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08/02/2011

Le peuple, ce pipole…

 

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En 2000, dans le New Jersey, Jon Corzine, ancien PDG d’une firme d’investissement dépensa 60 millions de dollars pour se faire élire sénateur démocrate.

On compte aujourd’hui à la chambre des représentants et au sénat américains, un tiers d’élus milliardaires, démocrates ou républicains, contre moins de 1 % pour l’ensemble de la population.

Le tri social se faisant tout naturellement par le coût délirant des campagnes électorales.

En Grande Bretagne, alors que le gouvernement de coalition vient d’annoncer un plan d’austérité terrible et sans pitié envers les classes moyennes et les plus démunis, sabrant dans les dépenses sociales, les services publics ou ce qu’il en reste, le Sunday Times révèle que 18 ministres sur 23 sont millionnaires, dont David Cameron et Nick Clegg, deux fils à Papa assez peu concernés par les fins de mois difficiles.

Est il si compliqué de deviner quels intérêts ces privilégiés aujourd’hui servent et protègent ?

Puissants du monde entier unissons nous !

Et voilà comment s’impose une ploutocratie.

Et voilà comment quelques oligarques se retrouvent à 10 000 mètres au-dessus des masses laborieuses en fusion, trinquant à quelque tyran local dans des jets privés, en toute normalité.

Et voilà comment on inaugure un quinquennat au Fouquet’s et qu’on se retrouve à décorer tout ce qu’un pays compte de bailleurs de fonds d’un parti politique et d’un gouvernement mobilisé à mieux détricoter les lois sociales.

Pour se retrouver au final avec une indémodable politique de classe et de castes.

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Pour faire simple : un pouvoir des riches contre les pauvres, tout à éradiquer par pure revanche historique, les quelques acquis conquis par des populations, pour y substituer, au mieux, une charité bien ordonnée.

Evidemment, si ces infos étaient balancées brutes de brut dans les journaux télévisés, ça ferait quelques remous dans les masses consentantes - même abruties par des années de pollution mentale, jusqu’à voter pour leurs propres prédateurs - qui comprendraient assez facilement l’arnaque et auraient comme une vieille remontée de rage.

C’est pourquoi il s’agit de bien canaliser cette légitime colère vers d’autres cibles : islamistes, immigrés, « assistés », multirécidivistes,…ennemis intérieurs et (ou) extérieurs, pour mieux la détourner des véritables enjeux d’une, osons les mots, guerre de classe.

Cette vieille rengaine infatigable et jamais disparue des dominants/dominés.

Sauf qu’après avoir voulu troquer du peuple contre du pipole, c’est paradoxalement le peuple qu’on croyait disparu qui se réveille, au Maghreb ou ailleurs et se réapproprie la Une de l’actu.

Le peuple est à nouveau tendance.

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Méfiance ! ça pourrait être la dernière ruse d’un système marchand, qui à coup de révolution Jasmin ou Papyrus, refairait de ce peuple s’émancipant, saison 1 saison 2…, un pipole aliéné pour mieux le réapprivoiser et à nouveau le contraindre.

Ceci dit, ici ou là, en Europe et ailleurs, maintenant, la question n’est plus de savoir si l’insurrection viendra mais où et à quelle heure, suite à quel événement symbolique et cristallisant ?

Et qu’ici, ce soit Sarko le républicain ou Dsk le démocrate qui en fasse les frais n’a, pour moi, pas la moindre importance.

tgb

Photo 1 et 3 - Stéphane Le Garrec

15:13 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (16)

05/02/2011

L’avenir appartient à ceux qui sont jeunes tôt

 

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La question n’est pas de savoir si telle ou telle révolution sera récupérée, corrompue, ou dévoyée vu qu’on sait d’expérience qu’elle le sera fatalement, que c’est dans l’ordre des choses, des menues contingences du réel et du monde tel qu’il va.

Il s’agit d’abord et avant tout de jouir de ce moment exquis où l’on brasse et redistribue les cartes, où l’on se délecte de voir quelques puissants autocrates du club très fermé de l’oligarchie mondiale, dont on mangeait dans la main la veille, se retrouver par terre c’est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau c’est la faute à Rousseau.

Il s’agit d’abord et avant tout de savourer, ce pur instant d’éternité, cette photo emblématique,

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où la peur change de camp, où un peuple s’émancipe à mains nues.

La question n’est pas de savoir si telle ou telle révolution sera confisquée par les barbares barbus, islamo-fascistes et autres talibans. Encore faudrait-il savoir ce qu’est un islamiste, si un barbu ottoman a le même sens de poils qu’un moustachu arabe qui aurait la même pilosité qu’un perse hirsute.

Bref, comme s’il n’y avait pas quelques nuances entre le protestant ouvert et tolérant et l’évangélique régressif et fanatique, entre un chrétien démocrate et un catho intégriste.

Inutile effectivement de s’encombrer de ces subtilités quand on a pour fonds de commerce le choc des civilisations, qu’on pense tellement pileux qu’on voit tout en glabre et que si la presse Tunisienne faisait dans la finesse éditorialiste du « Point » par exemple, on verrait en une « le spectre fasciste ? » avec un dessin du Plantu local croquant une Marine Lepen nazifiée devant un clocher d’église en arrière-plan.

La question n’est pas non plus de savoir si "la France de demain" s’intéresse au monde qui l’entoure et si au-delà de sa semaine à 300 euros, vautrée dans un hôtel low coast de Djerba, la Tunisie ou l’Egypte à une réalité pour elle (ne parlons même pas du Yemen), puisque l’audience des JT a déjà tranchée.

Or la neige à Noël et les bouchons sur les routes des vacances, la France météo de Laurence Pujadas n’est curieuse de rien, ne s’intéresse à rien et surtout pas à ce qui aura directement une incidence sur sa vie quotidienne dans les années qui viennent.

Cette France moisie donc, toute calfeutrée et crispée sur ses vidéos surveillances, ses milices de quartier et son art de la délation se consacre à des projets autrement plus enthousiasmants, tels la réforme de la retraite, le plan de lutte contre l’Alzheimer ou l’inscription de sa gastronomie au patrimoine musée de l’humanité.

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Heureuses perspectives.

A la petite boutique des marchands de peur, cette France là dans cette Europe là, d’acheter et de stocker ses peurs : la peur de la neige à Noël, la peur des bouchons sur la route des vacances, la peur de ses voisins pas comme nous, la peur du multirécidiviste de juge rouge et laxiste, la peur du bolchevik Melenchon qui ose traiter de larbin le journaliste de complaisance, la peur du Rom pas assez génocidé, du jeune de banlieue pas assez kärchérisé, du sportif antillais ne beuglant pas assez fort l’hymne national.

Non, le seule question qui vaille, c’est à qui appartient l’avenir ? Quelle société, civilisation ou culture immergée ou émergente incarnera le 21eme siècle ? Un peuple jeune, ayant faim de tout d’ouverture, d’avenir et de liberté enfin ou une population vieillissante, rance et sclérosée qui se ferme à tout, se replie sur son nombril, centre de rien ou de son propre vide ?

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L’âge moyen de la France est de 40 ans.

L’âge moyen du Yemen est de 18 ans.

Faut-il faire un dessin (un dessein ) ?

La seule question qui vaille, c’est qui poussera le fauteuil roulant d’une Europe appauvrie, déclinante, à la mémoire défaillante et en état de dépendance physique demain ?

La réponse est dans la question.

Mon conseil du jour : les racistes, xénophobes et nationalistes décadents, incontinents sur leur fauteuil roulant, auront sacrément intérêts à être polis avec les jeunes immigrés qui auront encore l’amabilité de bien vouloir les mouvoir.

tgb

merci à Urbain et à Bachir K. pour les photos tunisiennes

 

14:16 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (18)

03/02/2011

Une république irréprochable

 

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Quand l’agitateur précoce inaugura le cycle du conflit d’intérêt tout décomplexé de la Rolex et de l’auto-augmentation, à s’épiler le maillot sur le yacht de l’ami Bolloré, il pensait pas à mal.

Il pensait que ça ferait de jolies photos pour les vieux jours, pour quand le dauphin Jean de l’EPAD, aurait repris l’affaire familiale et l’air force one qui va avec, un peu comme chez les Trabelsi ou chez les Moubarak. C’était bien tendance en ce temps-là.

Quand Estrosi ou Jouyandet se louaient à nos frais du jet à 150 000 Euros pour aller se torcher du cocktail dînatoire du côté de New York, ils pensaient pas à mal non plus. Pas plus que ne pensaient à mal, Christian Blanc fumant notre smic en havanes, Boutin et Proglio cumulant les salaires, Perol juge et partie se nommant à la caisse d’épargne ou Woerth plaçant sa dame en décorant du valet de pisse de Bettencourt.

Non ça pensait pas à mal, ça pensait pas faut dire. Ça dépensait surtout.

Ça s’auto-renvoyait de l’ascenseur, en haut en bas, sans même un pourliche pour le groom.

On était si fier de serrer la ceinture des autres.

Quand mme Bachelot ancienne salarié de labo achetait 100 millions de doses de vaccin H1N1 aux complexes pharmaceutiques, elle pensait pas à mal non plus. Elle faisait juste du préventif tout en déremboursant du médoc pour pauvre, tandis qu’on épinglait de la légion d’honneur à Servier et Wildenstein du premier cercle des joyeux donateurs tout dépénalisés des affaires.

Quand Kouchner faisait du droit de l’homme et du business deux en un dans quelque dictature birmane ou africaine, y pensait pas à mal non non, y regardait grimper sa côte de popularité pendant que la Christine promue en famille faisait son ménage à France 24.

Pensait pas à mal non plus Balladur touchant ses rétrocommissions subaquatiques, ni l’avocat d’affaires Copé, chef de groupe parlementaire jonglant avec son carnet d’adresses… Pas plus que Rama Yade faisant de la morale footeuse à trente mille euros les trois jours.

Non ça pensait pas à mal, sauf pour le bétail, les gueux, les Roms et la racaille avec ou sans papiers qui se prenaient du tonfa et du flashball pour moins que ça.

Et finalement, tout bien réfléchi, Ben Ali non plus y devait pas penser à mal quand il faisait tirer sur la foule avec du bon savoir faire de chez Hortefeux l’Auvergnat qu’une révolution ça va c’est quand il y en a plusieurs que…

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Alors pensez bien que quand la pauvre Alliot Marie toute à ses vapeurs médiatiques et toute meurtrie, en quasi martyr de la révolution que les victimes de la répression à côté c’est du touche pipi, fait du covoiturage en jet privé pour s’économiser deux heures de bagnole, avec un milliardaire coassocié de tyran tout sanglant, jusqu’à l’hôtel, dont l’heureux propriétaire est, oh mais quelle coïncidence, le même industriel, elle pensait pas à mal non plus.

Elle devait juste calculer son bilan carbone avec le prince consort Ollier, sous ministre d’on sait pas trop quoi, pas même foutu d’ouvrir deux huîtres sans tout dégueulasser sa chemise à jabot.

Non non, tous, y pensaient pas à mal, ils avaient juste pris l’habitude de trouver ça normal, d’être entre bonnes gens, planant au dessus des lois, à faire payer les autres et à rien payer soi, en toute impunité et en toute indécence.

Sans amour propre mais ivres de leur propre amour sale.

Ils avaient juste oublié ce sentiment finalement pas si mal, qu’on éprouve nous à leur place :

La honte.

Non ils pensaient pas à mal et c’est bien ça qui fâche.

 

tgb

18:08 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (11)

31/01/2011

Dégage

 

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Nouvelle variation insurrectionnelle autour du thème : « que se vayan todos » argentin et qui peu à peu, finit par se conjuguer à toutes les langues du monde pour devenir un cri universel :

Dégage !!!

Ce « dégage » que n’aurait pas renié Diogène dans son tonneau apostrophant le puissant lui faisant de l’ombre par un « ôte toi de mon soleil » rafraîchissant. Manière o combien désinvolte et imparable pour celui qui est riche de ne rien posséder de licencier d’un revers de la main, presque un SMS, celui qui a la misère de tout accumuler.

Ce Dégage !!! c’est l’être qui congédie (pour un instant au moins ) l’avoir.

C’est paradoxalement au moment même ou notre gouvernement franco-bushien, à la diplomatie néo con, parfaitement contre révolutionnaire et à la remorque de l’histoire, que le peuple tunisien avec ce zest de francophonie, redonne à notre France, une petite part de sa gloire révolutionnaire et lui restitue un peu de son âme vendue à la conformation mondiale.

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Nous ne remercierons jamais assez la Tunisie pour cet hommage bien immérité pourtant à la France couchée de Mam et associés.

Considérons ce clin d’œil de l’histoire comme un éloge à la France éternelle, à cette certaine idée de la France plus grande que les français.

Qu’importe maintenant que le despote à la solde atlantiste Moubarak en soit réduit à faire taire Internet, puisque là où il est né, le téléphone arabe propage son cri libératoire : Dégage !!! Et quoi qu’il arrive demain, ce mot d’ordre ulcéré, aura résonné dans toutes les consciences des peuples humiliés.

Et tandis qu’à France 2, on se met au niveau de notre médiocrité diplomatique ouvrant son JT, sur le manque a gagner des « tours opérators » en Egypte, le vent de l’histoire passe sur les écrans d’Al Jazeera, nous reléguant à notre place enfin : spectateurs obèses et résignés de l’histoire qui va.

Tout soi disant maître du monde de G20 qu’on soit ou que l’on voudrait être, on ne peut à la fois célébrer une équipe de joueurs de baballe sur les Champs Elysées et prendre la mesure d’une secousse tellurique à notre porte. On a l’envergure et la vision qu’on peut.

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Ce « dégage » donc, signifié aux derniers larbins de l’empire, fait enfin tomber les masques et c’est le président valet de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas qui téléphone à Moubarak pour exprimer sa "solidarité"." et c’est le roitelet laquais de Jordanie de souhaiter à « l'Egypte, pays frère, la sécurité, la stabilité et l'essor » et tous de réserver déjà des suites au Hilton de Riyad, au cas où.

Ces despotes, remparts soi disant des barbus qui s’empressent de se réfugier au pays du fondamentalisme le plus régressif, bailleur de fonds du terrorisme et allié paradoxal de l’hyper démocratie yankee, une fois que la bise démocratique fût venue. Cette Arabie saoudite, maison de retraite des tyrans à la solde atlantiste.

Ce « dégage » qui laisse Israël cette « démocratie exemplaire », se satisfaisant si bien des potentats locaux qu’il lui envoie encore en urgence du matériel de répression massive, bien seul dans ses stratégies mortifères et qui risque fort à tout convoiter, tout annexer, rien concéder, de tout perdre.

Ce « dégage » enfin que devrait méditer la ploutocratie mondiale,, les agences de notation Fitch et compagnie, dénoncées à Davos et décorés à Paris, ainsi que les petites mains sales des cadres sups de la pensée molle et formatée made in TINA.

Ce « dégage » sous une forme plus familière ici,

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qui tel un boomerang finira tôt ou tard par revenir dans la gueule de celui qui l’a dit.

tgb

 

 
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