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23/05/2015

Narcisse et moi

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En faisant un selfie, un révolver sur la tempe, une femme russe appuie confusément sur la gâchette…

Ho le joli mythe de Narcisse revisité.

En me baladant à Montmartre l’autre jour, je me demandais bien à quoi pouvaient servir ces tiges extensibles que proposaient avec insistance aux touristes les vendeurs à la sauvette, avant de comprendre qu’elles n’étaient rien d’autre qu’une extension de soi-même, une sorte de membre bionique rétractable, bref, une barre de selfie.

En ces temps d’égocentrisme exacerbé, d’individualisme forcené, le selfie, autrement appelé, avant de nous faire défoncer par la sous-culture mainstream, autoportrait, est un magnifique révélateur de l’obsession de soi, de l’auto congratulation, de l’autolâtrie.

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Dans cet amour de soi, tout à son autarcie, son autisme, à se prosterner du nombril, il n’est pas très étonnant que le monde soit vu, comme un décor où l’on se met en scène et où les autres sont de pâles figurants dans un indigent scénario.

Tourné sur soi, en soi, vers soi, à se contempler , à délimiter à soi son triste territoire sans plus d’horizons, il est assez logique que l’on n’ait plus rien à foutre du naufragé, du SDF, du voisin, de l’autre, à s’admirer sans plus d’altérité, devant les ruines de Sophie Marceau, le sourire de Palmyre, ou le décolleté de la Joconde, dans l’ordre ou le désordre peu importe puisque tous les chemins ramènent exclusivement à soi.

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Je me parle à moi-même, comme la télé parle de la télé à la télé, dans cette superbe mise en abîme de l’acteur spectateur en boucle, de la vacuité en larsen, de la banalité en écho, sorte de vortex et de spirale sans fin.

[Entendu sur BFM TV] - Vous êtes à 200 mètres de l'entrepôt. Qu'est ce que vous voyez ? - Je regarde BFM TV".

Dans la tyrannie de l’immédiateté et du remplissage du vide par du rien, le témoin d’à côté du drame, qui n’a rien vu, qui ne voit rien, regarde la télé pour se voir, tandis que la télé se voit en interrogeant le témoin, chacun n’ayant d’yeux que pour soi-même.

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A peine le temps de s’indigner d’une chose qu’il faut déjà s’indigner d’une autre, forme d’indifférence finalement dans l’unique miroir de soi. Je zappe d’une indifférence à l’autre sans plus me chercher puisque à me regarder toujours je me trouve.

S’il existait une Star Ac du djihadisme, nul doute que les frères Kouachi ou le baltringue de la kalach Coulibaly, nos enfants de la télé, seraient allés en finale en ce besoin viscéral et contemporain du quart d’heure de célébrité mondiale, à vérifier à l’écran qu’ils existent. Ils se seraient alors sans doute contentés d’un attentat virtuel , noté par un jury expert en infatuation du côté de Koh-Lanta.

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Ainsi quand le pauvre stagiaire exténué s’emberlificote de la bande passante, comme une forme de distanciation aimable et artificielle de surgir. Marque de civilisation au théâtre de l’absurde, à la société de son triste spectacle.

Suis-je et qui suis-je ? Je suis tant que je me vois, je suis ce que les pixels me renvoient, je suis mon image, je suis mon propre masque ; je ne me présente plus, je me représente, ne me connais plus mais me reconnaît. Je suis, si ma réalité rejoint mon auto-fiction.

Dans cette société de contrôle, sourions nous sommes filmés et comme ça ne suffit pas encore, sourions nous nous filmons, dans cette forme nouvelle d’auto surveillance à vérifier en permanence son bonheur béat.

Le rapport au monde n’étant plus qu’un rapport à soi, la réalité qu’une fiction, qu’importe l’histoire vraie tant qu’on se raconte vraiment une histoire.

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Miroir mon beau miroir…

Et si alors dans ce monde d’images virtuelles tout à coup, exister consistait à ne justement pas être sur la photo ? Et si finalement ne plus paraître redonnait du sens à l’être :

Je me fuis donc je suis !

tgb

 

13:14 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (11)

18/05/2015

Apartheid judiciaire

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Si Zyed et Bouna avaient été dirigeants actionnaires d’EADS et avaient commis un délit d’initiés empochant au passage une très juteuse plus value tout comme le « malhonnête et incompétent « héritier Lagardère, ils seraient toujours vivants, vivraient confortablement de leurs indemnités et toujours pas condamnés même symboliquement, auraient rebaptisés EADS en Airbus Group, tout comme France Télécom en Orange et pis voilà.

Si Zyad et Bouna avaient été ancien président de la république avec une dizaine d’affaires accrochées aux baloches, ils seraient déjà en campagne électorale, auraient changé le nom de l’UMP en « les Républicains » et bénéficieraient d’une émission quotidienne de service publique « C dans l’air » pour se disculper et porter la bonne parole.

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Si Zyed et Bouna avaient dirigé la Société Générale, ils se seraient déchargés de toute responsabilité en accablant le lampiste Kerviel, auraient coûté à chaque français la somme de 30 euros, l’état épongeant généreusement les pertes et profits, comme dans l’affaire Dexia, tandis que ses dirigeants touchent joyeusement leur retraite chapeau.

Si Zyed et Bouna n’avaient pas eu la courtoisie d’être Charlie en le proclamant haut et fort à l’école, ils seraient passés immédiatement en comparution directe et auraient écopé de quelques mois de prison, histoire de leur apprendre le charlisme des bonnes manières.

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Si Zyed et Bouna avaient habité Tarnac,ils seraient encore et toujours poursuivis par une justice française fort persévérante sur ce coup là, tandis que s’ils avaient légitimement tués Rémi Fraisse manifestant pour un barrage inutile et arbitraire ils seraient pris en charge psychologiquement pour le traumatisme occasionné.

Si Zyed et Bouna avaient fabriqué des Rafale, vendus à des pays aussi laïques démocratiques et exemplaires que les monarchies obscurantistes à pétrodollars, qu’ils avaient achetés quelques élections en banlieue parisienne à coups d’enveloppes garnies, il se serait trouvé une majorité de sénateurs pour refuser la levée de leur immunité parlementaire.

Si Zyed et Bouna s’étaient appelés Woerth, Copé, Rebsamen ou Balkany, ils iraient une breloque à la boutonnière, ne sauraient pas où ils ont rangé leur Rolex, et posséderaient quelques villas défiscalisées aux caraïbes.

Si Zyed et Bouna étaient morts à Ferguson ou Baltimore assassinés par des flics un peu trop blancs on ergoterait dans les JT sur le racisme latent et institutionnel de la société américaine.

Si Zyed et Bouna avaient été policiers et s’étaient planqués dans un transformateur, les petites racailles assistants au drame sans lever le petit doigt et en se disant qu’ils ne donnaient pas chers de leur peau, auraient été condamnés manu militari pour non-assistance à flic en danger.

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Si Zyed et Bouna avaient été grands actionnaires, énarques,ministres, crs, banquiers ou membres de la FNSEA, quoi qu’ils aient faits, ils auraient été à priori lavés de tout soupçon, amnistiés, blanchis et recasés avec félicitations du jury.

Mais comme Zyed et Bouna ne sont que de misérables gavroches de banlieue n'ayant rien à se reprocher , qu’ils soient morts comme des chiens, la justice de classe s’en balance.

tgb

 

17:20 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8)

07/05/2015

Née quelque part

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Elle n’aura pas servi de matière sirupeuse à squatter du temps de cerveau disponible, ni rempli les poches des bookmakers à coups de paris sur l’heure de la layette, le jour de la couleur des yeux de l’arrondi du menton, ni dynamisé le tourisme péridural , ni orné de son effigie quelque mug mercantile, pas plus que servi d’écran de fumée au milliardaire Cameron pour masquer la misère du pays des enfants pauvres en ce jour d’élection qui ne changera rien comme d’hab.

Ce pays où des fils à papa bien nés décrètent au nom d’une idéologie de classe, que la survie se mérite, qu’un travailleur ayant bossé une heure dans le mois n’est pas chômeur, tandis que le déterminisme social fait loi.

Elle n’aura donc pas l’honneur de chier en direct sous les caméras mondialisées dans des couches en soie, comme certaine princesse au petit pois donnée en pâture au peuple affamé et infantilisé, dont le destin après tout, n’est peut-être pas si enviable.

A peine éclose et déjà instrumentalisée.

Francesca Marina née le 3 mai sur un navire de l’armée italienne le Bettica, n’ira au moins pas nourrir les poissons comme près de 30 000 immigrés de ses sœurs ou frères qui au grand soulagement des obsédés de la théorie paranoïaque du grand remplacement ne viendront pas vider leurs ordures ni les torcher ici pour 3 sous de l’heure.

Ils pourront faire fièrement sous eux dans la continuité de leur œuvre charitable.

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Cette Italo-nigériane donc, née un jour après la petite fille du prince aux grandes oreilles ne part pas pas et c’est le moins que l’on puisse dire, avec les mêmes privilèges, si ce n’est d’être en vie quand même. Restant à démontrer toutefois que la vie soit un luxe.

Les deux petites filles ne se croiseront pas, ne joueront évidemment pas dans la même cour des grands, d’école, n’ont aucune chance d’être amies ou de se crêper le chignon. L’une entendra parler de l’autre tandis que l’autre n’aura aucune conscience de l’une dans autant de mondes parallèles et oligarchiques.

Au moins si Francesca Marina nommée ainsi par les marins italiens a l’idée saugrenue de se réfugier à Beziers, échappera t’elle à la liste de Robert, tout comme Charlotte Elizabeth Diana, Anders Breivik, Mickael dos Santos ou Maxime Hauchard, les biens nommés.

Le prénom ne faisant ni le terroriste ni le djihadiste, comme l’habit ne fait pas le fanatique, il doit bien exister des Robert fréquentables qui ne soient pas d’authentiques saligauds en costume croisé et en chemise vichy.

A la star Ac des princesses, Francesca Marina n’a aucune chance de finir reine à chapeau vert gélatine, pas plus que de se déplacer en carrosse ou d’inquiéter la monarchie à cause d’une varicelle. Nonobstant si l’aristocratie s’acquiert à la naissance, certainement pas la noblesse.

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En attendant de faire leur vie, toutes les petites filles naissent princesses avant de devenir pour certaine et par triste héritage, maquerelle d’extrême droite.

Que les fées qui se penchent sur le couffin de fortune de Francesca Marina l’en préserve.

tgb

14:07 Publié dans Blog, Voyage | Lien permanent | Commentaires (4)

 
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