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18/05/2011

Un intouchable touche le fond

 

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Réjouissons nous.

 

La gauche est enfin débarrassée de monsieur DSK, l’ami ricoré du FMI et de son frère de caste en VIP, BHL. De cette sorte d’acronyme comme un sigle, une marque, une griffe (et c’est tgb qui le dit) qui « impacte grave » et suffit à l’identification immédiatique.

Réjouissons nous plutôt que de nous lamenter, d’être débarrassé enfin d’un de ces ersatz préfabriqué, d’un social libéralisme en dosette. Une de ces versions light du capitalisme vaguement allégé, pire des versions, puisqu’elle est à mes yeux, la plus insipide et la plus anodine à nous faire ingurgiter en loucedé la mixture TINA, cette mondialisation « heureuse » libre et non faussée.

Une des composantes de ce non-choix démocratique entre deux choses pareilles.

Certes DSK est tombé pour de sales raisons. Nous n’y sommes pour rien. Nous aurions préféré qu’une insurrection populaire en Grèce, en Irlande ou au Portugal par exemple, nous le vire à coups d’œufs pourris islandais, mais mais mais, ne faisons pas la fine bouche, un oligarque tombé de son piédestal, ça dégage les bronches.

Et puis, symboliquement, qu’une femme de ménage, bien malgré elle, fasse mordre la poussière à un de ces prédateurs, maître du monde, pourrait bien avoir quelque chose de signifiant, sans user de grands mots, qui aurait à voir quelque part avec une certaine revanche de classe.

Qu’un intouchable touche le fond et le peuple de remonter un peu à la surface.

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Bien sûr, il nous reste Hollande, Aubry, Montebourg, Royal, Valls, Huchon, Cambadelis, Delanoé…toute une tripotée encore de rejetons managers convertis à cette saloperie pragmatisme. On peut rêver que lors d’un de ces pèlerinages dont la secte rose bonbon a le secret, un petage de plomb collectif se produise au Sofitel chambre 2806.

C’est peu probable certes, mais ne sous estimons pas l’imagination d’un réel qui semble, au jeu du grand chamboule tout 2011, avoir en stock tout un tas de facéties dominicales et une insatiable créativité.

Alors bien sûr me direz-vous en vous bouffant anxieusement les ongles des pieds, voili voilou un boulevard qui s’ouvre devant Sarko, géniteur chef de guerre, qui va nous la jouer moralité, stabilité et protecteur en pouponnant d’une main, tout en se décarcassant grand seigneur de l’autre pour DSK façon Cassez, jusqu’à faire semblant de défier l’Amérique bordel : tout bénef.

Sauf que rien ne dit que le champion des sondages prévendus eut battu à plates coutures le nabot. Sauf que j’ai le sentiment diffus mais insistant, que dans ce fourbis systémique, cet étrange vortex, il pourrait y avoir quelques dommages collatéraux dont certain pourrait finir par faire les frais.

Car et nos éditocrates désemparés faute de candidat clefs en main, feraient bien d’y penser, pour ce qui est des prédictions façon Alain Duhamel /Elisabeth Tessier :

Super Méfiat.

Qui eut cru, fin 2010, que 4 mois plus tard nous aurions déjà biffé de nos listes d’émargement, Ben Ali, Moubarak, Ben Laden, DSK, et qu’à la cadence soutenue d’une tête par mois, le petit caddy des peuples en colère pourrait sans doute se remplir de quelques autres trophées, entre deux Fukushima ?

Quand on vit au rythme du buzz, de l’immédiateté planétaire, qu’une semaine après, l’escamotage de Ben Laden semble déjà de la préhistoire, un an c’est long, c’est terriblement long, c’est interminable, particulièrement en cette année électrique qui semble s’être donnée pour aimable mot d’ordre :

Dégage !!!


Quid de la prochaine tête ?

 

tgb

19:00 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (13)

16/05/2011

Cinoche

 

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Blasé ou pas, on dira ce qu’on veut, la sélection officielle du festival de Cannes 2011, restera, au delà des œuvres convenues et de ses stars bankables sur tapis rouge, un millésime exceptionnel, alliant éclectisme et densité.

Première bonne surprise, ce film tunisien qu’on n’avait pas vu venir « La révolution du Jasmin » qui, bien que construit sur un scénario improbable, aura donné un coup de jeune et une fraîcheur populaire à la programmation parfois académique. On aura noté d’ailleurs la prestation très réaliste bien que surjouée, parfois ridicule, de l’actrice confirmée Michèle Alliot Marie, bien placée selon les rumeurs, pour décrocher un prix d’interprétation féminine.

Si l’on peut déplorer d’ailleurs qu’un autre film ambitieux égyptien « Place Tahrir » abordant la même thématique sociale et révolutionnaire et qui ne manquait d’ailleurs pas de qualités visuelles, scènes de foules particulièrement réussies, fasse un peu doublon, on gardera longtemps néanmoins en mémoire, cette fantasia à chameaux assez hallucinée, captée caméra à l’épaule, au milieu d’une foule pittoresque et affolée.

La révolution : sujet curieusement décliné et revisité par la plupart des productions d’Orient dans des tentatives filmiques foisonnantes, pas toujours abouties, hélas.

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Pour ce qui est du classique film catastrophe, « Fukushima » Opus japonais à gros budget, aura audacieusement renouvelé le genre avec une inventivité technique et des effets spéciaux qui marqueront sans doute l’histoire visuelle du cinéma mondial. Une oeuvre tellurique, qui n’a pas fini d’irradier les salles des multiplex planétaires.

Nous passerons rapidement sur la création anglaise « Kate et William », mélo mièvre, dégoulinant d’affèteries et de joliesses, remake bien falot de «Charles et Diana » vite éclipsé par l’indigent film familial français « Carla ‘s baby » une réalisation bavarde et grand public produite par TF1, qui nous entraîne confusément entre deux guerres en côte d’ivoire puis en Libye à la poursuite d'un coufin perdu, passée quasi inaperçue, au point que la jeune comédienne Bruni, meilleur espoir féminin en son temps, en annulera sa montée des marches.

Ce nanar filandreux, n’ayons pas peur des mots, sera lui-même rapidement occulté par la production vaticano-italienne papale « Jean-Paul 2» qui ne nous fera pas oublier, c’est le moins que l’on puisse dire, les grandes heures du cinéma italien.

L’événement marquant était la présentation coup de poing et spectaculaire du blockbuster « Geronimo » western moderne et manichéen dans une superproduction hollywoodienne. Cette énorme machinerie cinématographique industrielle, aussi mécanique qu’efficace met en scène tout en les confrontant, deux monstres sacrés du grand écran dans une distribution épatante :  le jeune Barack Obama (révélation 2008), dans un de ces rôles de gentil élégant quoique ambigu, dont il s’est fait une spécialité et l’excellent Oussama Ben Laden confiné aux compositions de méchant barbu dont on voit mal aujourd’hui qui pourrait le remplacer.

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Si évidemment le prix de la meilleure interprétation masculine semblait définitivement promis à l’un de ces deux immenses acteurs (dont l’un à titre posthume) c’était sans compter sur le choc de ce festival décidément de grand cru et l’interprétation magistrale du séduisant Dominique Strauss Kahn dans un contre emploi d’obsédé sexuel dégenté, tiré du long métrage qui aura décoiffé cette année la Croisette – « La femme de chambre »

Le festival tient enfin son scandale.

Même si le scénario semble a priori, assez rocambolesque et peu crédible - la rencontre foudroyante et destructrice d’un maître du monde affameur de peuples avec une obscure boniche de Sofitel - cette histoire d‘amour violente et scabreuse (la scène du droit de cuissage notamment) entre deux luttes des classes ( il n’y a guère que des scénaristes américains pour nous inventer des pitchs aussi fictionnels et peu réalistes) fera date.

Comme restera longtemps gravé dans nos mémoires cinéphiles, la descente aux enfers du patron du FMI, alias DSK dans une interprétation sobre et bouleversante jusqu’à sa sortie menottée entre deux flics proprement saisissante. (Mon confrère Valls en fit couler son Rimmel - "Des images de cruauté insoutenable" - c’est dire).

A bientôt l’heure protocolaire on peut regretter toutefois, que les succès des superproductions marketées, se fasse au détriment de films plus intimistes et discrets quasi clandestins, tel ce dramatique et émouvant « Nakba » petite production palestinienne confidentielle aux moyens rudimentaires et dérisoires qui se bat chaque jour, simplement pour survivre dans cette société du spectacle.

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La vie est un story telling.

tgb

17:52 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6)

12/05/2011

Antigone 2011 ou le fils du bédouin

 

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Dans mille ans, on ne se souviendra ni de Bush, ni de Blair, ni évidemment du paltoquet vagal mais de la figure emblématique de Ben Laden oui.

Dans mille ans, si notre monde existe encore pure hypothèse d’école, on parlera peut-être encore de la mobylette d’Omar (sans bien se souvenir qu’il fût Mollah de son état) mais on se fichera sûrement du lieu de sépulture moustachue d’Aznar et il serait bien étonnant de retrouver fleurie de frais la tombe de l’obscur larbin Barroso.

En revanche, enterré ou pas, on colportera encore l’épopée du cavalier barbu et « barbare » qui osa défier l’empire, en son image d’Epinal, plutôt qu’en ce portrait désacralisé du vieil homme grisonnant se zappant lui-même à la télé comme un beauf avachi made in Pakistan.

On se souviendra encore comme pour le Samson biblique de ces deux colonnes présomptueuses effondrées sur les marchands du temple en mondiovision, sacrée performance.

L’histoire n’étant pas morale, se fichant bien de savoir qui du bien ou du mal, elle digèrera au fil du temps la version du vainqueur et comme pour Attila ou Gengis Khan finira par recracher en la mémoire populaire, le noyau romanesque et subjectif du « Héros ».

(Par exemple, si tu devais faire un film, tu choisirais de scénariser la vie d’Oussama ou celle de George Junior ?)

En ce sens, incarné ou pas, Ben Laden s’inscrit maintenant en pleine mythologie, avec ce rien de tragique qui sublime le récit et nourrit à la veillée, les histoires de justicier qui surgit dans la nuit au galop…

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C’est pourtant bien contre le risque identifié de cette héroïsation, que le maître de l’empire Obama, autre super-héros romantique, à condition toutefois qu’il veuille bien finir assassiné, a décidé de dématérialiser le corps de l’ennemi, de le déterritorialiser, suivant naturellement les préceptes et traditions de l’islam vu par Coca cola, à savoir...

A l l a h  u n e

A l l a h d e u x

A l l a h t r o i s

e t p l o u f !!!

d’effacer les traces.

Cette illusoire tentative d’éviter tout lieu d’adoration, tout point de fixation au pèlerinage d’une bonne moitié de la population de la planète n’empêchera rien du tout.

Les ados révoltés d’Orient, transgresseront d’autant le tabou du totem en arborant un tee-shirt à l’effigie d’Oussama comme à l’effigie du Che en Occident et faute de lieu de culte le fantasmeront d’autant en poster géant.

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Ce refus calculé d’ensevelir le corps nous renvoie évidemment au mythe d’Antigone, au théâtre de Sophocle ou d’ Anouilh.

De ces deux logiques, de ces deux justices, de ces deux raisons pathologiques qui s’affrontent, de ces deux ordres qui se contestent assuré que le désordre c’est forcément l’autre, chacun en fait un devoir.

C’est de ce seul antagonisme irréconciliable, de la raison morale ou de la raison d’état, que naît la tragédie.

« Comprendre. Toujours comprendre. Moi, je ne veux pas comprendre. Je comprendrai quand je serai vieille. » Antigone – Jean Anouilh.

Il y aura ainsi forcément une fille de bédouin, un jour, quelque part, pour se révolter, pour demander des comptes, pour exiger le rite, pour faire payer à l’hyper « Créon » super héros de l’hyper empire d’avoir « fait mourir les vivantes et garder les morts chez les vivants » faute de sépulture.

En l’occurrence pour l’instant la fille du bédouin est un fils : Omar Ben Oussama Ben Laden autrement dit Omar fils d’Oussama fils de Laden, porte parole officiel de la nombreuse descendance filiale.

Si la politique est l’anecdote plus ou moins sale de l’Histoire, l’histoire dans l’Histoire, la vie du héros physique étant terminée, la légende du Héros mystique ne fait que commencer.

 

tgb

merci à emcee, Pescade

14:22 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : ben laden, antigone, bush, obama

10/05/2011

On est jamais aussi bien asservi que par soi-même

 

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Il n'y a qu'une chose que les hommes préfèrent à la liberté, c'est l'esclavage : Dostoïevski

S’il est bien une dernière liberté accordée à l’esclave, c’est celle de mourir. De planter là son maître et de prendre congés.

C’est cette option morbide, mais finalement libératoire que les 60 suicidés de France Télécom Orange, par exemple, ont choisi comme ultime solution pour fuir leur condition. C’est en créant cette autre chaîne de solidarité mortifère qu’ils ont brisés les chaînes d’un esclavagisme moderne, ce terrorisme légalisé qui ne dit pas son nom, autrement appelé, management par la terreur.

C’est cette liberté extrême qui fait qu’au final, notre vie malgré toutes les aliénations, les dépendances et les asservissements, nous appartient encore, nous laisse encore comme ultime libre-arbitre le choix de notre mort.

Cette démission spectaculaire et radicale.

Ce dérisoire bras d’honneur.

Cette violence sociale retournée contre soi pour mieux s’en soustraire.

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Sauf que, pour le système de production, cette liberté est encore de trop. Un luxe pour le salarié, une nuisance pour l’usine.

Car, non seulement l’acte désespéré du suicide nuit à l’image de marque de l’entreprise, freine la productivité, démoralise la masse laborieuse, mais surtout laisse à penser qu’il pourrait y avoir sous une forme ou une autre, une échappatoire envisageable et pourquoi pas pendant qu’on y est une émancipation possible.

Or on nous l’a dit, répété, asséné, gravé dans nos gènes : il n’est pas d’alternative possible. Il ne faut pas. Il ne doit pas. Et s’il est encore un débat illusoirement démocratique, ce n’est pas pour ou contre la mondialisation mais comment s’y adapter.

Il n’est donc pas question dans ce monde totalitaire d’hommes interchangeables au service exclusif des dividendes d’accepter qu’on s’y dérobe de quelque manière que ce soit et même pas en rêve.

Dans une société humaine, un tantinet civilisée, la souffrance évidemment serait prise en compte. On chercherait à connaître ce qui pousse un salarié à s’immoler par le feu, on en traquerait les causes, on réhumaniserait dare-dare la machine à réifier. Or dans une société barbare, telle que la notre, on pose des filets de sécurité pour dissuader les défenestrations. Ce ne sont pas les raisons du suicide qui gênent aux entournures mais bien ses effets. Ce qui se voit. On s’attaque aux conséquences, on occulte les causes.

On ne peut que les occulter puisqu’elles sont le fondement même du dispositif : le profit.

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Ainsi en Chine, mais bientôt ici sûrement y’a pas de raison, les 800 000 employés de Foxconn, l’usine qui fabrique les iPad et autres iPhone d'Apple, sont obligés de signer une clause de non-suicide, c’est à dire de s’engager par contrat à ne pas attenter à leurs jours sous peine de ne laisser à leur famille que les indemnités légales minimum, à savoir des clopinettes.

En Chine donc, un salarié à aujourd’hui a moins de droit qu’un esclave.

Je ne suis pas certain, même en culpabilisant, que la moindre signature puisse dissuader le désespoir.

Pour dire même ça me paraît assez illusoire que de croire qu’on puisse rationaliser à ce point un acte intime, par essence même existentiel. Mais c’est assez significatif de la « gestion » de l’entreprise que de croire que son « matériel humain » puisse être autre chose qu’un outil intégré à une procédure iso quelque chose.

Dénier à l’individu sa propre autorité c’est lui ôter définitivement le droit d’exister. Accepter d’ appartenir à la machine avant même que de s’appartenir soi.

C’est sur cettre servitude volontaire qu’analyse brillamment le tout jeune Etienne de la Boétie, ce consentement à l’asservissement que se fonde les tyrannies bien plus que sur la puissance ou l’oppression. C’est sur ce renoncement à soi-même que parie la machine totalitaire, sur cette capacité au hamster de courir sur sa roue (ou son tapis roulant du gymnase club) sans se poser de questions en intégrant même le fait de n’avoir aucune porte de sortie et finir par trouver ça normal.

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Il me paraît pourtant judicieux pour les RH d’ajouter une clause essentielle au contrat. Une clause de non butage de son boss, N+1, N+2, un de ces kapos du système marchandisé.

Parce que de la névrose tournée contre soi à la psychose tournée contre l’autre, il n’y qu’une simple rotation du flingue dans la main et qu’en termes de culture du résultat ça pourrait peut-être bien booster les objectifs.

Va savoir !

tgb

12:19 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (10)

 
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