Avertir le modérateur

18/08/2011

Les histoires de Tina (même la mort n'a plus d'odeur)

Drone-0241[1].jpg

Il était une fois, au Texas, John, un brave type qui bossait dur pour élever sa famille.

Il prenait son enbauche dans la salle de contrôle climatisée à 13H GMT.  S'installait dans son fauteuil ergonomique, ajustait son micro écouteurs puis se concentrait sur son écran tactile, empoignant d'une main son joystick tout en avalant quelques gorgées de café brûlant, échangeant quelques banalités avec ses collègues de bureau.

L'attente était longue, fastidieuse, nerveusement éprouvante, à scruter les mauvaises images, les milliers de pixels scintillants envoyés d'un drone à des milliers de kms de là.

Quand il identifiait quelque chose de suspect, il faisait remonter l'info suivant le protocole tout en pianotant sur sa console.

Quand enfin selon la procédure, l'ordre tombait dans son oreillette, il déverrouillait d'un clic la touche "delate" puis pressait sur le bouton rouge de sa manette et envoyait, tout en sirotant un diet coke, une de ces frappes chirurgicales qui foudroyait un ennemi déshumanisé qui n'entendrait jamais le bruit de sa propre mort, dans un pays virtuel que John ne situait même pas sur une carte géographique.  

D'ailleurs pour John l'ennemi ne mourrait pas, il se volatilisait soudain de l'écran, cliniquement éliminé.

On ne peut pas dire que ça l'émouvait particulièrement.

Pour sûr, pensait John, en termes d'hygiène mentale, la guerre numérique, le conflit par écran interposé et sa doctrine zéro mort (dans son camp) était un sacré progrès technologique, rapport au post trauma de l'ennemi saigné à mort, crevé dans le blanc de l'oeil.

Il arrivait certes après vérification, que le "terroriste" ou "insurgé" suivant les éléments de langage appropriés, s'avérait être un groupe d'enfants ramassant du bois, ou une famille célébrant une noce. C'était contrariant mais bon, on faisait un rapport qu'on classait dans un dossier "victimes collatérales" en étouffant l'affaire.

Aprés sa journée de stress et de labeur, John rentrait chez lui juste à temps pour embrasser ses gosses et leur raconter une histoire de Tina. Ensuite il supportait les Yankees à la télé, son équipe de football américain tout en éclusant une bière servie par Shirley son épouse entre deux réunions évangéliques.

Le bonheur stars and stripes quoi !

Parfois lui revenait à l'esprit que deux cutters avaient suffit pour effondrer les tours du 11 septembre. Alors mélancolique il repensait à cette phrase de John Millius, tirée d'Apocalypse Now qu'il avait vu 15 fois :

"J'adore l'odeur du napalm au petit matin "

Et comme une certaine nostalgie, comme un manque soudain s'emparait de John...

 

tgb  

08:14 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4)

10/08/2011

Les histoires de Tina (on refait le match)

1241143-1618250.jpg

Il était une fois, une planète sur laquelle on jouait un drôle de jeu :

On appelait ça le capitalismball.

Ce jeu subtil voyait s'affronter deux équipes durant un certain temps :

Le Team Oligarchico-Ploutocrate (TOP) ; maillot or Prada (équipe A)
Le Populo-Olympico-Football club (POF) ; maillot gris Crado (équipe B)

Les règles étaient assez simples.

L'équipe B devait suivre strictement le règlement : pousser le ballon à cloche pied, une charge de 70 kilos sur le dos, yeux bandés, tandis que l'équipe A jouissait de tous les droits avec une totale impunité. Le capitaine de l'équipe A par exemple, bénéficiait d'un taser dont il pouvait user à convenance.

On appelait ça le fair-play.

Si du côté B on jouait à dix, le goal ayant été licencié suite à une réforme modernisant le jeu archaïque, dans l'équipe A on pouvait jouer à 33, étant entendu qu'y étaient recrutés à prix d'or les meilleurs joueurs du monde.

On appelait ça le Mercato (ou marché)

Quand un joueur de l'équipe B se montrait talentueux, il était transféré dans l'équipe A, acheté ou vendu, cela même au cours de la partie.

On appelait ça l'ascenseur social.

Il allait illico se domicilier en Suisse ou Monaco.

On appelait ça : Allez la France ! (tu l'aimes ou tu la quittes)

h-3-2091911-1275123373.jpg



Si un joueur de l'équipe B osait la moindre réclamation il était immédiatement expulsé du terrain puis du territoire. En cas de récidive, il était condamné à perpétuité.

On appelait ça l'escalier B.

On le remplaçait au pied levé par un joueur philippin de moins de dix ans ou un plombier polonais.

On appellait ça l'externalisation.

L'équipe A avait en revanche droit à autant de remplaçants qu'elle le souhaitait. Ne subissait ni carton jaune ni carton rouge et pouvait sous les yeux de l'arbitre objectivement partial : un politique corrompu et incompétent...

On appelait ça un pléonasme,

...finir n'importe quel joueur adverse à coups de crampons sous le regard ému des télévisions Murdoch avec les commentaires enthousiastes et racistes de Brice Hortefeux.

On appelait ça le nationalisme.

Du côté A les cages mesuraient 1 m de large sur 50 cm de haut, protégées par des mines à fragmentation (expérimentées en Libye), du côté B, les cages mesuraient 54 mètres en largeur sur une hauteur de 44 mètres 72 (environ).

On appelait ça la glorieuse incertitude du sport.

Si par miracle l'équipe B marquait un but, il était immédiatement crédité à l'équipe A, qui si elle même marquait à son tour, triplait son score donnant aux supporters autorisés (le premier cercle ou CAC 40) bonus et dividendes défiscalisés.

On appelait ça la moralisation du capitalismball.

2962104504_2e4c48579f_o.jpg



Le joueur de l'équipe B ayant par inadvertance (ou inconscience) scoré, était éxécuté sur le champ dans la surface de réparation sous le regard admiratif d'Alain Minc et de Christophe Barbier.

On appelait ça le tir ou but (ou penalty)

L'équipe A jouait à domicile, recourait au dopage, s'hydratait, l'équipe B n'avait ni vestiaires, ni coach, ni soigneur, devait jeûner une semaine avant la rencontre et se faisait lapider par le public encourageant ces "feignants d'assistés".

On appelait ça un handicap (ou rigueur ou austérité)

Le plus curieux de l'affaire était que l'équipe A réussissait parfois l'exploit de perdre un match.

On appelait ça la crise (ou crach ou révolution ou game over)

Match qu'on s'empressait d'annuler pour tricherie cela va de soi.

On appelait ça la fraude sociale.

A la fin c'est toujours l'équipe B qui payait l'addition.

On appelait ça la mondialisation (ou nouvel ordre mondial).


tgb

08:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (11)

07/08/2011

Où est Charlie ?

16.jpg

Libye, Afghanistan, subprimes à la française, moralisation du capitalisme...le leader visionnaire du G7 se cache dans cette image. Sauras tu le retrouver ?

 

tgb

15:53 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3)

04/08/2011

Les histoires de Tina (rassurer les marchés)

url.jpg

Il était une fois de pauvres petits marchés qui étaient très inquiets.

Comme ils étaient très inquiets ces pauvres petits marchés, fallait les rassurer.

Alors nos zélites, nos zoligarchies rassuraient les marchés.

Les Mme Lagarde, les Mr Trichet…

On leur promettait de baisser la dette aux marchés.

Qu’on n’augmenterait pas l’impôt des riches aux marchés

Qu’on ferait de l’austérité pour les pauvres aux marchés

Qu’on aurait de bonnes notes auprès des agences de notation…les marchés

« Peuples gras et ingrats rassurez les marchés ! » qu’ils nous disaient

Les Mme Lagarde, les Mr Trichet…

Comme c’était touchant, comme c’était émouvant, toute cette énergie attentive, toute cette prévention maternelle, à rassurer les marchés.

Car figurez vous, peuples sereins, peuples beats, peuples en pleine zénitude, chère population assistée, grosse et grasse, gavée, goinfrée, repue de smics, de Rsa et de mendicité, que les pauvres petits marchés souffraient et stressaient, que les petits marchés faméliques tels la Somalie criaient famine avec leurs misérables ventres gonflés et leurs grands yeux implorants, tendant leurs mains tremblantes sous le regard ému de nos politiques bouleversés.

Sans compter que certains marchés pas rassurés allaient jusqu’à nous faire des crises de spéculation précoce…

C’est dire si les marchés méritaient notre attentive compassion, notre solidarité compatissante, notre fraternelle mobilisation.

Oui mes frères, il fallait rassurer les marchés, car un marché c’était émotif, super fragile, hyper sensible, quasi écorché vif. Fallait le dorloter le marché, le cajoler, lui raconter des histoires de Tina avant de s’endormir, des fois qu’il y aurait eu un communiste sous le lit.

Sauf qu’un marché quand c’était inquiet ça bouffait. C’était boulimique.

Ça bouffait les bénéfices, ça bouffait les capitaux, ça bouffait les épargnes. Ça nationalisait les pertes, ça privatisait les profits.

Ça avait sacrément la dalle le marché.

Alors on lui filait des peuples à bouffer au marché. Du grec, de l’irlandais, du portugais…

Mais plus le marché était gros et moins les peuples étaient gras.

Alors ça l’inquiétait encore plus le marché que de voir le peuple s’anémier.

Et comme ça l’inquiétait le marché, fallait qu’il bouffe de plus en plus et comme l’appétit venait en mangeant, plus il bouffait et plus il avait les crocs et plus il dévorait et moins il restait à dévorer.

Et ça l’inquiétait encore plus le marché. Et on arrivait encore moins à le rassurer le marché.

C’est comme ça qu’il finit par se bouffer lui-même le marché.

Et à se chier sous lui.

tgb

merci à Jacqueline pour le lien

17:16 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (12)

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu