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26/02/2018

L’homme à l’oeuvre

 

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Il est assez rare d’aimer autant l’oeuvre que l’homme.

Il se trouve que l’artiste peut être fascinant, son oeuvre éblouissante et l’homme au quotidien parfaitement gerbant ou méprisable.

En ces temps confus et maurassiens, il est bon de rappeler qu’aimer l’écriture de Celine, le cinéma de Polanski n’impose heureusement pas d’apprécier la personne.

L’homme n’est pas l’oeuvre, comme Lolita ou Alice au pays des merveilles n’est pas la pédophilie.

On peut avoir de l’admiration pour le génie et du dégoût pour le personnage.

L’homme comme l’oeuvre évolue. Il a ses ombres ses lumières, ses périodes lumineuses et ses médiocrités.

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J’ai été foudroyé par l’Extension du domaine de la lutte de Houellebecq avant que ses romans suivants ne me tombent des mains puis me foutent la gerbe.

J’ai un immense respect pour l’humanité et la pudeur de JMG Le Clezio mais j’avoue n’avoir jamais réussi à finir un de ses romans.

Si un créateur a tous les droits, celui de transgresser, de déranger, de fantasmer, de manipuler, de violer, de tourmenter…d’exprimer sa monstruosité et de la sublimer, l’homme en revanche a des devoirs et son statut d’artiste n’excuse en rien ses comportements civils.

On peut être un génie et un con.

Il ne s’agit pas d’être un honnête homme pour être un grand créateur.

Un chef d’oeuvre ne se fait pas avec de bons sentiments, la vertu ne fait pas la grande littérature, pas plus que l’histoire du monde.



Il faut du vice. Il faut du sale, il faut de la cruauté, de l’amer, de l’acide, du miel et du sucré peut-être mais ni du mielleux ni trop de sirupeux.

Il est assez rare d’aimer autant l’homme que l’oeuvre.

Pourtant ça arrive.

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Aki Kaurismaki.

Le personnage est attachant, simple, fondamentalement humain, authentique, brut, honorable mais pas lisse, associal mais fraternel, désespéré et drôle, charismatique et détaché.

Si l’homme engagé est à la fois taiseux et bavard, son oeuvre n’est ni pontifiante, ni démonstrative ni chiante. Elle a la politesse de la poésie, d’un esthétisme décapant, froid, parfois clinique mais finalement d’un noir profond et léger.

Burlesque.

Ce n’est pas par hasard si la dernière apparition du magnifique Pierre Etaix est dans « Le Havre » l’avant dernier film du finlandais.

C’est justement le côté sombre et radical, de l’homme qui rend les films de Kaurismami si lumineux, si espiègles.

Il a le point de vue moral, jamais moraliste ou donneur de leçon, plutôt taquin.

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Kaurismaki aime la musique, aime les images, aime les gens, les acteurs, l’amour, la clope, l’alcool, la vie quoi, et c’est pourquoi sans doute il la fuit et la transcende.

Comment l’homme Aki, comme le créateur Kaurismaki connait la grâce de faire de tant de laideur quelque chose d’aussi beau ?

Peut-être l’évidence rare d’être homme et artiste tout en un.

tgb

 

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14:02 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6)

19/02/2018

Les poubelles de l’histoire

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La politique est l’anecdote plus ou moins sale de l’histoire - Salvador Dali

L’histoire frappe rarement à notre porte. On est plus souvent à la subir qu’à la faire. On se laisse la plupart du temps porter ou avaler par le torrent des jours dans l’impuissance politique et la passivité, même indignée, des évènements.

Mais il se trouve que parfois des hommes sont au bon endroit au bon moment et qu’ils ont la possibilité folle de tordre l’histoire, de s’en emparer et de changer le cours des choses ; non seulement d’en être l’acteur mais le réalisateur même.

Quand De Gaulle rompt avec sa famille politique, avec Pétain, son parrain militaire, avec son milieu son monde sa tradition légitimiste et part, non pas se planquer à Londres, mais résister en n’étant rien ou si peu, condamné à mort, déchu de sa nationalité, avec le risque probable de ne jamais refoutre les pieds dans son pays, il faut croire en sa démesure, avoir une conviction en acier et sans doute une audace instinctive tout autant qu’irrationnelle liée à un égo surdimensionné, bref s’élever au niveau du héros, en dessous des dieux mais au dessus des hommes, pour se projeter dans le grand destin.

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Il n’est évidemment pas donné à tout le monde de sauter dans l’inconnu avec toutes les chances ou les malchances, malgré son courage ou sa vision, de sombrer dans le néant, de disparaitre dans les soubresauts troubles de l’épopée.

Si, entrer vivant dans la légende tels Mandela, Gandhi, Castro ou Arafat reste exceptionnel, en sortir tragiquement en y laissant très vite sa peau tels Guevara, Moulin, Sankara ou Luther King en marquant de leur empreinte le roman national et la postérité est déjà un exploit, il est surtout plus fréquent de finir victime anonyme et sacrifiée d’un Panthéon illusoire, soldat inconnu d’une mythologie que l’on n’imprimera pas.

Bref au jeu des péripéties, des furies et des intrigues, s’il n’est pas simple d’accéder à la cour des grands hommes, il suffit d’un peu de veulerie et de médiocrité pour grimper en rampant sur le piédestal branlants des François de Rugy et autre minable.

A chacun son envergure.

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Tout ça pour dire que Tsipras eut l’opportunité d’entrer dans l’histoire en la fracassant (un peu) et y renonça totalement pour finir par gérer en petit administrateur pragmatique et conciliant le désastre grec et le désespoir des grecs, rajoutant même à son malheur (et au notre), comme Benoît Hamon ( dans une moindre mesure) eut l’occasion d’exploser la fabrication programmée des dernières élections en rejoignant les Insoumis et en ouvrant un véritable possible avant que de signer sa reddition et d’acter sa petitesse à 6%.

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Attention je ne dis pas que sauter dans le grand vide de l’ l’histoire est facile. Je ne sais pas ce que je serais capable de faire face au mur de la destinée et dans le vertige de l’hybris. Ce que je dis c’est que certains hommes confrontés à un moment propice du réel deviennent immenses et d’autres demeurent petits, voire rétrécissent.

Pour Tsipras et Hamon l’affaire est entendue. On sait ce qu’ils valent à l’échelle de la plus ou moins grande histoire et l’on sait aussi que le facteur de cette histoire là ne sonnera pas deux fois. L’histoire ne repasse pas deux fois les plats ou alors comme l’écrivait Marx , si l’Histoire se répète, la première fois, c’est une tragédie, la seconde une comédie…

Ces deux personnalités sont peut-être des personnes estimables, sympathiques, humaines, gentilles avec les enfants, douces avec les animaux et éventuellement sincères et convaincues, ils ne sont simplement pas des personnages du grand roman humain, pas à la hauteur des grands déchaînements historiques.

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Il y a les nains, il y a les géants, ceux qui sont faits pour les petites histoires, les arrangements, les compromis pourris et ceux qui sont destinés à la grande, se transcendent, se subliment, s’arrachent à leur condition, à tout risquer quitte à tout perdre.

Dans l’instant effroyable des grandes décisions, il n’y a de place ni pour les velléitaires ni pour les pusillanimes.

Même juchés sur des poubelles, les timorés de la petite histoire ne font pas la grande.

tgb

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15:19 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (10)

14/02/2018

Les indiens des grandes prairies…

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« Les grandes puissances n’ont pas de principes, seulement des intérêts. » Henry Kissinger

Les indiens des grandes prairies avaient installé leur campement au coeur de la ville, tout près de la rivière. Ils avaient érigé leurs tipis faits de bâches, de plastiques et de briques sur des palettes en bois récupérées ça et là.

Réfugiés des grands espaces, des horizons là bas ou d’ici, loin de leurs ancêtres et des grands esprits ou si proches, les migrants du réchauffement climatique, les exclus économiques, les réfugiés politiques, venaient se les geler dans ce territoire tempéré, modéré, de la start up nation où l’on privilégiait ceux qui avaient tout en culpabilisant, exploitant, méprisant ceux qui n’avaient rien.

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On les laissait crever de froid, de faim et de désespoir vu que c’était leur choix, leur liberté que de mourir dans la rue, sous une porte cochère, dans un abri de sans fortune, hérissé de piques d’acier et de tessons de verre, et que chaque homme dans ce monde libéral libertaire avait après tout bien le droit de vivre mais surtout de crever comme un chien.

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Dans ce pays civilisé, où l’argent ruisselait, on se faisait un devoir de respecter leur volonté d’être né quelque part et de n’être rien ni quelqu’un.

Les indiens de tous les pays y compris du mien, attendaient résignés l’assaut de la cavalerie comme à wounded knee, en se serrant les uns contre les autres pour conjurer la peur avec pour tout drapeau leur peau et leur dénuement.

Les indiens d’ailleurs et d’ici avaient l’insigne courtoisie de mourir par centaine discrètement et d’être ramassés à la pelle par leurs frères de misère et de voirie au petit matin blême.

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Les indiens de la terre mère, les expulsés du profit, les nouveaux sauvages du nouvel ordre mondial et de la néo-barbarie, les derniers de cordée, les premiers des Mohicans qui seraient bientôt des milliers des millions à errer, à se clochardiser moderne en toute urbanité, commençaient à former cette cour des miracles, cette armée de gueux en haillons, faite pour effrayer le voisin enjambant sans les voir les cadavres pétrifiés avant que de traverser à gué dans les clous.

Les indiens des grandes prairies et des terrains vagues, les femmes et les enfants, les improductifs, les malades, les vieux, toute cette horde de sans noms, de sans dents, tous ces pestiférés et autres détritus, les déracinés aux pieds nus, les losers de la vie, les perdants de la ville, expérimentaient sans le savoir le lent et subtil génocide un par un de la déshumanisation marchande, avant que de connaître l’euthanasie programmée.

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Les indiens des grandes prairies avaient installé leur campement au coeur de la ville des néo-yankees, tout près de la rivière infecte et polluée entre deux tas d’ordures.

Ils méditaient pensifs et incrédules sur cet étrange eldorado qui leur claquait la porte au nez tandis que s’effondrait sous leurs yeux, une civilisation.

tgb

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09:31 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6)

05/02/2018

La cabane au fond du jardin

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Depuis la nuit des temps, les gouvernements successifs tapent sur les classes moyennes avec une imagination sans bornes qui fait la fierté de nos grandes écoles d’administration française : clopes, essence, péages, gaz électricité, tva…

que tant de créativité justifie amplement de faire tant d’études. 


Dans l’impossibilité évidemment de taper sur les intouchables classes dominantes, vu que nos gouvernants sont élus avec leur pognon et se trouvent être leurs domestiques, et de racketter les plus pauvres, puisque par définition ils n’ont pas un rond, ils s’appliquaient à rogner le peu de gras des citoyens juste au dessus de la ligne de flottaison.

Mais ça c’était avant.

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La grande nouveauté et j’oserais dire, la grande modernité de la bande à Macron c’est que, sans vergogne, tout en continuant de faire les poches du français lambda, elle s’attaque à la misère en lorgnant sur les pièces jaunes.

Gratter 5 euros d’APL par ci, tandis que l’on octroie mille Euros aux députés pour se loger et 40% d’augmentation aux maires des grandes villes, et 3 euros de retraite par là, tandis que l’on supprime l’ISF aux nantis, soit par exemple pour l’exemplaire ministre Penicaud, 69000€ euros de ristourne, telle est la noble vision sociale du macronard décomplexé des bourses.

Il faut lire, ou entendre, les témoignages des petites gens spoliées dans les émissions de comptoir (et autour de soi), pour découvrir l’effet dévastateur de l’opération grattage.

- 4 euros sur mon allocation adulte handicapée

- Sur une retraite Arco de 25 € ils m’ont retiré 1 €

- Ma fille une bourse de 110€ et sans que sa situation ne change, on vient de lui enlever 30€ !!!

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De cette mesquinerie misérable et méprisante au détriment des retraités dont on sait qu’ils votèrent massivement pour le jeune paltoquet arrogant, que dire, au delà de l’ignominie sociale, si ce n’est que l’opération est non seulement improductive mais totalement con.

Car loin des complexités du CETA, des lois liberticides et autre loi anti FAKE-NEWS… sans doute très abstraites pour la grande masse des citoyens, la taxation des petites retraites soudain se matérialise directement dans le panier des ménages et sur toutes les feuilles administratives que l’on dissèque avec stupeur.

Cette faute politique ravageuse, comme un coup de poing soudain à la gueule du petit peuple, ce véritable carnage social, ressemble à un incompréhensible suicide politique.

Et donc quitte à continuer dans la mesquinerie et tandis que l’on exonère le yacht, c’est avec une discrète opiniâtreté dans la saloperie que ce gouvernement totalement azimuté du réel s’attaque à la cabane de jardin.

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On sait combien la tondeuse à gazon, la binette et le parasol sont des objets de luxe pour le jardin ouvrier et combien le clapier à lapins représente une marque de richesse ostentatoire. Dans cette folle dynamique imaginative on suppute déjà d’autres initiatives opportunes telles la taxation des sacoches de vélo, des caddies des petites dames au marché et du carton flambant neuf du sdf.

On se souvient, dans cette perspective grandiose des visionnaires du 21eme siècle, du coup d’éclat de la véranda à la Sarko. Si dans cet exemple précis, les deux politiques semblent antagonistes, en revanche on peut se demander pourquoi une telle obsession de l’appenti ou de l’abri de nains de jardins.

Cherchons pas, ça doit être le côté moderne furieusement jupitérien.

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Et ce matin même, cette petite dame, qui me demandait si, avec sa bouteille de pétillant à 5,95 euros elle pourrait, pour l’anniversaire de sa petite fille, abreuver huit invités de sa petite famille. Lui avouant que s’ils picolaient comme moi huit bouteilles n’y suffiraient pas et devant sa pudique détresse, je lui offrais une bouteille supplémentaire.

Ma bonne action du lundi.

On se doute bien que ceux qui possèdent la moitié de la planète ne sont pas à 10 ou 20 milliards près, je ne suis pas certain que ceux qui nous dirigent savent concrètement ce que signifie au quotidien de regarder à 1 euro.

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Quand on en est à taxer le cabanon du fond du jardin, nul doute que quelque part on a déjà les deux pieds dans la merde.

Pour Macron

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ça pue déjà.

tgb

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12:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (11)

 
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