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11/12/2018

Les casseurs et les cassés

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On parle beaucoup des casseurs, on parle peu des cassés.

Parmi les casseurs, il y a des flics infiltrés, il y a des pilleurs, il y a des blacks blocs, il y a des nervis d’extrême droite, il y a des gilets jaunes, énervés, remontés, désespérés, qui n’ont plus rien à perdre et qui s’ensauvagent.

Je défie quiconque nassé dans une manif à priori pacifique, gazé par la lacrymo, assourdit par les grenades, pris par la tension de la foule, la psychose, l’hystérie, la peur, de ne pas voir monter en lui la rage et l’envie de cogner. Toute la pression mise par les forces de l’ordre d’ailleurs, est sans doute calibrée précisément pour ça. Faire péter les plombs. Faire dégénérer. Pour discréditer. Décrédibiliser : - Voyez les sauvages.

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Oui parmi les casseurs, il y a de de tout, des profiteurs, des militants, des provocateurs, des pros de la subversion, des révoltés, des manipulateurs et des manipulés, mais aussi plein de types qui en ont marre d’en prendre plein la gueule tout le temps en courbant le dos.

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Cette dichotomie savante, vendue sur le papier entre gentils manifestants et méchants casseurs qui dénaturent blablabla, si bien établie par ceux qui n’y connaissent rien et qui aiment faire rentrer le réel dans des petits cases n’existe pas. Face à la violence institutionnelle, tout agneau est appelé à se révolter, tout père de famille est prêt à se défendre, tout retraité paisible peut soudain rendre les coups.

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La violence du plus faible n’est pas de même nature que la violence du puissant, qui a la légitimité, le professionnalisme, l’argent et le droit pour lui : 4 ans de taule pour un tag six mois de prison pour un sandwich volé comparutions immédiates, arrestations préventives (et illégales) tandis que Sarko, Balkany, Benalla, Ferrand…

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(photo Philippe Colette)

Si la violence du puissant est légitime voire esthétique et jouissive vue des médias aux ordres qui s’extasient en direct de la charge de cavalerie à l’assaut des barricades, de la puissance du char d’assaut, de ses 80 Kms heures et de ses 40 litres au cent, auquel manque, et ils sont à deux doigts de le déplorer, la mitrailleuse, la violence du pauvre est immédiatement sommée, dénoncée par le valet de pisse copie du pouvoir.

Pour une chaise renversée, pour une chemise arrachée, le tribunal médiatique et ses petits juges vengeurs d’exiger de s’excuser, de condamner, de s’aplatir, de se soumettre.

Dénoncez vous les violences…

Vous excusez vous pour le chaos…

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chaos, destructions, guerre, vandalisme… comme ils disent… pour ne pas dire émeute, insurrection, pour ne pas nommer et politiser, pour mieux criminaliser…

le chaos, la casse….

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Mais non les violences ne sont pas comparables. Face à la violence d’état, à sa dérive autoritaire, face aux collabos du journalisme policier qui nient, invisibilisent la victime ordinaire, les visages tuméfiés, les vies bousillées, les mains arrachées et dramatisent la victime policière, la violence populaire n’est rien d’autre qu’une légitime défense, rien d’autre qu’un retour de bâton.

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Quand de petits tortionnaires ordinaires mettent des ados à genoux, mains sur la tête, dans le fantasme tout puissant du dressage de chiens et du formatage par le crétinisme (pour leur faire des souvenirs),

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quand on vise à hauteur d’homme ou de femme pour défigurer, quand on se met à huit pour massacrer un gamin, délinquant ou pas, alors, à part les notables de l’éditocratie, toujours prêts à bien lécher la matraque qui cogne et les nourrit, on sait d’évidence, d’instinct, où est la barbarie.

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Je n’ai aucune compassion pour les forces de l’ordre. Ils ont choisi. C’est leur métier. Ils sont entrainés, équipés, formés, protégés, impunis. Ils ne sont pas là par hasard. Le CRS dérouille, il est assez logique qu’en retour il se fasse dérouiller. Un peu. Si peu.

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Puisque le clergé médiatique à tant d’empathie pour le flic et aucune pour les gueules cassées par cette saloperie de flash ball, avez vous vu un seul policier en sang durant toutes ces semaines ? et s’il y en avait eu un seul, aurions nous été abreuvé d’images indignées. Quand l’on sait qu’une simple contracture à la cuisse sera répertoriée comme blessure, on voit de quel déséquilibre il est question ici.

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Force restera à la loi. A la leur. A leur ordre. En revanche la moindre agressivité, du tag au pavé, de l’insulte à la possession d’un masque de protection sera illico convoquée et soulignée au gros rouge.

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A la rigueur on s’arrêtera un instant par corporatisme sur l’apprenti Pujadas de terrain blessé par le flic, pour la piétaille stagiaire du reportage selon Télé trottoir qui raconte des bobards, mais a t’on jamais vu un des ces petits kapos de plateau exiger de tel ou tel patron voyou, ministre d’opportunité, de se justifier pour la casse d’une usine, pour les accidents du travail, pour les suicides professionnels, a t’on jamais vu un de ces larbin demander des comptes au maître sur la compétitivité mortifère, le management par le harcèlement, les ventes d’armes, la casse de la sécu, et des acquis sociaux, la montée programmée de la misère.

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En revanche que d’apitoiement outragé pour le pauvre Carlos Goshn condamné à deux bols de riz par jour alors qu’il s’est mis toutes les rizières sur un compte off shore.

Oui, pour nous rappeler toutes les cinq secondes en nous infantilisant, la dette la dette la dette (bancaire) que nous laissons à nos enfants, irresponsables que nous sommes, ils sont au taquet, en revanche pour balancer dans la gueule des lobbies de tous poils la dette écologique autrement plus dramatique et vitale…

walou !!!

Que le journaliste de cour n’ait aucune conscience de sa sinistre violence et qu’il la nourrisse en retour en dit long sur l’aveuglement ou la compromission d’une corporation le cul collé au buffet, accro aux petits fours.

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Pourtant les plus grands casseurs ne sont pas dans les rues, ils sont dans les banques, ils sont dans les ministères, ils sont dans les affaires, ils détruisent les gens, ils brisent les vies, ils broient les existences et ravagent la planète avec cette cupidité pathologique.

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Mais ça ne suffit plus. Encore faut-il maintenant qu’ils nous méprisent ouvertement. Qu’ils nous crachent dessus avec l’arrogance du repu, la suffisance du nantis, une condescendance de patronnesse. Sauf qu’on n’humilie pas impunément une population. On lui parle meilleur. On lui donne de la considération et du respect.

Même pour un cabotin bonimenteur de chez start up and corporate c’est le B A BA du métier.

Oui c’est la caste qui casse.

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Et s’il y a des casseurs, il y a donc des cassés.

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Pas de la casse de moulure de statue de mes deux dont ils ignoraient encore hier l’existence, sacrilège, profanation, honte et tutti quanti non,

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les cassés qui dorment dehors ou dans leur voiture, qui font les poubelles, à qui on interdit même, pire que des chiens, d’être nourris, oui les cassés ordinaires qui regardent à deux balles, qui rognent sur tout, qui rasent les murs, et peuvent même se battre pour une promo sur le Nutella, ce luxe sinistre.

Voir des pauvres s’entretuer, dieu comme c’est distrayant…

Oui, les cassés de l’usine, du licenciement, de l’injonction à, du burn out, les cassés assistés qui vivent au dessus de nos moyens tandis que la France qui ment est le seul pays européen à utiliser la grenade explosive GLI et en balance pour 500 000 euros dans la gueule des gens. 500 000 comme la moquette de L’Elysée, sauf que :

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500 000 + 500 000, tiens, c’est le million de dégâts à Paris selon Hidalgo. Et on imagine le jour de la prise de la Bastille les Apathie and co du who s who médiatique, du reportage en pantoufles, faire les comptes et rappeler aux sans culotte que c’est avec leurs impôts qu’on reconstruira la prison. Misère de la morale poudrée, du mercenaire de la parlotte qui derrière un romantisme enluminé finirait par te faire croire que les révolutions se font dans un salon de thé ou alors place Maïdan, so cute, mais pas dans mon jardin.

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Mettre le feu chez eux change tout. Que les voitures qui brulent ne soient plus dans quelque banlieue exotique à Bobigny mais dans le Huitième arrondissement et alors soudain de voir tous les Charles-Edouard se scandaliser pour la Porsche qui crame plutôt que pour le crâne fracassé, à deux doigts de se pacser avec sa bagnole et de remplir les malles Vuitton pour l’exil en Suisse ou aux Bahamas. Savez ce paradis où les chômeurs profitent grassement de leur dividendes assistés.

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Non finalement il n’y a pas deux violences qui s’affrontent. Il y a un rapport de force qui se joue. Il y a la peur qui change de camp et de les voir fouetter, appeler au calme et à la raison ne peut que nous indiquer la bonne direction.

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Et plus ils auront peur et plus nous obtiendrons, même si pendant la caillasse, les affaires continuent.

Rentrez chez vous les gueux, avec vos miettes, vos camisoles fluos de ploucs, qu’on puisse retourner à nos privilèges tranquilles, à nos conflit d’intérêt endogamiques, nos petits arrangements entre nous. Rentrez crevez chez vous, puisque nos sondages trafiqués vous disent que c’est fini, puisque la violence de l’info frelaté et ses petits prélats de l’intox vous affirme que le marquis à convaincu.

Qu’il y ait un acte 5, un acte 6, 7…le 15 le 21 pour l’anniversaire du pantin, que l’on nous saoule encore dans la célébration de mai 68 muséïfié et dévitalisé avec ses ombres embourgeoisées et ventrues passées par la carrière,

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la barricade n’ayant que deux côtés,

l’histoire nous montre qu’elle a plus d’un tour dans son sac et qu’elle ne se contente pas de simulacres momifiés. Quoi qu’il se passe maintenant, les gilets jaunes nous auront rappelés que quand le peuple se met en colère c’est le pouvoir qui tremble.

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Rien que pour les voir se paniquer, samedi

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je remets ça.

tgb

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20:33 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8)

03/12/2018

Joyeux bololo

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Samedi 1er décembre, je marche du côté de la Madeleine. 
Des groupes épars de gilets jaunes, rouges, mêlés, hétérogènes, un peu paumés vont et viennent au gré des courants, des injonctions et des mouvements d’humeur. Flux et reflux contre les barrages interdisant la Concorde.

Alternance de calmes, de tensions et de joyeuses fureurs dans les nuages lacrymo, le son des cornes de brume, les détonations diverses et les échos d’une improbable fanfare rue de Rivoli.

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Dans l’odeur acre des gaz, la France populaire en visite à Paris gronde et flâne à la fois, les yeux rougis de sang.

Les boutiques de luxe arborent en vitrine de strictes plaques de bois protégeant leur devanture. Y’a du vécu. A l’intérieur la vente continue.

Lucas Carton, restaurant chic par excellence,

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fait relâche.

Le magasin Fauchon de tous les symboles, est gardé par une escouade de crs en faction.

Tiens, un couple de touristes japonais, à peine désorienté, traverse le cortège fluo, un grand sac Vuitton à la main.

Les gilets jaunes tournent et retournent autour de la place de la Madeleine comme des hamsters en cage. Nulle part où aller. Des renforts surgissent ça et là au gré des ruelles. ça s’éparpille, se regroupe, essaime et se concentre. ça interpelle du flic, appelle à la solidarité et à la convergence, ça se durcit tout à coup avant de s’apaiser.

Ovation générale quand un cortège venu de l’Opéra fait sa jonction.

ça barde, ça rigole, ça fait des selfies, ça cherche Martine, ça retrouve Sylvain.

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Un drapeau rouge et noir

deux drapeaux tricolores

Une banderole CGT

Une écharpe de l’OM

trois étudiantes des beaux arts.

Un gilet jaune où l’on peut lire « On vient te chercher »

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Au beau milieu, bloqué, un autobus à impérial prend du retard sur son tour operator.

Mouvements de foule, explosions de grenades, rumeurs et tumultes au loin. L’ambiance est à la fois lourde et bon enfant, tandis que là-bas, dans la nasse, ça se fait canarder grave.

Près des grands magasins les parisiens font leurs emplettes comme si de rien était. Parents et enfants sont agglutinés devant les automates des vitrines de noël.

Sirènes et gyrophare de convois de police, hurlements de camions de pompiers. Un scooter vient de se faire renverser par un taxi. Jour de chance. l’ambulance est déjà là.

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Dans le ciel, un hélicoptère menaçant fait des cercles incessants.

Soudain l’irruption assez surréaliste d’un escadron de robocops à cheval sorti d’on ne sait où avant de disparaitre dans la brume polluée et le son peu à peu étouffé de la cavalcade.

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Maintenant un groupe imposant de manifestants s’engouffre aux Galeries Lafayettes au cri de « Macron démission » tandis qu’au magasin Le Printemps, tout barricadé, les clients, enfermés dedans, continuent de vaquer, indifférents.

Dans un bistrot, sur l’écran LCI, Castaner, déroule, sans y croire, son scénario : violences, casseurs, dialogue blablabla…

Un type me demande où j’ai foutu mon gilet jaune.

Une femme demande à son mari où il a garé la bagnole.

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Autant de mondes parallèles qui se côtoient, sans vraiment se croiser, qui font irruption puis s’estompent dans un joyeux bordel de fin de mois ou du monde.

Point d’équilibre instable et burlesque entre farce et tragédie, sans pouvoir vraiment trancher encore…une sorte de descente d’acide tragicomique.

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C’est pas encore une insurrection, mais c’est plus qu’une émeute.

C’est insaisissable et volcanique.

Assez « disruptif » pour paraphraser le jupéteux poudré le Jupiter par terre.

tgb

(photo en tête : Mathias Zwick photography)

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16:06 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (12)

 
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