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15/01/2018

De Guignol à Notre-Dame-Des-Landes

 

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Il se trouve que depuis que j’ai l’honneur et la joie de partager la vie d’une petite fille de 30 mois à ce jour (mais ça ne cesse de changer), je fréquente assidument les castelets de Guignol au parc des Buttes Chaumont.

Je dis les, car il y en a deux. L’un couvert pour la saison hivernale, mini théâtre à fauteuils rouges, l’autre découvert, avec bancs en bois rudimentaires pour la belle saison, tous deux prolongeant plus ou moins la tradition populaire.

Si, historiquement Guignol crée par Laurent Mourguet du côté de la Croix-Rousse à Lyon à longtemps été associé à la révolte des canuts, milieu de la soierie dont Mourguet était issu, la marionnette populaire n’a jamais été à proprement politique.

Guignol n’est pas un rebelle ni un révolté encore moins un révolutionnaire, c’est plutôt un petit malin, gouailleur, insouciant, à la fois courageux/poltron et bon vivant, cherchant plus à se la couler douce, entre bonne chère et beaujolais, tout en échappant à l’acariâtre madame guignol, qu’à changer l’ordre des choses.

Ni compétitif, ni ultra productif, s’il n’a pas de discours subversif, ce n’est en tout cas pas un modèle macronard mais bien plutôt le genre aujourd’hui à pointer au chomdu entre deux voyages aux Bahamas.

Bref, un rien.

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L’heureux paradoxe fait que c’est la censure imposée par Napoléon 3 qui contraindra les troupes de ce mini théâtre oral à soumettre les textes par écrit et donc à conserver ce patrimoine.

Plutôt satire que politique, n’empêche, on se souvient tous dans les brumes de notre enfance dont on ne guérit jamais, que Guignol ne se gênait pas pour bâtonner le gendarme dans les éclats de rire et nous venger des pandores dans une vieille tradition saine et jubilatoire du « mort aux vaches ».

Mais aujourd’hui, dans le conformisme ambiant et la conformation prégnante, plus de coups de bâton sur la tête du brigadier, plus de Gnafron un peu trop porté sur la bouteille. Si l’on donne encore de la batte, c’est le gendarme qui rosse le vilain, s’il existe encore quelques interactions avec les enfants, c’est pour leur demander où est passé le voleur et dans un politiquement correct ravageur et aseptisé, pour il va de soi ne pas traumatiser nos petits, si le loup a toujours de grandes dents, il ne mange plus la grand-mère.

On a sagement par absorption du modèle dominant, bien dilué l’esprit frondeur, opportunément pactisé avec la maréchaussée, formaté l’imaginaire au projet sociétal ambiant.

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Et c’est ainsi que j’en arrive à Notre-Dame-des-Landes, à la fabrication de l’opinion rapport au débarquement de Normandie de nos valeureuses forces de l’ordre, à nos honnêtes médias de référence et aux instituts de sondage, véritables auxiliaires de police préparant le terrain mental à l’intervention aéroportée et à l’élimination militaire définitive de ce petit village dissident retranché résistant encore et toujours à la rentabilité, au profit et aux conflits d’intérêts.

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Il semble patent dans ce monde de connivence conscient ou intégré, qu’il est aujourd’hui de bon ton de bien désigner « le méchant » dés l’enfance pour mieux dénoncer « le dangereux marginal terroriste » à l’adulte un tantinet avachi du crémol.

Je ne saurais conseiller à quelqu’un d’un peu désoeuvré et en panne d’activité de bricoler d’urgence un castelet bariolé et de retrouver l’esprit guignol à grands coups de bâton sur les pandores aux ordres des maîtres du monde.

Il y a une place (de théâtre) à prendre (et des coups de matraque aussi).

tgb

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11:28 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8)

09/01/2018

Le petit Cash Flow à sa moman

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 “Notre civilisation : une jolie fille, pomponnée et maquillée, assise sur un tas de merde.”  François Cavanna 

Donc, dans notre jolie start up nation, de ce monde occidental particulièrement civilisé et corporate, il existe un « délit de solidarité ».

Je repose la formule là et vous la laisse apprécier « délit de solidarité ».

Cela veut dire que dans ce pays où la modernité le dispute à la performance, il est de votre devoir de laisser crever les gens de faim de froid de soif et d’enjamber les cadavres avec la bonne conscience d’un apprenti milliardaire aspirant miraculeusement au tout et craignant fatalement le rien.

On appelle ça l’humanité.

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Donnez à manger à un réfugié vous deviendrez suspect, montrez lui le chemin vous deviendrez coupable, hébergez le et vous serez exécuté.

Donc, dans notre jolie start up nation, de ce monde occidental particulièrement civilisé et corporate, donnant des leçons universalistes au reste de l’univers, il est également interdit de se nourrir dans les poubelles.

Je repose la phrase là, afin d’en capter toutes les finesses humanitaires et d’en relire posément les subtilités : Il est interdit à un affamé de se nourrir dans les poubelles.

Donc, dans notre jolie start up nation, de ce monde occidental particulièrement civilisé et corporate, donnant des leçons universalistes au reste de l’univers et exigeant sur le champ d’être Charlie gentil ou ennemi méchant, un miséreux se retrouve avec moins de droits qu’un rat.

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Il vous reste maintenant à expliquer à vos enfants dans une saine morale compétitive, individualiste tout en rentabilité financière et affective, qu’il est profitable de tricher, de plagier, de truquer les élections, de bidonner les reportages, de s’enrichir sur les licenciements et de finir ministre du travail, de ne pas payer d’impôts mais de profiter des infrastructures publiques, de renier sa parole, sa signature, de faire la guerre aux pauvres, de mépriser les faibles et de compatir aux tourments des riches audacieux, responsables, entrepreneurs, en serrant vos derniers chicots pour ne pas en faire partie.

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Bienvenue au petit Cash Flow, dans ce monde marche ou crève aux valeurs renversés, ce monde sans pitié, sans amour, sans même de charité, où nous voilà ennemis jurés les uns les autres, tous désunis dans une somme d’individus carburant au mépris, à la suffisance et à la barbarie financière, où l'amour est un produit,

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où « avant Airbnb, une chambre inoccupée à la maison était une chambre d’ami, et où c’est désormais un manque à gagner." (Comité invisible)

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Mais peut-être est-ce dans l’ensauvagement, en tuant l'humanité en nous et l’humanité tout court qu'on sauvera la planète du jeune Cash Flow ayant mis aux enchères dés 16ans les organes juteux de maman.

Restons positifs.

tgb

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10:03 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (10)

03/01/2018

La bonne résolution

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De bonne résolution, ce matin de début janvier, et tandis que je me demandais ce que je pouvais faire pour la France,

et par exemple m’accrocher très fort

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de tomber sur cette photo

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et de me dire qu’au vu de la servitude volontaire de mes concitoyens touchés en plein coeur par le syndrome du larbin avec de la patasse toute consentante dans la tête et des histoires de maillon faible…

on n’ avait pas le cul sorti des ronces avant longtemps.

Voir dans l’allégresse générale tous ces gentils employés au rabais, aspirants milliardaires, marcher avec un enthousiasme docile dans le plan market tout fumeux du bon bwana de la start up nation superette en attendant de se faire virer pour faute grave - c’est à dire avoir mangé une gaufrette du paquet entamé par un client indélicat - ne me disait rien qui vaille.

Espérer du loto d’entreprise idéologique sa prime de noël

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et le mini jack pot qui ambiancera sereinement, dans la jalousie et la frustration, l’esprit d’équipe du un contre tous et du tous contre un dans cette boite de merde où l’on se hait tous dont surtout un...

m’ouvrait comme de fâcheuses perspectives.

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Alors pour ne pas commencer l’année dans cette sale désespérance, à renoncer d’emblée à l’humanité, la décence et l’honneur, admirer plutôt ces petits gars

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affrontant à mains nues et pour la 133ème journée de grève, sans lâcher sans fléchir, l’une des pires et symboliques multinationales de la daube géométrique à obésité défiscalisée.

Alors voilà ce que je pouvais faire ce matin de janvier où le vent soufflait à renverser mes lauriers sur le balcon, écrire ce texte pour rappeler avec Brecht, le cul sur mon sofa,

que celui qui combat peut perdre, mais que celui qui ne combat pas a déjà perdu.

tgb

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10:24 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (12)

 
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