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15/02/2011

Le post sarkozisme

 

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En 29 jours pas plus, la jeunesse tunisienne réussissait à chasser Ben Ali, là où des formations politiques, barbues incluses, s’étaient usées en vain durant des années de stérilité militante.

En moins de jours encore la jeunesse égyptienne, à coups de pierres et de comptes twitter, virait Moubarak, prenant de vitesse tous les acteurs de la vie politique locale et planétaire, donnant un terrible coup de vieux à notre gérontocratie de la pensée européenne, parfaitement ethnocentrée.

Et pendant que Mam et Fion… excursionnaient en toute oligarchie déconnectée du réel, entre deux réveillons, au-dessus des petites contingences populaires (chômage, misère, austérité…) avec ce talent visionnaire que le monde entier nous envie, les enfants du 3eme millénaire et de la culture du résultat, révolutionnaient dans la soute à bagages avec une redoutable efficacité.

Cette génération qu’on percevait hélas, comme dépolitisée, individualiste, futilement consommatrice, parfaitement résignée, semble avoir, en fonction même peut-être de l’air de son temps, l’insurrection méchamment organisée et performante.

Moins d’utopie sans doute mais question pragmatisme…

Nous voilà entrés avec fracas dans l’ère Wikileaks et ses nouvelles formes militantes et subversives. Et comme nous le montre la crucifixion du messager Assange, et malgré ceux qui minimisaient son véritable impact, son pouvoir de nuisance envers l’ordre établi semble maintenant incontestable.

Les jeunesses tunisiennes et égyptiennes ont propulsé leurs pays dans le 21ème siècle, armées de comptes twitter, de pages facebook, de caméras intégrées et de blogs, jouant à déjouer la cyber-censure et laissant sur place les propagandes de bistrot salement ringardisées de chez Jean-Pierre Pernaut.

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Pour avoir ici en France, hanté quelque peu les manifs, meetings et autre AG, ce n’est faire injure à personne et surtout pas aux activistes de tout poils de dire que la force de frappe militante n’y est pas de première jeunesse et de me demander inquiets, où sont les nouvelles générations engagées ?

Et de craindre l’indifférence.

Or si les engagements politiques existent bel et bien, les formes d’agit prop et de mobilisation ont sacrément mutées.

Un exemple emblématique parmi d’autres, qui, une fois n’est pas coutume ici, force mon admiration enthousiaste : Le boulot civique et créatif du collectif Raspouteam : « Paris, Désordres Publics »

Un projet de Street Art basé sur la technologie des QR Codes

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À travers 20 céramiques disséminées dans Paris, le collectif Raspouteam propose un panorama des désordres qui ont agité Paris : la Commune, l’Exposition Coloniale, Mai ’68, Malik Oussekine…autant d’événements marquants, inscrits enfin dans la mémoire urbaine.

Là où les autorités ont effacé toute trace des révoltes parisiennes pratiquant un Alzheimer motivé de l’histoire univoque, Raspouteam redonne du sens à des lieux où des évènements symboliques se sont produits en se réappropriant l’espace.

C’est de l’activisme à la fois créatif, technologique et concret, s’inscrivant parfaitement dans notre monde contemporain, s’emparant avec maestria des nouveaux outils et travaillant local dans un monde global à l’intelligence collective.

Tandis que les pouvoirs tout à leur propagande de riche contrôlent à grands frais et dans un confort peu propice à l’inventivité, les grands outils à fabriquer du consentement (télés, journaux, radios, sondages, éditocrates, réseaux sociaux institutionalisés…) les nouvelles générations s’emparent du siècle nouveau et de ses moyens de communication avec la force de l’imagination contrainte par les moyens dérisoires et avec ce temps d’avance dans l’inconfort productif de l’avant garde.

Cours camarade, le vieux monde est derrière toi ...jouant à la belote au bistrot de chez Pernaut

Que notre pitre national soit réélu ou pas, nous sommes déjà entrés dans le post-sarkozisme.

tgb

12:56 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (11)

11/02/2011

De l’attentat kamikaze ou pâtissier

 

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Une tarte à la crème dans la gueule, c’est toujours un peu vexant. Ça met du gras sur la cravate, ça fait des taches sur le Smalto. Ça te fait retomber le boursouflé au niveau du caniveau, ça t’envoie directe sa pensée toute maculée au pressing.

Ça fait des frais.

Une tarte à la crème dans la gueule, ça démystifie toujours un peu. Ça te situe le degré d’imposture du poseur onctueux. Ça te révèle la face burlesque du clown pompeux. Ça t’as un côté farce peu apprécié, on se demande, par le précieux ridicule, pas fairplay.

Le gag étant à l’égo, ce que l’émeute populaire est à la crème de Chantilly.

Un juste retour des choses.

Un entartage réglementaire reste donc salissant.

Pas aussi salissant que les diarrhées verbales d’un chroniqueur de bistrot

Pas aussi salissant que les insanités raciales pour ne pas dire racistes d’un « briseur de tabous »

Pas aussi salissant que le militant mépris fait à des plus bas que soi. Ça laisse pourtant des auréoles. Le genre de stigmates pour les cons méchants.

Mais que les pleurnicheurs scandalisés de l’attentat pâtissier se rassurent, le pompeux cornichon Zemmour, l’arroseur arrosé de la tartalacrème nauséabonde ne s’en sort pas si mal.

Il est des pays où on lui aurait pissé dessus.

Israël par exemple.

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Ce pays exemplairement démocratique où, pour une pierre lancée, un gamin palestinien se prend huit mois de prison après s’être fait uriner dessus par la soldatesque tsahal. Le pipicaca n’étant pas forcément l’exclusivité de l’enfance et surtout pas des enfants qui en sont privés.

Car il ne suffit jamais pour l’occupant d’occuper, pour le dominant de dominer, pour l’oppresseur d’opprimer, encore faut-il bien humilier. Preuve à jamais indépassable de son omnipotence. L’abus de pouvoir restant le petit supplément bonifié de la domination.

L’humiliation, c’est ce que ressentit Mohamed Bouazizi quand il se fit gifler et cracher à la figure par la petite cheftaine du gouvernorat de Sidi Bouzid avant de lui confisquer sa marchandise. Encaisser la misère, l’injustice, l’arbitraire… ça on peut, tant qu’on peut. Mais survivre à l’affront…

C’est ainsi que Bouazizi implosa avant que la Tunisie n’explose.

Ce Même Bouazizi, que le manager Delanoë en plein zèle repentant soudain pour mieux faire oublier ses douteux silences ou connivences, cherche à honorer. Tout comme ce qui nous sert encore de ministre des affaires étrangères (et d’opposition) cherche à se refaire une piteuse virginité diplomatique sur le dos du Mexique à s’indigner de l’offense faite à Cassez, détenu de droit commun, alors qu’officiellement pour Salah Hamouri, détenu politique, le gouvernement français déclare : qu'il "n’appartient pas aux autorités françaises d’intervenir ou même de commenter les procédures judiciaires d’un Etat souverain".

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Putain d’hypocrisie, de deux poids deux mesures, quand il est dans ce pays, des innocents français plus innocents que d’autres.

Pour l’ensemble de son œuvre, dont le fond de commerce reste l’inépuisable haine de l’arabe, le pseudo moraliste Zemmour n’aura eu droit qu’à un attentat pâtissier.

C’est mieux que kamikaze.

Mais c’est pas cher payé.

tgb

08/02/2011

Le peuple, ce pipole…

 

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En 2000, dans le New Jersey, Jon Corzine, ancien PDG d’une firme d’investissement dépensa 60 millions de dollars pour se faire élire sénateur démocrate.

On compte aujourd’hui à la chambre des représentants et au sénat américains, un tiers d’élus milliardaires, démocrates ou républicains, contre moins de 1 % pour l’ensemble de la population.

Le tri social se faisant tout naturellement par le coût délirant des campagnes électorales.

En Grande Bretagne, alors que le gouvernement de coalition vient d’annoncer un plan d’austérité terrible et sans pitié envers les classes moyennes et les plus démunis, sabrant dans les dépenses sociales, les services publics ou ce qu’il en reste, le Sunday Times révèle que 18 ministres sur 23 sont millionnaires, dont David Cameron et Nick Clegg, deux fils à Papa assez peu concernés par les fins de mois difficiles.

Est il si compliqué de deviner quels intérêts ces privilégiés aujourd’hui servent et protègent ?

Puissants du monde entier unissons nous !

Et voilà comment s’impose une ploutocratie.

Et voilà comment quelques oligarques se retrouvent à 10 000 mètres au-dessus des masses laborieuses en fusion, trinquant à quelque tyran local dans des jets privés, en toute normalité.

Et voilà comment on inaugure un quinquennat au Fouquet’s et qu’on se retrouve à décorer tout ce qu’un pays compte de bailleurs de fonds d’un parti politique et d’un gouvernement mobilisé à mieux détricoter les lois sociales.

Pour se retrouver au final avec une indémodable politique de classe et de castes.

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Pour faire simple : un pouvoir des riches contre les pauvres, tout à éradiquer par pure revanche historique, les quelques acquis conquis par des populations, pour y substituer, au mieux, une charité bien ordonnée.

Evidemment, si ces infos étaient balancées brutes de brut dans les journaux télévisés, ça ferait quelques remous dans les masses consentantes - même abruties par des années de pollution mentale, jusqu’à voter pour leurs propres prédateurs - qui comprendraient assez facilement l’arnaque et auraient comme une vieille remontée de rage.

C’est pourquoi il s’agit de bien canaliser cette légitime colère vers d’autres cibles : islamistes, immigrés, « assistés », multirécidivistes,…ennemis intérieurs et (ou) extérieurs, pour mieux la détourner des véritables enjeux d’une, osons les mots, guerre de classe.

Cette vieille rengaine infatigable et jamais disparue des dominants/dominés.

Sauf qu’après avoir voulu troquer du peuple contre du pipole, c’est paradoxalement le peuple qu’on croyait disparu qui se réveille, au Maghreb ou ailleurs et se réapproprie la Une de l’actu.

Le peuple est à nouveau tendance.

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Méfiance ! ça pourrait être la dernière ruse d’un système marchand, qui à coup de révolution Jasmin ou Papyrus, refairait de ce peuple s’émancipant, saison 1 saison 2…, un pipole aliéné pour mieux le réapprivoiser et à nouveau le contraindre.

Ceci dit, ici ou là, en Europe et ailleurs, maintenant, la question n’est plus de savoir si l’insurrection viendra mais où et à quelle heure, suite à quel événement symbolique et cristallisant ?

Et qu’ici, ce soit Sarko le républicain ou Dsk le démocrate qui en fasse les frais n’a, pour moi, pas la moindre importance.

tgb

Photo 1 et 3 - Stéphane Le Garrec

15:13 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (16)

05/02/2011

L’avenir appartient à ceux qui sont jeunes tôt

 

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La question n’est pas de savoir si telle ou telle révolution sera récupérée, corrompue, ou dévoyée vu qu’on sait d’expérience qu’elle le sera fatalement, que c’est dans l’ordre des choses, des menues contingences du réel et du monde tel qu’il va.

Il s’agit d’abord et avant tout de jouir de ce moment exquis où l’on brasse et redistribue les cartes, où l’on se délecte de voir quelques puissants autocrates du club très fermé de l’oligarchie mondiale, dont on mangeait dans la main la veille, se retrouver par terre c’est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau c’est la faute à Rousseau.

Il s’agit d’abord et avant tout de savourer, ce pur instant d’éternité, cette photo emblématique,

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où la peur change de camp, où un peuple s’émancipe à mains nues.

La question n’est pas de savoir si telle ou telle révolution sera confisquée par les barbares barbus, islamo-fascistes et autres talibans. Encore faudrait-il savoir ce qu’est un islamiste, si un barbu ottoman a le même sens de poils qu’un moustachu arabe qui aurait la même pilosité qu’un perse hirsute.

Bref, comme s’il n’y avait pas quelques nuances entre le protestant ouvert et tolérant et l’évangélique régressif et fanatique, entre un chrétien démocrate et un catho intégriste.

Inutile effectivement de s’encombrer de ces subtilités quand on a pour fonds de commerce le choc des civilisations, qu’on pense tellement pileux qu’on voit tout en glabre et que si la presse Tunisienne faisait dans la finesse éditorialiste du « Point » par exemple, on verrait en une « le spectre fasciste ? » avec un dessin du Plantu local croquant une Marine Lepen nazifiée devant un clocher d’église en arrière-plan.

La question n’est pas non plus de savoir si "la France de demain" s’intéresse au monde qui l’entoure et si au-delà de sa semaine à 300 euros, vautrée dans un hôtel low coast de Djerba, la Tunisie ou l’Egypte à une réalité pour elle (ne parlons même pas du Yemen), puisque l’audience des JT a déjà tranchée.

Or la neige à Noël et les bouchons sur les routes des vacances, la France météo de Laurence Pujadas n’est curieuse de rien, ne s’intéresse à rien et surtout pas à ce qui aura directement une incidence sur sa vie quotidienne dans les années qui viennent.

Cette France moisie donc, toute calfeutrée et crispée sur ses vidéos surveillances, ses milices de quartier et son art de la délation se consacre à des projets autrement plus enthousiasmants, tels la réforme de la retraite, le plan de lutte contre l’Alzheimer ou l’inscription de sa gastronomie au patrimoine musée de l’humanité.

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Heureuses perspectives.

A la petite boutique des marchands de peur, cette France là dans cette Europe là, d’acheter et de stocker ses peurs : la peur de la neige à Noël, la peur des bouchons sur la route des vacances, la peur de ses voisins pas comme nous, la peur du multirécidiviste de juge rouge et laxiste, la peur du bolchevik Melenchon qui ose traiter de larbin le journaliste de complaisance, la peur du Rom pas assez génocidé, du jeune de banlieue pas assez kärchérisé, du sportif antillais ne beuglant pas assez fort l’hymne national.

Non, le seule question qui vaille, c’est à qui appartient l’avenir ? Quelle société, civilisation ou culture immergée ou émergente incarnera le 21eme siècle ? Un peuple jeune, ayant faim de tout d’ouverture, d’avenir et de liberté enfin ou une population vieillissante, rance et sclérosée qui se ferme à tout, se replie sur son nombril, centre de rien ou de son propre vide ?

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L’âge moyen de la France est de 40 ans.

L’âge moyen du Yemen est de 18 ans.

Faut-il faire un dessin (un dessein ) ?

La seule question qui vaille, c’est qui poussera le fauteuil roulant d’une Europe appauvrie, déclinante, à la mémoire défaillante et en état de dépendance physique demain ?

La réponse est dans la question.

Mon conseil du jour : les racistes, xénophobes et nationalistes décadents, incontinents sur leur fauteuil roulant, auront sacrément intérêts à être polis avec les jeunes immigrés qui auront encore l’amabilité de bien vouloir les mouvoir.

tgb

merci à Urbain et à Bachir K. pour les photos tunisiennes

 

14:16 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (18)

 
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