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15/10/2013

Le frontalier, rrom du suisse

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L’ennui avec la stratégie du bouc émissaire, c’est qu’au final, on est toujours le ‘nègre’ de quelqu’un, le ‘bougnoule’ de l’autre, la victime expiatoire du voisin, le minoritaire lambda d’une majorité quelconque.

Ainsi pendant que le français voit du Rrom partout et surtout à la télé, que l’électeur de Brignoles ne se sent plus chez lui depuis qu’il habite nulle part, du côté du péril péri-urbain, le Mouvement Citoyens Genevois (MCG), FN Suisse, dénonce le frontalier français, ce « fléau » cette « épidémie » qui vient bouffer son chocolat.

Ce phénomène devient si inquiétant que Christian Dupessey, maire d'Annemasse en vient à déclarer dans la Tribune de Genève "Le repli sur soi, la recherche du bouc émissaire: ces idées progressent sensiblement. Ce n'est pas une bonne chose" craignant que les frontaliers se sentent "encore plus attaqués".

Repli sur soi : du mondialisme à l’européanisme, de l’européanisme au nationalisme, du nationalisme au régionalisme, du régionalisme au clanisme, du clanisme à ma gueule à moi.

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Il y a quelque ironie à imaginer le bon citoyen UMPFN-Vallsien assez blindé, se faire traiter d’étranger, voleur de poules helvètes, alors que lui-même se vautre dans la logorrhée xénophobe à longueur de journée.

Bref, tandis que le bon français ne se sentant plus chez lui stigmatise et discrimine d’un côté, le voici discriminé et stigmatisé de l’autre par un de ces effets en chaîne bien connu.

Oui, au grand jeu malsain du moins que rien, de l’autre qui m’empêche d’être moi, de cette personne qui se doit d’être personne pour que je redevienne quelqu’un, à ce jeu pervers de l’ostracisme et de l’exclusion, on finit toujours par être trop roux parmi les blonds, trop enrobé parmi les sveltes, trop intello parmi les illettrés.

De ces illettrés par exemple qui défendent les valeurs nationales en un français haineux et approximatif, insultant l’étranger tout autant que la syntaxe, massacrant l’autre autant que sa propre langue, élément o combien consubstantiel pourtant d’une identité culturelle.

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Paradoxe aussi, de constater que souvent le dernier intégré de la dernière vague immigrée est le premier à faire de la surenchère dans l’ignominie et le clivage - Ciotti, Lopez, Valls, Zemmour, Finkielkraut, Luca, Mariani, Sarkozy…dans ce registre étrange, du plus français que moi tu meurs…laissant affleurer comme une sourde névrose d’illégitimité.

Ce zèle des convertis, à proposer des lois toujours plus restrictives, à tenir des propos toujours plus abjects, qui feraient qu’en leur temps, leurs propres ancêtres n’auraient pu mettre un pied ici.

Cette vieille peur irrationnelle de l’autre, qui leur fait oublier qu’on est toujours l’autre de quelqu’un, le Rrom du français, le sale français du suisse.

tgb

11:59 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (12)

12/10/2013

Ken Saro-Wiwa, expulsé de l’Histoire

ken.jpg"Ce n’est pas le toit suintant, ni les moustiques zonzonnants, dans la cellule humide et misérable…ce sont les mensonges enfoncés dans nos oreilles toute une génération…

L’écrivain producteur Ken Saro Wiwa n’a jamais reçu le prix Nobel de la paix. Pas plus que les lanceurs d’alertes dissidents, Manning, Assange ou Snowden.

Il reçut tout de même le prix Nobel alternatif, ce qui somme toute, paraît plus honorable qu’avoir son nom sur la même liste qu’un Kissinger fomenteur de coup d’état, qu’un Obama obsédé de l’assassinat arbitraire et ciblé par drone ou qu’une vieille Europe tout à son dumping économique et fiscal entre pays voisins.

Sans compter qu’aller chercher aujourd’hui son diplôme enluminé dans une Norvège dirigée par une coalition comprenant l’extrême droite à laquelle adhéra un temps le fanatique Breivik peut donner quelque état d’âme.

Le militant écologiste Ken Saro Wiwa, tel Lumumba ou Sankara n’aura jamais été au bout de son destin. Pour entrer dans l’histoire, encore faut-il échapper aux pièges multiples des tueurs de justice et d’indépendance affiliés aux puissances d’argent.

Tout le monde ne peut avoir la chance de survivre à 638 tentatives d’assassinat tel Fidel Castro.

Des Nelson Mandela, il en est, il en fut potentiellement d’autres, restés clandestins, dont le leader du peuple Ogoni, minorité ethnique du delta du Niger, Ken Saro-Wiwa, pendu avec neuf autres de ses camarades en 1995 par le régime de Sani Abacha, pantin des compagnies pétrolières et du prédateur Shell notamment, reconnu complice et qui versa pour toute réparation, 15,5 millions de dollars, autant dire des clopinettes pour cette multinationale.

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Dés les années 50, président du Mouvement pour la Survie du Peuple Ogoni, Ken Saro-Wiwa lutta contre l’exploitation pétrolière dévastant son pays, empoisonnant les rivières, les terres cultivées des villages, le transformant en immense terrain vague quadrillé d’oléoducs suintants sous les pluies acides ; ce delta du Niger accumulant dégâts écologiques, sociaux et économiques sans en retirer le moindre bénéfice.

Etrange paradoxe de constater qu’en Afrique, plus le sol est riche en hydrocarbures, plus le pays s’enfonce dans la misère, faisant au final de l’or noir une véritable calamité et poussant les paysans dépossédés à devenir pirates des mers.

Pour ses actions militantes non-violentes, Ken Saro-Wiwa eut l'honneur de ne pas recevoir de prix Nobel dénaturé et pour toute récompense qu’un simulacre de procès et une exécution expéditive.

Comme tant d’autres nobélisables échappant au Nobel, restés confidentiels et portés disparus, l’homme africain Ken Saro-Wiwa, à peine entré dans l’Histoire en sera expulsé.

L’occident bien pensant aura tout fait pour ça.

tgb

10:39 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8)

08/10/2013

Votre quartier populaire ayant retenu toute mon attention…

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C’est donc à l’heure privilégiée de sortie de métro de bureau avec mes congénères, que je me retrouvais, un tract à la main, refourgué machinalement par un de ces distributeurs automatiques appelé communément militant (quand il ne s’agit pas tout simplement, pour un parti embourgeoisé, d’un étudiant rémunéré).

Le temps de sortir mes lunettes et O joie, j’étais l’heureux possesseur d’un joli prospectus de la potentielle ‘manageuse’ de Paris Hidalgo.

Le militant socialiste étant une denrée rare, ne sortant son minois libéral qu’en de rares occasions électorales ensoleillées (comme les champignons), je me décidais à conserver le document afin de l’éplucher nonchalamment avant « torchage ».

Après avoir parcouru 6 pages d’une prose propagando-gnangnan, je tombais sur ce petit pavé, discret, casé dans un coin, histoire de pas trop parasiter le projet d’un Paris gentrifié :

Une attention pour les quartiers populaires

A défaut d’intention, voilà qui était bien aimable.

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Suivi d’un texte aussi évasif qu’insignifiant :

Pour l'égalité entre les Parisiens la Ville de Paris continuera d'investir dans les équipements de proximité et de soutenir la vie associative, les politiques de prévention. Une grande attention sera portée à la gestion quotidienne de l'espace public, à la sécurité et à la propreté des rues.

La question

desquartierspopulairesayantretenue

toutenotreattentiononvousécrira

étant résolue,

l’aspirante mairesse de Paris pouvait passer à autre chose et par exemple au démantèlement des campings sauvages tant « Paris n’a pas vocation à être un campement de Rroms géant ».

Depuis que le « think tank » Terra Nova inspiré par le peu regretté Olivier Ferrand (paix à son âme) et remplacé depuis par l’immense François Chérèque (paix à son cerveau ) a théorisé stratégiquement l’abandon des couches populaires au profit des classes moyennes, on constate combien l’appareil socialiste est passé depuis ardemment aux travaux pratiques.

En se foutant pas mal de désespérer Clignancourt ou pas, à courir derrière une droite courant derrière l’extrême droite imposant culturellement ses « valeurs », à coucher dans les sales draps de soie des pouvoirs économiques, sans compter le génie d’un Moscovici au meilleur de sa capacité d’analyse : « Pour battre le FN, il faut plus de compétitivité sur notre territoire», pas tellement s’étonner que la politique « brignole » méchamment de l’urne.

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Ensuite, en appeler au pacte républicain ou au ‘votutile’, ce même chantage laborieux pour que les mêmes partis de gouvernement continuent à se partager dans une même coalition, le même gâteau mondialisé, en récitant pour la enième fois le même mantra du « on a compris la leçon » : pue quand même un peu son foutage de gueule.

Les sœurs siamoises NKM/Hidalgo étant parfaitement interchangeables, Anne ma sœur Anne pour mon petit bulletin civique, tu pourras toujours me chercher chez Casto :

le dimanche j’ai bricolage.

tgb

12:05 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (11)

05/10/2013

Le petit monsieur qui fait traverser la rue...

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Il m’arrive deux/trois fois par an d’aller animer une session de quelques jours du côté de Cergy Saint-Christophe pour l’une de ces multinationales dont le personnel a fondu en dix ans, passant de 10 000 salariés à 300 en France. Les derniers survivants formant les employés roumains qui demain les remplaceront dans une enième externalisation. Belle abnégation !

Mais ce n’est pas le sujet.

Cergy, c’est ma destination la plus lointaine de l’année, puisqu’elle m’oblige à me lever aux aurores, à prendre un métro, puis un autre, puis un RER blindé bondé qui se soulage à la Défense. Ensuite ça va mieux, je peux finir ma nuit assis.

C’est donc en général dans un coma relatif et relativement au radar, que je déboule en plein marché du mercredi à la sortie de la station RER de Cergy, et que je m’apprête à traverser la rue principale.

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C’est là qu’officie un petit monsieur cramoisi, la bouille sympathique au sourire rayonnant, qu’il pleuve qu’il vente ou qu’il fasse rien du tout. Dans son gilet fluo, ce petit monsieur jouit sans en abuser, du pouvoir absolu de vous faire traverser la rue, ou pas, en faisant, au milieu de la chaussée barrage de son corps ou pas, en levant son panneau stop ou pas, arbitrant de toute son autorité qui des petits piétons ou des grosses bagnoles.

Et ce petit monsieur retraité, vacataire municipal à 2,50€ de l’heure, de balancer mille bonjour le matin, mille bonjour le soir, comme si chaque passant était la personne la plus importante du monde et la plus singulière, avec ce même enthousiasme et cette même jovialité qui vous ouvre au petit matin frileux mieux qu’un kawa, et vous met en joie pour la journée.

Ce petit monsieur arrondi, un mot gentil par ci : fais frisquet - comment va ? … un conseil d’ami par là - pas fumer le matin - pas marcher si vite…- sait bien qu’il n’y a pas plus de femmes voilées en général que d’hommes réduits à leur cravate, mais sortant de l’anonymat, des gens particuliers, plus ou moins sympas, une femme voilée marrante, une autre toute revêche, un encravaté morveux, un autre si courtois…

A force d’habitude, ce petit monsieur convivial à 2,50€ de l’heure devient si familier qu’il finit au quotidien par être de la famille comme l’ami Ricoré.

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Tout à sa fonction sociale et à cette forme de considération qui fait plaisir à voir, (et sans parler de sa probable misérable retraite) je soupçonne mon petit monsieur cramoisi de s’ennuyer ferme durant les vacances, et prenant son rôle à cœur, d’attendre en trépignant son heure de gloire du matin et son heure de gloire du soir, tant soudain il sert à quelque chose, se met à exister dans chaque regard, fait exister chaque passant.

Traversant la rue l’autre jour à mes risques et périls et notant son absence, je ressentais alors comme le manque d’un ami et de me renfrogner tout en m’inquiétant : j’espère que tout va bien.

En ces temps d’inhumanité, pensant aux migrants naufragés de Lampedusa de ceux qu'hypocritement on ''libère'' en Libye pour mieux les pourchasser ici, je voulais juste témoigner de cette goutte d’humanité dans cet océan sans pitié et remercier mon petit monsieur à 2,50€ de l’heure, de rendre pour un instant gratuit ce monde plus humain.

tgb

11:37 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (20)

 
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