Avertir le modérateur

23/04/2019

Narcisse et Moi

l'art du selfie.jpg

La construction d’une cathédrale était sans signature. Le savoir faire, le talent le génie même de centaines d’artisans anonymes, exerçant simplement leur art, se fondait dans le collectif. Chacun amenant sa petite (ou grosse) pierre. La star n’était pas l’architecte mais le projet, l’oeuvre.

Puis l’égo est arrivé.

Le narcissisme triomphant. Le moi haïssable.

Chacun voulut être sur la photo, avoir son nom sur l’affiche, signer des autographes. Ainsi commença l’ère du quart d’heure de célébrité locale, du vedettariat en prime time, de la voix du pipole.

Cw98oGOXgAAu7wn.jpg

Tout ça pour dire que le bal des moi je, la farandole des égos boursouflés sur les réseaux sociaux, la danse macabre des prétentieux, des prétendants à la prétention, des professionnels de la profession Narcisse et moi, déballant leurs luttes intestines, exposants, surexposants leurs pots de chambre comme autant de trophées, leurs psychodrames à répétition, leurs querelles d’épiciers de succursales, nous faisant profiter des relents nauséabonds de leurs tubes digestifs, de leurs brûlures d’estomac, de leurs aigreurs gastriques, comme ces couples qui règlent leurs compte devant les invités, comme ces exhibitionnistes de la psyché ayant besoin pour exister de déballer leurs problèmes conjugaux dans des émissions animées par les Dolto du paf pour ménagères de plus ou moins 50 ans, me donnent la nausée, la honte et m’anéantissent.

Grosse, grosse fatigue.

Avant qu’il ne reste pour toute doctrine, idéologie, voire religion, que le toucher de nombril jusqu’à l’orgasme, il fut un temps non médiatique où la moindre des pudeurs était de régler ses divergences, ses contentieux, ses conflits en coulisses, de laver son linge sale en famille et de ne pas exhiber ses dessous douteux, les siens et ceux des voisins, en public.

D’autant qu’on a les mêmes à la maison.

La lutte des places ayant remplacé la lutte des classes, voilà que l’on nous donne à voir la grande partouze des états d’âme, les selfies des stigmates et la surenchère des coups tordus.

Cx30zrIXAAAPIGT - copie.jpg

« Le Média TV» j’en ai rêvé. Avoir un outil à nous, Un support alternatif pour informer autrement, faire émerger d’autres talents, entendre d’autres voix, montrer d’autres images, analyser différemment…

J’en ai rêvé, je l’ai appelé de mes voeux, et je m’y suis engagé illico en tant que modeste socio, et me voilà sidéré face à la foire d’empoigne, aux convulsions récurrentes, aux bagarres et aux luttes de pouvoir de bandes et de clans jouissants de me faire profiter, en spectateur privilégié, de l’immense gâchis jusqu’à l’obscénité.

Faire d’une si belle idée un spectacle si désolant est non seulement indécent vis à vis du public militant mais aussi un désastre en termes d’exemplarité. User de son talent, de ses compétences, pour abuser du trolling jusqu’à la bouffonnerie, jusqu’à devenir la risée du « mainstream » est la démonstration affligeante de notre incapacité à l’efficacité et d’une forme d’irrespect rapports aux engagements, à la déontologie ou l’éthique, au contrat de confiance envers nous, leurs obligés.

C8ePRPJXcAA-A0u.jpg

C’est une faute.

je ne veux donner aucun nom, aucun sigle, je ne veux pas participer au bordel ambiant et rajouter du venin à la tambouille, tout le monde sait à qui , à quoi je fais référence et pour partie, à des personnes admirables que j’admire et qui abattent un travail formidable, mais qui, de par leur comportement à se vautrer dans l’auto-célébration du je et la consommation du moi, finissent par foutre le dégoût.

De scissions en scissions, j’ai vu trop de groupuscules autour d’une table s’étriper des heures et des heures pour une virgule, tandis que dehors les chars d’assaut…pour ne pas éprouver aujourd’hui une immense lassitude.

Au fond méritons nous nos défaites, nos impasses et notre condition.

Que cette culture de la dispersion, de la division ne nous raisonne même pas dans l’urgence, face à l’ennemi commun, au rouleau compresseur surpuissant, que l’imminence du désastre programmé, de la déshumanisation en marche, que l’avènement du totalitarisme cupide ne nous impose pas de cesser de gaspiller notre temps, notre énergie à nous détruire, doit bien faire rigoler l’oligarchie qui n’en demande pas tant.

Ne pas mettre son poing dans sa poche, ne pas retenir sa main et son tweet dévastateur, n’avoir aucun sens du sacrifice, de la cause commune, de l’intérêt général au dessus de tout, nous discrédite pour peu que nous ayons eu un jour quelque crédit.

D3O4TfxWsAAGDpd.jpg

Notre peau étant devenue notre seul drapeau, nos ambitions, nos carrières, , nos envies, nos jalousies, notre seul moteur, on peut toujours se dire de gauche et aspirer à l’humanisme, aux gens plus fort que l’argent blablabla, n’empêche, au final, ne sommes nous chacun que de notre parti, que de notre parti pris et n’avons d’ autre considération que pour nous-même. (et je dis nous pour être poli).

- Je préfère perdre plutôt que de voir mon camarade gagner. Je veux bien gagner encore faut il que mon confrère perde. Je préfère échouer plutôt que de laisser l’autre nous sauver du naufrage. Bref, je préfère la débandade et le suicide collectif plutôt que la réussite sans moi…-

Nous partîmes 50 mais par un prompt confort nous nous vîmes tout seul en arrivant au port.

CbrGR05XIAAZOh8.jpg

En cela la pensée bourgeoise nous a parfaitement gangrénée, en cela l’esprit libéraliste nous a parfaitement pétris. En cela le capitalisme libre et non faussé nous a totalement façonné. Nous sommes devenus parfaitement, totalement individualistes, parfaitement totalement égoïstes, égotistes.

Ce nombre qui fait notre force n’est plus que la juxtaposition d’individus compétitifs. Elle fait notre faiblesse. D’une certaine manière le camp d’en face, extrêmement minoritaire, est carrément solidaire, a plus de discipline, ne serait ce que par intérêt de classe.

Personne n’est parfait, chacun veut exister, chacun a droit à sa part d’orgueil voire de vanité, chacun est digne d’être reconnu, mérite sa place au soleil, mais cette course folle au tout à l’égo ne peut que ruiner toute tentative d’unité, de résistance farouche, d’offensive triomphante.

Si l’on n’est pas foutu de penser que l’avenir de tous est supérieur au futur de chacun, alors, vainqueur ou vaincu, amant ou cocu,

Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. (cap au pire) .jpg

nous serons tous perdants.

tgb

Share|






09:26 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (11)

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu