 ", et la T2A, notre hiérarchie n'était qu'infirmière ), de nous séparer même au sein d'un même service ,d'amener dans ce milieu une notion de rentabilité (c'est d'une connerie !...) etc...Tout d'un coup, on nous demandait "nos objectifs professionnels "tous les ans : moi des objectifs...pffff...
En politique, " réformerle pays ", " amener la démocratie" aux pays " désobéissants (ayant beaucoup de ressources énergétiques ) .. re-pffff...

Écrit par : turandot | 15/03/2013

@markhos - au delà même de manipuler la réalité on nous fait intégrer un système de pensée et de perception de cette réalité - on la pense avec leurs mots assénés à longueur de journée - et par exemple aujourd'hui on "gère" tout - sa vie sa famille ses vacances...

@turandot - d'où l'on apprend par ce témoignage que tu es infirmière...
oui la réforme mot à priori positif amenant un progrès véhicule aujourd'hui une constante régression sociale

Écrit par : tgb | 15/03/2013

Les commentaires sont fermés.

 
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