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02/02/2015

Au joli pays de Charlie

 

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Au joli pays de Charlie, être ou ne pas être Charlie, telle n’est pas la question.

Non, en ce joli pays de Charlie, on ne pose et ne se pose pas de questions inutiles ni même subsidiaires. S’en poser dans un esprit vaguement critique étant déjà suspect

Etre Charlie ne se discute pas. On est Charlie ou rien. Charlie ou personne. Charlie ou en prison.

Etre Charlie c’est comme l’école publique : gratuit et OBLIGATOIRE.

Car en ce joli pays, la bonne pédagogie consiste à ne, ni questionner ni se questionner mais à bien fermer sa gueule tout en l’ouvrant aux heures de gavage.

C’est ainsi qu’ici, en ce gentil pays de délateurs chroniques, les profs dénonçant leurs élèves tandis que dans une juste répartition des rôles, les élèves dénonçant leurs profs, tout en réglant quelque compte au passage, se demander simplement ce que recouvre ce slogan est absolument proscrit.

Mesdames et messieurs dans cette grande tradition qui fit l’honneur et la gloire de la France éternelle, dénonçons nous les uns les autres, le ministre de l’intérieur reconnaîtra les siens.

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On peut, éventuellement nuancer Charlie à la condition extrême d’être Charlie (et blanc).

Donc, étant lâche et n’ayant pas vocation à devenir martyr de l’union nationale, je le dis comme je ne le pense pas : je suis Charlie.

Cette formalité accomplie sous les caméras vidéos de mes voisins, maintenant réfléchissons :

Comme le capitalisme, sensé être basé sur la libre concurrence, donc le choix, et qui nous serine à longueur d’ondes qu’il n’y a pas d’alternative, tu es Tina, n’y aurait-il pas quelque contradiction à défendre la liberté d’expression tout en l’interdisant.

Tu es Charlie avec moi ou pas Charlie contre moi. Bon ou mauvais français.

Quand on réduit toute pensée dans une formule marketing à 2 balles, y a t-il encore de la pensée autre que pourrie ? Y a-t-il encore de la liberté de penser (comme dirait l’autre con) dans l’injonction solennelle à penser tous pareil ?

Dans le consensus mou et moutonnier quid de la dialectique ?

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Pour un pouvoir quel qu’il soit, ce qu’il y a de bien avec l’hystérie compulsive collective, c’est que la foule se sentant des poussées nationalistes, des pulsions de croisade, des montées de vengeance tricolore, elle ne pense plus, elle éructe, elle mobilise, elle claironne, elle pavoise.

Ah ce goût pavlovien et grégaire pour le tout sécuritaire, quant à la liberté qu’en ferions-nous, tant qu’on peut pousser des caddy à Carouf le dimanche ?

Oui, quand elle a les craquettes, la foule déjà pas très fine en temps ordinaire devient con comme un balai, subtile comme une balayette à chiottes.

En ces temps galvanisés, l’on peut d’ailleurs vite se retrouver décoré de la francisque, la patrie reconnaissante, pour avoir courageusement affronté seul et à mains nues un dangereux enfant terroriste de huit ans et mis hors d’état de nuire tout une filière djihadiste d’école élémentaire.

Respect !

Oui mesdames et messieurs les bons français, pour ne pas l’avoir connue je la reconnais pourtant cette odeur familière de la nation profonde, ce parfum singulier qui fait notre identité nationale tout autant que notre ADN : la bonne pourriture des enfants de Pétain.

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Ainsi donc finirons nous par trouver normal de ne plus enterrer les petites filles Rroms, de mettre en garde à vue un petit garçon basané tandis que l’on se scandalise d’un politique devant un tribunal, de transformer les instituteurs en matons et les flics en juges, alors que la mauvaise haleine de Tesson et de ses acolytes continuent rèspectablement d’ empuantir nos narines à travers même les ondes.

Ainsi donc aussi, naissent les parfaites souricières et l’asservissement volontaire et le totalitarisme flasque et la fabrication du consentement .

Ainsi donc dans le Doubs, après avoir désespéré le peuple de gauche, en lui confisquant toute alternative par de l’alternance pareille (cause) puis avoir instrumentalisé l’extrême droite comme tonton Mitterrand lui avait appris, le parti solférinien tout à ses minables manigances exige de l’électeur et de l’élu DU Pacte Républicain contre la bête immonde (conséquence) qui monte qui monte et que l’on fait monter.

Entre l’inoculation de la rage et le prix de son vaccin, mon cœur ne balance pas :

qu’ils aillent tous se faire empapaouter ! (chez Syriza)

Je ne marche pas dans la sale combine.

A la question Es-tu Charlie ? les dessinateurs de Charlie eux mêmes, je n’ai aucun doute, d’un crobard bien torché pour dénoncer ce mauvais Charlisme dégoulinant, auraient répondu comme Oscar Wilde :

Je suis moi-même, les autres sont déjà pris.

tgb

20:16 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (12)

27/01/2015

A l’ombre de l’âne (d’après Démosthène)

 

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Alexis, un Athénien au chômage fut délégué par son village pour se rendre à Delphes afin d’y vendre la misérable marchandise collective : quatre dérisoires barils d’huile d’olive. (c’eut été du pétrole qu’Hollandréou fut venu à genoux pour lui rouler des pelles). Quatre barils d’huile d’olive pour toute fortune afin de soigner les familles dépourvues de couverture sociale, la malaria et la tuberculose ayant refait leur apparition, tandis que le sida faisait à nouveau des ravages.

Pour transporter sa maigre production, Alexis loua à prix d’or, un âne à la directrice du FME (Fonds Monétaire des Equidés) mme Lagardos qui suspicieuse et cupide, le suivit à la trace dans son 4X4 climatisé, sponsorisé par l’Arabie Saoudite.

En ce temps-là, la loi Macron n’étant pas encore votée, il n’y avait pas d’autocar.

En chemin, au bout de plusieurs heures de marche dans la caillasse, sous un cagnard accablant, l’homme épuisé, chercha désespérément une taverne pour s’y rafraîchir et s’y reposer un peu. L’austérité étant passée par là, la troïka ayant tout dévasté, pas la moindre auberge en activité ; le plus petit estancot ayant depuis longtemps mis la clef sous la porte.

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Dans le concert incessant des cigales et pour se protéger du soleil de plomb, pas même un arbre à l’horizon, chaque morceau de bois ayant été depuis longtemps consommé l’hiver pour chauffer les écoles privées d’électricité, ou abattu pour laisser place à des complexes touristiques gardés par des vigiles, y compris dans les zones protégées, cédées à des spéculateurs immobiliers allemands.

Au bord de l’évanouissement, notre homme eut alors une idée : s’installer quelques instants à l’ombre de l’âne. A peine avait-il déposé le bât de l’animal, que la harpie défiscalisée du FME surgit en le menaçant et l’injuriant tout à la fois :

- dégage de là, sale assisté, tu n’as pas le droit !

- comment ça je n’ai pas le droit, je l’ai loué cet âne, non ?

- tu as loué cet âne mais pas son ombre et son ombre est à moi !

Pour l’instant nous en sommes là, et attendons impatiemment la suite de l’histoire...

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Ainsi non seulement la Grèce martyrisée devait rembourser la dette, mais passait le plus clair de son temps et de son peu d’argent à rembourser les intérêts exorbitants des prêts, dont 70% allaient directement renflouer les banques.

« La Grèce est « en bonne voie pour achever son ambitieux plan d’ajustement budgétaire », osait la directrice générale du FME, exonérée d’impôts mais qui en exigeait des autres, tandis que le nul et incompétent Jean Claude Trichet, ex président de la BCE (banque centrale des Equidés – un partenaire et concurrent du FME) trouvait que « les efforts demandés à Athènes ne sont pas de l’austérité mais simplement le retour à l’équilibre ». `

Délicieux retour à l’équilibre en effet que l’augmentation de plus de 43 % de la mortalité infantile.

Pour dénouer cette histoire, me revient une parabole orientale.

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Dans un souk de Tanger, un flâneur soudain huma une exquise odeur de tajine d’agneau et s’en délecta. Le marchand s’en apercevant exigea immédiatement cinq dirham au quidam pour le plaisir procuré.

- il n’en est pas question, dit le passant , je n’ai rien consommé, c’est portnawak…

- tu as humé, tu en as joui, tu me dois cinq dirham - s’énervait le marchand

Ils commençaient tous deux à en venir aux mains

Surgit un sage qui dit au quidam

– donne moi une pièce d’or…

- mais certainement pas je ne dois rien je n’ai rien acheté…

- donne moi une pièce d’or - insistait le vieux sage…

En désespoir de cause et de guerre lasse le passant confia une pièce d’or au vieux sage qui se tourna vers le marchand, frappa cinq fois avec la pièce de monnaie la faisant résonner sur la marmite où mijotait le tajine et dit au commerçant :

– te voilà payé !!!

– Puis il rendit la pièce d’or au quidam.

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Je dis ça je dis rien, mais ça pourrait inspirer Syriza…

tgb

14:28 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7)

23/01/2015

Eloge funèbre en chasse neige

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 C’est donc de Davos en chasse neige où, fidèle à ses convictions, il mène ardemment le djihad contre la finance et le réchauffement climatique tout à la fois, que François Plat-pays nous informe qu’il ira présenter ses condoléances en Arabie Saoudite suite au décès du gérontocrate Abdallah.

Il prendra soin n’en doutons pas de s’y rendre un catalogue de la manufacture des armes et des cycles sous le bras, tant les affaires sont les affaires et l’obscurantisme tout relatif devant un gros keffieh chéquier.

Je sais bien qu’au nom de la real politik nous nous devons de composer avec toutes les parties, mais quand, comme Fanfoué, on se permet de prendre des pincettes avec Poutine au nom des grands principes humanistes, on pourra s’étonner qu’il ne se munisse point de loooooooongues tenaille avec la bande à Saoud.

Macache.

C’est donc en ces moments funèbres où Charlie fume encore, que notre président regonflé de plus de 20% d’hélium dans le fion s’empressera d’aller, au joli pays de la charia, lécher les babouches de Salmane, nouveau calife à la place du calife de la secte wahhabite ; cette secte, grande argentière du pire de l’arriéré de l’archaïque intégriste.

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Raef Badaoui, blogueur condamné à 1000 coups de fouet, confirmera.

D’ailleurs quitte à ce que l’occident depuis 25 ans se plaise à raser du pays arabe, plutôt que l’Irak, la Libye ou la Syrie, pays dictatoriaux comme les copains mais au moins vaguement laïques aux populations mélangées, il eut été plus judicieux de balancer quelques frappes chirurgicales sur trois ou quatre familles branleuses de monarchies pétrolières (Arabie saoudite, Koweït , Bahreïn, Qatar , les Émirats ... ) qui foutent le souk au moyen orient depuis le Pacte du Quincy.

Le capitaine de pédalo nucléaire ayant choisi le camp atlantiste (donc sunnite) avec cet enthousiasme benêt qu’on lui connaît, il n’est finalement pas très étonnant de le voir faire dans le posthume du côté de Ryad plutôt que du côté de Caracas et faire ses pompes funèbres plus facilement sur Abdallah que sur Chavez.

On a les condoléances « socialistes » qu’on peut.

Oui il nous faudra bien nous souvenir qu’au moment où en Grèce, Syriza s’apprêtait seul contre le monde entier, à botter un tantinet le cul de la mère Tina, notre pilote de triporteur n’avait d’hommage que pour le caïd de l’or noir, comme il s’inclinait déjà devant le patron de Total plutôt que devant Rémi Fraisse, tué par la flicaille avant qu’elle ne soit acclamée par quelque « Charlie » de circonstance.

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Pour l’anecdote notons que l’affront fait aux femmes et subsidiairement honte de l’humanité non imposable Christine Lagarde vient de déclarer à propos de la crapule saoudienne décédée : « roi Abdullah strong advocate of women »

La jeune birmane décapitée sur place publique à la Mecque ainsi que Loujain al-hathloul et Mayssa al Amoudi (entre autres) arrêtées pour avoir conduit une voiture, apprécieront la lucidité pertinente de la raclure de bidet du FMI.

tgb

16:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (11)

19/01/2015

Une heure d’apesanteur

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« Rien n’est plus drôle que le malheur. » (Samuel Beckett)

En ces jours de sidération, une heure de suspension, d’apesanteur, pour échapper au lourd, au pesant, au bourrin, et se sidérer autrement de pur bonheur à s’enivrer de légèreté.

Prenez les « Fragments » d’un immense auteur, Beckett, la mise en scène d’un géant du théâtre, Peter Brook (assisté de Marie-Hélène Estienne) et le jeu net et délicat de trois comédiens fabuleux, Kathryn Hunter, Jos Houben, Marcello Magni et alors comme une évidence, une heure, juste une heure d’exception et de grâce, où tout semble si facile, si simple, qu’on nous épargne forcément tout le laborieux derrière.

Dans l’espace quasi vide du plateau, juste la beauté du lieu (les Bouffes du Nord) un banc, une chaise deux sacs et la subtilité des éclairages ; cinq fragments de pure comédie tragique et absurde, d’épure existentielle ; un trois fois rien qui nous dit tout et l’essentiel.

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Ce sont les deux mendiants, l’estropié et l’aveugle qui s’acharnent à ne pas faire à eux deux, un seul homme valide. Y en a-t-il ?

C’est le monologue d’une femme à sa fenêtre à regarder d’autres fenêtres, avec cette voix caverneuse, envoûtante, cette sublime litanie ternaire et vertigineuse dans le balancement incessant d’une chaise comme un rocking chair.

C’est la journée type de "winner et loser", deux clowns célestes au burlesque sobre et précis, dans un visuel inouï de Laurel et Hardy qui fait se gondoler la salle, nous livrant l’air de rien la quintessence poilante de l’humanité.

C’est le trio de vieilles dames dans le chuchotement farce, les silences virtuoses et les mimiques ravageuses qui chavirent le public.

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C’est en anglais, c’est sous titré, mais c’est du laconique et du pas bavard. Bref c’est du Beckett.

C’était mon cadeau de Noël et quel plus beau cadeau, que cette bouffée de rire dans ce monde de brutes épaisses, que ces quelques trop rares fragments d’humanité et d’oubli absolu.

tgb

14:01 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5)

 
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