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05/10/2013

Le petit monsieur qui fait traverser la rue...

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Il m’arrive deux/trois fois par an d’aller animer une session de quelques jours du côté de Cergy Saint-Christophe pour l’une de ces multinationales dont le personnel a fondu en dix ans, passant de 10 000 salariés à 300 en France. Les derniers survivants formant les employés roumains qui demain les remplaceront dans une enième externalisation. Belle abnégation !

Mais ce n’est pas le sujet.

Cergy, c’est ma destination la plus lointaine de l’année, puisqu’elle m’oblige à me lever aux aurores, à prendre un métro, puis un autre, puis un RER blindé bondé qui se soulage à la Défense. Ensuite ça va mieux, je peux finir ma nuit assis.

C’est donc en général dans un coma relatif et relativement au radar, que je déboule en plein marché du mercredi à la sortie de la station RER de Cergy, et que je m’apprête à traverser la rue principale.

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C’est là qu’officie un petit monsieur cramoisi, la bouille sympathique au sourire rayonnant, qu’il pleuve qu’il vente ou qu’il fasse rien du tout. Dans son gilet fluo, ce petit monsieur jouit sans en abuser, du pouvoir absolu de vous faire traverser la rue, ou pas, en faisant, au milieu de la chaussée barrage de son corps ou pas, en levant son panneau stop ou pas, arbitrant de toute son autorité qui des petits piétons ou des grosses bagnoles.

Et ce petit monsieur retraité, vacataire municipal à 2,50€ de l’heure, de balancer mille bonjour le matin, mille bonjour le soir, comme si chaque passant était la personne la plus importante du monde et la plus singulière, avec ce même enthousiasme et cette même jovialité qui vous ouvre au petit matin frileux mieux qu’un kawa, et vous met en joie pour la journée.

Ce petit monsieur arrondi, un mot gentil par ci : fais frisquet - comment va ? … un conseil d’ami par là - pas fumer le matin - pas marcher si vite…- sait bien qu’il n’y a pas plus de femmes voilées en général que d’hommes réduits à leur cravate, mais sortant de l’anonymat, des gens particuliers, plus ou moins sympas, une femme voilée marrante, une autre toute revêche, un encravaté morveux, un autre si courtois…

A force d’habitude, ce petit monsieur convivial à 2,50€ de l’heure devient si familier qu’il finit au quotidien par être de la famille comme l’ami Ricoré.

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Tout à sa fonction sociale et à cette forme de considération qui fait plaisir à voir, (et sans parler de sa probable misérable retraite) je soupçonne mon petit monsieur cramoisi de s’ennuyer ferme durant les vacances, et prenant son rôle à cœur, d’attendre en trépignant son heure de gloire du matin et son heure de gloire du soir, tant soudain il sert à quelque chose, se met à exister dans chaque regard, fait exister chaque passant.

Traversant la rue l’autre jour à mes risques et périls et notant son absence, je ressentais alors comme le manque d’un ami et de me renfrogner tout en m’inquiétant : j’espère que tout va bien.

En ces temps d’inhumanité, pensant aux migrants naufragés de Lampedusa de ceux qu'hypocritement on ''libère'' en Libye pour mieux les pourchasser ici, je voulais juste témoigner de cette goutte d’humanité dans cet océan sans pitié et remercier mon petit monsieur à 2,50€ de l’heure, de rendre pour un instant gratuit ce monde plus humain.

tgb

11:37 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (20)

01/10/2013

Le fascisme cool et sympa

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A une époque de technologie avancée, le plus grand danger pour les idées, la culture et l'esprit risque davantage de venir d'un ennemi au visage souriant que d'un adversaire inspirant la terreur et la haine. Aldous Huxley

Si tu crois encore que le fascisme entrera par la porte au pas de l’oie, le bras levé, avec la tête de l’emploi, mèche sur le front pour bien l’identifier, moustache calibrée des fois que ça suffirait pas, tu te fourres salement le doigt dans l’œil de Lepen père.

Parce que l’extrême droite sait entrer par la fenêtre en épousant son temps. Elle peut être cool et sympa, jouer de la gratte en catogan, prendre de la coke et fumer des pétards, être homo et décontracte, avoir les traits d’une nana sexy et faire dans la séduction, la caution rebeu, ce qui ne l’empêche d’ailleurs pas de planquer un drapeau hitlérien dans sa cave.

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Tandis que le fond conserve ses invariants, xénophobie, ordre, nationalisme… la forme s’édulcore, s’adapte à l’époque, se donne un coup de djeune et de réseaux sociaux. L’extrême droite a bien compris qu’il lui fallait avancer masquée, liftée, souriante ; éviter l’antisémitisme, y aller mollo sur les mœurs, enjoliver son discours, décerner à titre gracieux une carte FN au Valls méritant, s’accaparer les valeurs de l’autre, inspirer en loucedé un rire collabo qui ne déparerait pas à la une de Minute ou de Valeurs Actuelles.

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Plantu Lepen, même combat !

En ce sens les crétins de la Daube Dorée n’auront pas fait dans la finesse. Avec leur croix plus ou moins gammée, leur panoplie revisitée du petit Nazillon à la grecque, ils devenaient un peu trop voyants, encombrants et difficilement sortables, voire assumables, par des autorités complaisantes pour ne pas dire conniventes. Quoi que le pouvoir grec prit son temps, il finit quand même par remettre (jusqu’à la prochaine fois) les petits gestapistes du 3ème Reich dans leur boîte.

Oui, la droite extrême new-look évite dorénavant de trop se commettre avec les crânes rasés un peu frustes et préfère distiller à petites touches ses insanités dans les ouvrages pseudo historiques du si sympathique et insoupçonnable Lorant Deutsh, porte serviette propret du sinistre Patrick Buisson, faire dans le discours populeux et social, opportunément anti-libéral, caresser la Janine rurale dans le sens du poil, le Jean-Claude suburbain dans le sens de la raie du milieu.

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Il n’empêche que l’extrême droite, quelque soit sa plastique, reste le meilleur allié du capitalisme. En détournant la colère populaire vers des boucs émissaires, elle capte assez de voix pour empêcher toute alternative à gauche, toute remise en cause de la doxa et des privilèges de l'oligarchie.

Avec ou sans cravate, l’extrême droite porte en elle le fascisme comme la nuée porte l’orage. Plus elle sera proche du pouvoir plus elle se fera mielleuse et policée : bonne fille… à papa.

tgb

10:39 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (20)

24/09/2013

Du mouvement social à la délocalisation en mouvement

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Mais où va t’on ?

Non seulement les ouvriers du textile du Bangladesh refusent dorénavant de se prendre des usines insalubres sur la tête et de mourir par milliers enchaînés à leur poste de travail, mais en plus, ces chochottes exigent-elles maintenant d’être payées.

Ce monde marche sur la tête.

Et pourquoi pas réclamer, non par jour mais carrément par semaine, les 35 heures pendant qu’on y est ?

Ainsi, et l’on croit rêver, plusieurs milliers d’usines à travers le pays sont paralysées par une grève massive tandis que des manifestations monstres sont organisées dans les rues.

Manquerait plus que Pujadas en parle dans son JT et que C dans l’air en fasse un sujet sans même inviter Christophe Barbier et l’on aurait alors touché le fond.

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Déjà que les ouvriers chinois ont obtenu par de désastreux conflits sociaux d’indécentes revalorisations de salaire et des améliorations déplorables de leurs conditions de travail (on a connu des temps où le dirigeant chinois était moins émoussé de la répression) que ce mauvais exemple fait contagion au Vietnam et au Cambodge, on tremble à l’idée même que cela puisse inspirer la CFDT chez nous et que cette organisation pragmatique se mêle alors de ce qui ne la regarde pas, à savoir, de luttes syndicales.

Bien sûr, l’entreprise H&M, jamais à court d’imagination et toujours à anticiper, pense à délocaliser ses usines en Ethiopie et se réjouit à l’avance de revenir aux sources de l’esclavagisme pour le plus grand bonheur d’Auchan, de Carrefour, Wallmart, Camaïeu, Zara…ces refourgueurs de fringues conçues par des miséreux, achetées par des moins pauvres, et vendues par des salariés en voie de paupérisation.

Le cercle vertueux de la saine sainte compétitivité.

Compétitivité, ce mot magique qui, s’il disparaissait, priverait tragiquement Nicolas Baverez et ses affidés de 50% de leur vocabulaire. Ce qui nuirait quelque peu aux passionnants débats économiques entre experts du même avis.

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Mais alors, si l’on doit en permanence délocaliser les usines d’Europe de l’Est au Maghreb, du Maghreb en Asie, d’Asie en Afrique, ne serait-il pas plus simple au final de produire directement dans les avions, d’envisager l'usine-cargo, et ainsi d’en profiter pour balancer dans le vide les quelques ouvriers récalcitrants et leurs revendications afin de protéger les dividendes de la rente à rien foutre et de redonner tout leurs sens aux parachutes dorés des grands patrons ?

Heureusement pour l’Europe tout à son Dumping visionnaire, l’invention en Allemagne du petit boulot à 1 euro 32 de l’heure pourrait redonner quelque espoir à la ré-industrialisation (provisoire) et donner quelques idées novatrices à Hollande/Moscovici, déterminés à réduire le goût coût du travail (et revaloriser ainsi le coût de l’actionnariat).

Par exemple, le petit boulot textile à 1 euro 29, histoire de bien emmerder Merkel et d’inscrire une France modernisée dans la mondialisation du changement c’est maintenant.

Le Medef reconnaissant.

tgb

11:46 Publié dans Blog, Web | Lien permanent | Commentaires (10)

17/09/2013

Légitime défiance

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Enfin la parole porcine se libère, enfin l’intelligence intestine, opprimée par la pensée unique, s’exonère, enfin l’instinctive diarrhée verbale exprime ses relents raffinés et se répand sur l’infâme carcan du politiquement correct.

La dialectique par l’invective et l’obscénité.

Merci aux briseurs de tabous, aux courageux francs tireurs qui osèrent, au péril de leurs multichroniques sur les multimédias, faire sauter les verrous de l’odieuse bienpensance. Merci aux pourfendeurs du laxisme angélique et du bobo-gauchisme oppressant qui sournoisement nous empêchaient de nous débraguetter et de mettre nos chaussettes sales sur la table.

Merci de réveiller l’inspecteur Harris qui sommeillait en chaque pochtron

Merci d’autoriser enfin la liberté reptilienne de penser ses instincts.

Merci pour cette grande émancipation par le tube digestif

Pour cet exutoire anal par les sphincters de la tête.

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C’est le grand défouloir du refoulé, le grand déversoir du frustré, l’exorcisme national par la rhétorique primale de l’analphabète en rut : la psychanalyse du beauf abruti, par l’éructation du concept flatulent.

Enfin, les jolis mots de nègre, bougnoule, youpin, vont avoir droit de cité, enfin sommes-nous autorisés à exterminer à notre convenance le voleur de poules, enfin pouvons-nous lyncher la racaille sur la place publique, éradiquer la vermine basanée, violer la salope de voisine qui n’attend que ça !

Exister un peu quoi !

Que nous encombrions nous de justice, alors que la vengeance est si compétitive. Que tels nos alliés Saoudiens, il suffit de couper la main du voleur, crever l’œil du voyeur, couper la langue du maraudeur, pour que tout rentre dans l’ordre.

Certes il faudra déplorer quelques légers dommages collatéraux : le carton sur le gamin qui rentre un peu tard, la balle perdue dans la tronche de la petite dame sur le trottoir d’en face, le pendu à la branche qui s’avèrera, confus mais un peu tard… n’y être pour rien.

Mais peccadilles, face à cette sublime avancée de notre civilisation occidentale, qu’est l’expression haineuse de nos pathologies mentales, l’accomplissement de nos frustes aigreurs, le triomphe de la connerie et de la colère mal placée.

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A force de servir de paillasson aux puissants, quel plaisir alors de s’essuyer les pieds sur les faibles et d’ainsi reporter lâchement nos propres humiliations et nos inexistences.

Que cent milices fleurissent dans leurs accoutrements et alors, y trouverai–je ma place et mon rôle et ma reconnaissance.

Du haut de leurs milliards, le 0,1% de l’oligarchie nous contemple et se marre, à nous voir fiers de cette liberté chèrement acquise :

le droit absolu de penser comme des porcs.

tgb

12:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (18)

 
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