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27/05/2014

Lâcher prise !

 

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Quand, en voile, tu as un vent de face, le simple fait de vouloir remonter contre lui te fait mécaniquement reculer. Paradoxalement alors le seul moyen d’aller vite est de choisir la route la plus longue, celle qui consiste précisément à tirer des bords.

On ne lutte pas contre le vent, on fait avec.

Quand le rapport de force est disproportionné, quand dans le combat on n’a visiblement pas les armes, est-il vraiment utile d’offrir son corps en pâture, de gaspiller une débauche d’énergie, de se ruiner jusqu’à entrer dans l’histoire en victime expiatoire, en héros sacrifié ?

On lâche rien ! ce slogan emprunté au monde sportif et à ses 10 mots de vocabulaire m’exaspère. On lâche rien quoi ? On lâche rien pourquoi ? on se cramponne comment et on s’accroche à qui ? On lâche rien jusqu’à être emporté par le torrent de l’histoire ? On lâche rien à ressasser indéfiniment ce qui devrait être, ce qui aurait pu être, ce qui n’a pu être et la faute à qui et yakafaukon ?

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Et si on contraire, on lâchait quelque chose, voire tout, et si au contraire on lâchait prise !

Lâcher prise ce n’est pas renoncer, c’est juste différer, attendre. C’est décaler, changer de perspectives. C’est préférer la maîtrise au contrôle. C’est tel le surfeur, jouer de la vague plutôt que de l’affronter. C’est se la couler douce, épouser la courbe, dans la fluidité et le mouvement, souple comme le roseau, vif comme l’éclair.

Lâcher prise, c’est accepter nos limites, nos faiblesses nos insuffisances. En faire une force. C’est être la goutte d’eau dans l’océan, l’océan dans la goutte d’eau, n’être ni l’aile droite, ni l’aile gauche mais l’oiseau.

Lâcher prise, c’est identifier calmement les points faibles des forces adverses, privilégier la guérilla au combat, choisir l’embuscade plutôt que l’affrontement. Surgir et disparaître, se fondre dans le paysage, être partout et nulle part, invisible avant d’être éclatant, inconsistant à n’offrir aucune prise avant de s’incarner dans la fulgurance.

C'est pousser l’autre à s’épuiser dans le vide, à sortir de la grosse artillerie pour écraser une mouche. « Si tu crois que tu es trop petit pour changer les choses alors passe une nuit avec un moustique".

Lâcher prise c’est se donner le droit au temps et à l’erreur.

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Autre slogan qui me révulse, scandé dans les meetings et les manifs : « résistance ! »

Résister c’est s’arc-bouter en vain sur l’ancien, c’est intégrer le fait que l’on ne peut rien changer mais uniquement conserver. C’est protéger le passé sans inventer l’avenir. C’est se maintenir dans une posture figée, être sur la défensive, alors qu’il nous faut précisément attaquer.

Attaquer des cibles à notre mesure. Se contenter de petites victoires, de succès symboliques mais palpables. Ne pas se fixer des objectifs hors d’atteinte ni des obligations de résultats déraisonnables et démobilisateurs.

Etre modeste mais exigeant.

Au front de gauche nous faisons 6,3%. C’est ce que nous valons. Pas mieux. Inutile de nous raconter des histoires. Aux présidentielles nous fûmes 4 millions, aujourd’hui nous représentons un million de voix. C’est énorme et c’est trop peu. On ne rentre pas de force dans une histoire qui ne veut pas de nous. Pas encore. On n’oblige pas un peuple à faire son bonheur malgré lui.

Que savons nous d’ailleurs du bonheur et de la vérité ? Qui a décrété que nous avions raison.

Au moins avons nous nos raisons.

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Lâcher prise c’est lâcher son égo, c’est se libérer du poids inutile de "sauveur de la patrie en danger", c’est se préparer tranquillement aux opportunités, quand le vent tournera car inéluctablement il tournera.

Pour ne pas revenir de tout, il suffit d’aller nulle part. Nous qui voulons aller quelque part ne nous infligeons pas de revenir de tout.

tgb

11:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (22)

23/05/2014

Du Général au Général sans passer par le particulier

 

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Ah ben voilà un bon vieux coup d’état comme on les aime en Amérique donc en Europe. Voilà de la belle ouvrage, du putsch avec uniforme, de la junte militaire avec suspension de constitution et couvre-feu, de l’information au garde à vous et de la loi martiale.

Oui, un bon vieux coup d’état des familles, tandis que des militaires américains participent conjointement à des manœuvres avec les militaires thaïlandais et découvrent tout à fait par hasard, c’est ballot, la prise de pouvoir par l’armée à la télé.

Et c’est donc tout naturellement que la communauté internationale, c’est à dire nous, vu que le reste du monde n’existe pas, condamne fort mollement cette atteinte à la démocratie, parce que pour l’occident les dictatures c’est un peu comme le cholestérol, y’en a de bonnes et de mauvaises suivant qu’elles nous arrangent ou pas et que sur ce coup, diplomatiquement, c’est ce que l’on appelle le minimum de l’indignation syndicale et médiatique.

Un peu comme pour le Honduras ou le Paraguay dont tout le monde se fout.

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Parce que les révolutions Orange, les soulèvements spontanément préparés en Ukraine, les révoltes scénarisées au Venezuela avec tirs sur la foule mis sur le compte des méchants, ça va bien cinq minutes mais ça finit par ressembler à rien et faudrait voir à pas négliger les vieilles recettes qui ont fait leurs preuves.

Dégommer du Kadhafi c’est bien gentil mais ensuite qui c'est qui range qui nettoie tout le bordel hein ? et c’est pas Sarkozy qui risque de prêter sa femme de ménage pour un extra, qu’on peut pas trimballer BHL partout que des fois il a piscine.

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Donc après avoir dégagé du Colonel bien obligé de remettre du général pour gérer le particulier.

Tout pareillement en Egypte ou Sissi, le militaire local, nous fait condamner à mort du frère musulman par paquets de 500 que c’est quand même plus productif que toutes ces fumisteries de révolutions colorées qu’on y comprend plus rien de qui manipule qui.

Et puis se retrouver acoquiné à des groupes néo-nazis ça finit toujours par faire un peu cracra.

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Ahhh oui le bon temps, du « golpe de estado » avec son Pinochet et son école de Chicago pour expérimenter l’ultra libéralisme dans toute sa splendeur, la vieille nostalgie de la dictature sanglante de ce cher Suharto en Indonésie qui découpa en rondelles près d’un million de communistes sous l’œil ému et reconnaissant de l’Oncle Sam, la belle époque de l’Argentine aux ordres, du réseau Gladio

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Merci donc aux militaires thaïlandais de perpétuer cette noble tradition du coup d’état sous l’œil attendri du monde libre, qui fronce un peu les sourcils par principe mais qu’est pas trop regardant au final tant ça lui rappelle sa jeunesse.

tgb

11:58 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7)

18/05/2014

L’humain babord !

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Le 9 janvier 2011 Nicolas Demorand chroniqueur désinvolte de radio publique puis privée puis publique puis privée…agressait verbalement dans un interview Jean Luc Mélenchon jusqu’au clash. Le 13 février 2014, il était poussé à la démission de la direction de Libération par ses salariés ne supportant plus son autoritarisme et son incompétence. Il redevenait simple chroniqueur de radio publique puis privée puis publique puis privée…

Le 8 janvier 2013 en direct à la télévision devant la France entière le ministre greffeur de cheveux Jérôme Cahuzac balançait à Jean Luc Melenchon qu’il était un homme seul. Quelques mois plus tard le 10 avril de la même année, Cahuzac pestiféré, au bord du suicide, dormait dans sa voiture dans un total dénuement, abandonné de tous.

Le 5 mai 2014, Natalie Nougayrède, directrice du journal de révérence le Monde, signait un éditorial au vitriol contre Jean Luc Melenchon. Quelques jours plus tard, le 14 mai, elle quittait son poste, sous la pression de sa rédaction exaspérée par ses comportements hautains et sa ligne droitière.

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Etrange malédiction qui s’abat sur les ennemis du leader du PG, qui frappe tour à tour dénigreurs, manipulateurs, désinformateurs et autres chiens de garde, soudain rattrapés par quelque sortilège.

Ainsi déjà pouvons-nous trembler pour le renégat libéral libertaire Bové faisant dans l’amalgame Melenchon = Lepen d’une folle originalité populiste ce 17 mai en une de Libé. Ce journal militant socio libéral et anti-melenchonien, comme par fatalité, en faillite.

Ami journaliste d’intox, du cadre circonscrit et de la doxa Tina, chers Alemagna, Quatremer, Barbier…pour échapper au maléfice et te protéger par quelque grigris ou talisaman, je ne saurais trop te conseiller cette amulette

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aux pouvoirs magiques éloignant le mauvais œil à condition de l’introduire le dimanche 25 mai dans l’urne consacrée.

Je dis ça je dis rien, c’est juste que je ne voudrais pas qu’il t’arrive une bricole malfaisante.

tgb

11:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (12)

14/05/2014

Même pas peur !

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 « Tant que l'homme sera mortel, il ne sera jamais décontracté » écrit Woody Allen tout à ses angoisses existentielles.

Eh ben ça dépend !

Il est quelques rares cas de mortels qui, face à la mort, ont cet étrange détachement qui laisse aussi admiratif que pantois. Une sorte de distance ironique face à leur bourreau qui semble signifier que s’ils sont bien la victime, l’autre est bien l’esclave, que si l’autre me tue, il ne m’atteint pas et que malgré les apparences, mes liens me font libre et ses armes le rendent faible.

Même pas peur.

Je suis plus fort, plus vivant, plus éternel que toi.

Ma maîtrise fait de moi le maître et renverse le rapport de force :

Feu !

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Ainsi la fameuse désinvolture de l’ami Fortino Samano, compagnon du révolutionnaire mexicain Zapata, face au peloton d’exécution, mains dans les poches à mâchouiller son cigare et l’œil goguenard du genre à dire - c’est quand tu veux mon vieux, surtout te gène pas pour moi -.

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Ainsi la grimace comme un bras d’honneur du jeune communiste résistant Jean Quarré au caméraman allemand juste avant d’être fusillé. (Nul doute que l’héroïque Michel Onfray, la Chantal Goya du concept, saura nous démontrer dans un de ces combats surhumains tout à éplucher du fond de poubelle, que Jean Quarré comme Guy Moquet ne fut pas résistant mais qu’un vulgaire salopard bolchevik, mais c’est une autre histoire qu’il nous racontera plus tard en faisant (de la philo) dans son froc).

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Ainsi cet espion russe en Finlande, le revolver sur la tempe n’ayant pas l’air de prendre tout ça bien au sérieux, la vie, la mort et la vodka…

Cul sec ?

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Ainsi encore le sourire tranquille et triomphant de Larbi ben M’hidi, héros national algérien, lors de son arrestation avant d’être torturé puis pendu par le Général Aussaresses. Convaincu comme par évidence que s’il tombe - un ami sort de l'ombre a sa place - et que c’est en mourant justement que justement il gagne.

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Ainsi enfin, Georges Blind, connu comme ‘le fusillé souriant’, subissant détendu un simulacre d'exécution, avant de mourir en déportation et que cette photo fasse le tour du monde.

D’où ces hommes, jeunes pour la plupart, tiennent t-ils donc cette force, cette sérénité, cette drôle de plénitude là où chacun irait de son désespoir ? D’où tirent ils encore cette liberté du pied de nez à la mort tout autant qu’au tortionnaire dans un ultime « viva la muerte » plein de morgue ?

Sans doute ont-ils compris qu’ils n’avaient rien à perdre que leur vingt ans, autant dire pas grand chose quand on a vingt ans et que lorsqu’on a rien à perdre on est maître du monde même désarmé. Alors que nous qui osons si peu, connaissons les affres et l’extrême gravité de louper les soldes de printemps et la sortie vitale du prochain I phone.

Sans doute aussi croient-ils par la force de leur conviction qu’ils meurent pour quelque chose et que leur sacrifice leur survivra.

Je pense souvent quand je me baigne sur une de ces plages de Normandie, que peut-être à l’endroit même où j’étends ma serviette un jeune mec de l’Arkansas mâchant du chewing-gum est venu mourir pour que je puisse faire trempette en toute insouciance et que l’Eurovision de la chanson puisse cartonner à la télé.

C’est dire si ça valait le coup.

Je ne jurerais pas que les autres baigneurs avec glacière tout à mater du monokini y pensent aussi. Mais ainsi va Eros et Thanatos et la vie qui continue.

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Le sourire de Fortino, de Jean, de l’espion russe, de Larbi ou de Georges, c’est le sourire du chat d’Alice. Le sourire qui reste quand tout a disparu. Le panache, l’élégance, l’honneur…

Même si on voit plus souvent dans ce monde trivial « un chat sans sourire plutôt qu’un sourire sans chat ».

tgb

11:54 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (10)

 
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